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Introduction
Bâtie selon une démarche régressive et déconstructive, ma pratique, expérimentale, s’efforce en premier lieu de saisir avec précision le point extrême où il est encore possible d’inscrire une forme, aussi ténue soit-elle, sur une surface. En cela, elle révèle les zones d’aberration des procédés techniques qu’elle convoque et des mécaniques qu’elle intègre (projecteurs – de diapositives ou de vidéos, miroirs, radiographies, photocopieurs, technologies informatiques, et même dernièrement la classique toile tendue sur châssis…). L’aberration n’est pas synonyme d’accident ; elle n’intervient pas artificiellement, puisqu’elle est implicite à tout dispositif technique, par définition faillible. Elle constitue le seuil d’indétermination où l’image ne figure plus, où la forme se vide de son sens, où le discours est réduit au silence, à l’exemple d’un mot répété indéfiniment et dont le sens finirait progressivement par nous échapper.
Le second aspect de mon travail est une exploration ludique des possibilités du langage à devenir à son tour un matériel ou un médium non pas voué au sens, mais à l’apparition d’ « images-textes ». Dans ce registre s’inscrivent diverses éditions de livres, qui sont plutôt des objets que des livre « à lire », réalisés à partir d’œuvres littéraires (Exercices de style de Raymond Queneau, Le scarabée d’or d’Edgar Allan Poe, Les carnets du sous-sol de Fedor Dostoïevski, Woyzeck de Georg Büchner ainsi que La sonate des Spectres d’August Strindberg). Ces pièces sont nées de mon intérêt pour la littérature et pour le lien qu’entretiennent les arts plastiques avec le langage, mais aussi de ma curiosité à l’égard des systèmes de codification qui, menés au point critique de leur utilisation, ne sont plus que des formes muettes, des seuils d’interrogation, et encore une fois, d’aberration.
Cette convocation, cet enchevêtrement de différents éléments de l’histoire de l’art, de la littérature et des techniques, sont autant de prétextes à des rencontres improbables au sein de mes travaux. A l’origine de chacun de mes projets, il y a une idée originale qui provoque un faisceau de pistes à expérimenter, à emprunter sans crainte de déclinaisons multiformes, chaque piste apportant du ferment à l’autre et en ouvrant de nouvelles.
Art of intent
With a regressive and deconstructive approach, my experimental work primarily strives to precisely capture the extreme limit where a shape - however thin it is - may be integrated onto a surface. Incidentally, my work discloses the zones of aberration about the technical processes that it resorts to and the device that is integrated. That includes slide or video projectors, mirrors, radiographies, copying machines, computer technologies, and the canvas stretched on a frame on a more classical level. An aberration is not synonymous with an accident; it does not artificially occur because it is implicitly part of a technical device, which is essentially fallible. The aberration creates an indetermination threshold where the picture no longer appears and where the shape empties itself from its meaning; speech is reduced to silence, such as when a word is indefinitely repeated to the extent that our understanding progressively fails to capture its meaning.
The second aspect of my work is a playful exploration of the possibilities that are inherent to language. Language itself becomes a material or a medium that is not devoted to meaning. Instead, it is devoted to reveal “text-images.” Book publications are examples of “text-images”. Books are seen more as objects than books “to simply read.” These objects are produced from literary works, such as Exercices in style by Queneau, The Gold-bug by Edgar Allan Poe, Notes from Underground by Fyodor Dostoïevski, Woyzeck by Georg Büchner , The ghostsonata by August Strindberg. The “text-images” pieces stemmed from my interest in literature and the correlation between fine arts and language. They also come from my curiosity about codification systemswhich only become mute shapes, interrogation thresholds, and once again, aberrations once they are brought to the critical point of their uses.
Calling forth and entangling different elements of the history of fine arts, literature and techniques, are all pretexts for unlikely meetings within my works. In each of my projects, there is an original idea that opens a set of paths that need to be experienced and followed, but also freed from multiform declensions; each of these paths brings in some ferment to the other and uncovers new ones.
Translation : Fabrice Fresse