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<channel><title><![CDATA[&nbsp; ISABELLE &nbsp;GIOVACCHINI &nbsp;&nbsp; - BLOG]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/blog.html]]></link><description><![CDATA[BLOG]]></description><pubDate>Sat, 19 May 2012 05:55:56 -0800</pubDate><generator>Weebly</generator><item><title><![CDATA[UN TROIS ÉTOILES AU JARDIN - Entretien avec Alain Passard]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/05/un-trois-toiles-au-jardin-entretien-avec-alain-passard.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/05/un-trois-toiles-au-jardin-entretien-avec-alain-passard.html#comments]]></comments><pubDate>Mon, 07 May 2012 10:42:30 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/05/un-trois-toiles-au-jardin-entretien-avec-alain-passard.html</guid><description><![CDATA[        [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:0;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/5984252_orig.jpg?697' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/5984252.jpg?697" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:0;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/782926_orig.jpg?697' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/782926.jpg?697" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'ART DE L'ESQUIVE - Entretien avec Mircea Cantor]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/lart-de-lesquive-entretien-avec-mircea-cantor.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/lart-de-lesquive-entretien-avec-mircea-cantor.html#comments]]></comments><pubDate>Sun, 11 Mar 2012 15:56:31 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/lart-de-lesquive-entretien-avec-mircea-cantor.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/2443154_orig.png?275' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/2443154.png?275" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em><em>En rejoignant Mircea Cantor chez un torr&eacute;facteur et en l'y voyant nous commander deux th&eacute;s, j'aurais d&eacute;j&agrave; d&ucirc; me douter </em><em>qu'il allait y avoir quelque chose&nbsp;</em><em>de d&eacute;cal&eacute; dans cette entrevue.&nbsp;C&rsquo;est en effet plac&eacute; sous le signe du serpent, dans un art certain de l'esquive et de la fuite, qu'il va tenter de contourner m&eacute;thodiquement chacune de mes interrogations, refusant par principe, parfois blas&eacute;, parfois amus&eacute;, le cadre m&ecirc;me de l'interview. Il ne s&rsquo;agit pas pour lui d&rsquo;une forme de parade intellectuelle, mais v&eacute;ritablement d'un refus de la simplification et du bavardage. Au fil de notre entretien et des ses acrobaties pour ne pas y r&eacute;pondre, je comprends que rien ne le rebuterait plus que de me voir d&eacute;tourner ses propos pour les loger dans cette introduction en une s&eacute;rie de mots-cl&eacute;s un peu vains, tels que "Laur&eacute;at du prix Marcel Duchamp", "Artiste po&eacute;tique et politique" qui &agrave; peine &eacute;crits sont d&eacute;j&agrave; galvaud&eacute;s et r&eacute;duisent une &oelig;uvre en trois lignes. </em><em>Certes, voir Cantor r&eacute;clamer le silence, ou mieux, m'inviter &agrave; un dialogue ouvert plut&ocirc;t qu'au d&eacute;ploiement d&rsquo;un discours d&rsquo;avance millim&eacute;tr&eacute; est chose fascinante, mais est aussi une entreprise p&eacute;rilleuse &agrave; tenir. Je me risque donc &agrave; poser</em><em> puis improviser bon gr&eacute; mal gr&eacute; mes questions &agrave; cet artiste dont l'oeuvre consiste justement &agrave; r&eacute;sister. Tout se joue alors en filigrane, dans les pauses entre deux paroles, dans ses remarques et reformulations, dans ses &eacute;clats de rires inattendus et ses soupirs d&eacute;pit&eacute;s, mais au final, hors des sentiers battus. En ce sens, cet &eacute;change en forme de fugue est &eacute;trangement r&eacute;ussi.</em></em><br /><br /><strong>Tu dis "Vivre et travailler sur terre". Qu'est-ce que cela signifie exactement ? Est-ce une fa&ccedil;on id&eacute;ale, presque utopique, de te d&eacute;finir ?</strong>&nbsp;<br />   Je dis que je travaille sur terre parce que je pense qu'aujourd'hui avec tous les possibilit&eacute;s de communications que l'on a, il faut plus &ecirc;tre attentif aux rencontres que l'on fait qu'&agrave; son passeport. On parle d'avenir, de voyages sur Mars, et paradoxalement, on est toujours en train de montrer du doigt de quelle nationalit&eacute; nous sommes. Je ne veux pas dire que je renie ma nationalit&eacute;, que je n'aime pas la Roumanie ou la France, mais c'est une fa&ccedil;on de m'efforcer d'aller plus en profondeur dans ma rencontre avec l'autre, de ne pas m'&eacute;tiqueter avec des phrases telles que "Il vit et travaille &agrave; Paris".&nbsp;<br /><br />      <strong style="">D&rsquo;origine Roumaine, tu es venu en France pour int&eacute;grer le post-dipl&ocirc;me des de l&rsquo;ERBAN de Nantes. Pourquoi as-tu d&eacute;cid&eacute; de rester ensuite en France, qui a pourtant la r&eacute;putation de ne pas &ecirc;tre une terre fertile en mati&egrave;re d'art contemporain ?</strong><br />    Je ne sais pas. Peut-&ecirc;tre simplement parce que je parle fran&ccedil;ais et que j'adore Paris, o&ugrave; le niveau de culture est tr&egrave;s sp&eacute;cial, n'a rien &agrave; voir avec les autres capitales europ&eacute;ennes. Pour moi c'est un grand atout. Ensuite &ecirc;tre en France me laisse la possibilit&eacute; de beaucoup voyager, d'aller de New-York &agrave; Berlin assez facilement.<br /><br />      <strong style="">On dit souvent que ton travail est &agrave; la fois politique et po&eacute;tique. Or, le sens de ces mots est tellement vaste que ces derniers ne d&eacute;finissent plus grand chose. Peux-tu donc me donner une interpr&eacute;tation plus personnelle de ton travail ?</strong><br />    Lorsque nous avons mont&eacute; le communiqu&eacute; de presse du Cr&eacute;dac, Claire Le Restif, la directrice,&nbsp;a r&eacute;dig&eacute; une sorte de statement : "Le travail de Mircea Cantor se base sur trois piliers : &eacute;thique, esth&eacute;tique et mysticisme." Elle m'a demand&eacute; si j'acceptais que l'on utilise ces trois termes. Je lui ai r&eacute;pondu qu'il &eacute;tait vrai que j'avais une fa&ccedil;on tr&egrave;s spirituelle d'aborder l'art et le monde, mais que les trois termes qu'elle souhaitait faire imprimer allaient devenir des sortes de tiroirs, de cases o&ugrave; les gens, les critiques surtout, allaient me cat&eacute;goriser par la suite, surtout dans le contexte fran&ccedil;ais qui est tr&egrave;s "d&eacute;cortiquant", "d&eacute;constructif". De toute fa&ccedil;on, peu importe les mots, ce qui est s&ucirc;r c'est que ceux-ci emp&ecirc;chent d'aller chercher le sens en profondeur. Quand on utilise ces termes, on a l'impression, presque la certitude d'avoir tout compris, d'avoir saisi tout ce qui se passait au sein d'une oeuvre. Bien &eacute;videmment, c'est faux ! Au contraire, &ccedil;a d&eacute;note une certaine dose de superficialit&eacute;, de paresse intellectuelle. Ca signifie se contenter de chercher &agrave; survoler le travail plut&ocirc;t que rencontrer l'artiste.&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Mais s'il fallait vraiment r&eacute;sumer les choses, car on ne peut jamais se passer des mots bien longtemps, tu le ferais comment ?</strong><br />    Je suis artiste ! Se d&eacute;finir comme artiste, c'est d&eacute;j&agrave; un poids tellement lourd qu'il ne faut pas ajouter des adjectifs &agrave; ce mot. Artiste po&eacute;tique, artiste politique, peu importe ! Essayons d&eacute;j&agrave; de savoir ce que c'est, l'art, de comprendre le sens ultime de ce terme. Etre artiste, c'est une grande responsabilit&eacute;, c'est une fa&ccedil;on presque pesante de d&eacute;finir la position que l'on occupe dans le monde. Les m&eacute;dias, la presse particuli&egrave;rement, sont souvent superficiels. Les m&eacute;dias semblent penser que les gens sont b&ecirc;tes. C'est m&ecirc;me l&agrave; leur principal a priori. Il faudrait donc tout simplifier pour que l'on saisisse tout imm&eacute;diatement, pour adh&eacute;rer avec cette &egrave;re de vitesse dans laquelle nous vivons. Prenons par exemple Picasso, superstar des m&eacute;dias s'il en est. Examinons ce qu'il a fait, du d&eacute;but &agrave; la fin de sa carri&egrave;re. On ne va pas dire qu'il &eacute;tait un artiste politique simplement parce qu'il a peint&nbsp;<em style="">Guernica</em>, ou artiste de salon ou du dimanche parce qu'il faisait des natures mortes et des portraits. Son oeuvre va bien s&ucirc;r au-del&agrave; de tout &ccedil;a. Il faudrait que la presse, &eacute;crite ou pas, soit plus courageuse, qu'elle tente de moins simplifier les oeuvres, car si la simplification part du pic de la pyramide que repr&eacute;sentent les m&eacute;dias, tout le reste, tout ce qui est en-dessous, s'effondre, se d&eacute;lite irr&eacute;m&eacute;diablement.&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Empreinte, trace et disparition font partie de tes th&eacute;matiques r&eacute;currentes, comme par exemple au sein des pi&egrave;ces&nbsp;<em style="">Unpredictible future</em>, o&ugrave; ce titre est trac&eacute; au doigt sur une vitre embu&eacute;e, ou</strong><em style=""> <strong style="">Seven Future Gifts&nbsp;</strong></em><strong style="">qui sont de gigantesques paquets cadeaux vides, seulement mat&eacute;rialis&eacute;s par des noeuds en b&eacute;ton. Comment parviens-tu &agrave; fixer de fa&ccedil;on plastique ces manifestations, par d&eacute;finition fragiles et fugaces ?</strong><br />    Comme &ccedil;a ! <em>(rires)</em> Je ne sais pas si je les fixe. Je pense qu'elles vont se fixer au moment de la rencontre avec le public. C'est cette fa&ccedil;on-l&agrave; de fixer qui est r&eacute;ellement int&eacute;ressante. Il ne s'agit pas de p&eacute;renniser&nbsp;<em style="">de facto</em>.<br /><br />      <strong style="">Il est souvent question du ciel dans tes oeuvres : il se refl&egrave;te dans les pancartes en miroirs des manifestants de la vid&eacute;o&nbsp;<em style="">The landscape is changing</em>&nbsp;; il prend la forme d&rsquo;un arc-en-ciel na&iuml;f dans&nbsp;<em style="">Rainbow</em>, il s&rsquo;&eacute;crit &agrave; la&nbsp;</strong><strong style="">bougie</strong><strong style="">&nbsp;sur les plafond de <em style="">Ciel variable</em>. Quelle signification donnes-tu &agrave; ces diff&eacute;rents ciels ?</strong><br />    Je ne sais pas.&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Il y a tout de m&ecirc;me quelque chose d'assez atmosph&eacute;rique dans tout ceci, non ?</strong><br />    Atmosph&eacute;rique&hellip; "L'artiste atmosph&eacute;rique", voil&agrave; une nouvelle cat&eacute;gorie ! Pour te r&eacute;pondre, je pense que j'aspire &agrave; l'impalpable. Mais au fond, je ne sais pas. Il me semble que ce ciel est simplement une sorte de contrepoids.&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Tu d&eacute;clines certains &eacute;l&eacute;ments, tels que les avions hame&ccedil;onn&eacute;s des&nbsp;<em style="">Fishing flies</em>&nbsp;en les pr&eacute;sentant diff&eacute;remment au fil des pi&egrave;ces et des expositions. Selon toi, les formes sont int&eacute;ressantes lorsqu'elles deviennent instables, mouvantes ?</strong><br /><em>    (long silence)&nbsp;</em>C'est important, mais en m&ecirc;me temps &ccedil;a n'ob&eacute;it qu'&agrave; une certaine forme de n&eacute;cessit&eacute;. L'instabilit&eacute; n'est pas une chose que je recherche, c'est au contraire tr&egrave;s intuitif. C'est l&agrave; tout l'int&eacute;r&ecirc;t d'&ecirc;tre artiste, de chercher &agrave; ressentir &agrave; un certain moment qu'une certaine forme a besoin d'une certaine taille pour exister, par rapport &agrave; l'espace, par rapport au message, par rapport aux choses qui l'environnent.<br /><br />      <strong style="">C'est donc une fa&ccedil;on de s'adapter aux lieux que tu investis ?</strong><br />    C'est plut&ocirc;t une fa&ccedil;on d'adapter l'esprit !<br /><br />      <strong style="">Tu utilises aussi bien des mat&eacute;riaux dits "pauvres" (empreintes digitales composant tes dessins de fils barbel&eacute;s, canettes de soda dans&nbsp;<em style="">Fishing flies</em>, etc.) que d'autres dits "nobles", tel que l'or que l'on retrouve par touches dans plusieurs de tes pi&egrave;ces. Comment choisis-tu ces mat&eacute;riaux ? Ont t-il un d&eacute;nominateur commun malgr&eacute; leur apparente h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute;&nbsp;?</strong><br />Je pense que chaque mat&eacute;riau a un certain message, et que c'est sa nature qui d&eacute;finit ce message. Ensuite, tout d&eacute;pend de ce que je fais avec tout &ccedil;a, comment j'assemble ces mat&eacute;riaux et donc ces messages. Si par exemple j'avais r&eacute;alis&eacute; ma porte en or (<em>NDLR : </em>Arc de triomphe<em>, pi&egrave;ce datant de 2008 et inspir&eacute;e des grandes portes de propri&eacute;t&eacute;s en bois sculpt&eacute;es, que l'artiste a dor&eacute; &agrave; la feuille et dont les motifs traditionnels ont &eacute;t&eacute; remplac&eacute;s par des dessins reprenant le motif elliptique du code g&eacute;n&eacute;tique</em>) uniquement avec du bois, &ccedil;a n'aurait pas eu le m&ecirc;me impact, &ccedil;'aurait &eacute;t&eacute; juste une pi&egrave;ce ethnographique : du bois vieillissant avec le temps. L'or apporte ici un troisi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment : il y a la porte en tant que telle, les dessins et l'or. Ce troisi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment est aussi pr&eacute;sent au sein d'une pi&egrave;ce comme <em>Fishing Flies</em> que je pr&eacute;sente au Cr&eacute;dac, m&ecirc;me si l&agrave; ce troisi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment n'est pas de l'or : il s'agit d'un avion, constitu&eacute; de barils d'essence et attach&eacute; &agrave; un immense hame&ccedil;on. J'aurais pu me contenter de n'assembler que des barils,&nbsp;<em>basta cosi</em>. Mais en ajoutant un hame&ccedil;on, j'ai vraiment l'impression de modifier totalement la signification et donc la port&eacute;e de ma pi&egrave;ce. L'avion ne discourt plus seulement avec les barils d'essence mais devient un leurre. Utiliser des mat&eacute;riaux, &ccedil;a n'est rien d'autre que les mettre en symbiose et en jouer. Ca devient un processus pour cr&eacute;er des messages.<br /><br />      <strong style="">Chaque mat&eacute;riau est donc comme l'un des &eacute;l&eacute;ments d'une grammaire ?</strong><br />    Exactement. C'est comme une po&eacute;sie (zut, j'ai dit&nbsp;&laquo;&nbsp;po&eacute;sie&nbsp;&raquo;&nbsp;!). Ou plut&ocirc;t, pour jouer &agrave; &laquo; l'artiste gastronomique &raquo;, c'est comme un plat. Quand on cuisine un plat, on sait combien de temps on doit le laisser cuire, quelle quantit&eacute; de tel ingr&eacute;dient on doit mettre, &agrave; quel moment on doit l'ajouter, etc. Mais &ccedil;a ne s'arr&ecirc;te pas l&agrave;, il faut ensuite savoir comment le servir, avec quelles assiettes, dans quel plat. C'est tout un art, pour utiliser une expression toute faite. Un art de la composition. Je trouve qu'aujourd'hui, cet art de la composition, surtout dans les &eacute;coles de beaux-arts, est un peu oubli&eacute;.<br /><br />      <strong style="">Justement, tu&nbsp;</strong><strong>&laquo;</strong>&nbsp;<strong style="">composes&nbsp;</strong><strong>&raquo;</strong><strong style="">&nbsp;souvent &agrave; partir d'id&eacute;es d&rsquo;enfermement, de restriction, que ce soit &agrave; l&rsquo;aide de fils barbel&eacute;s ou de cages gigognes enfermant deux paons dans l&rsquo;installation&nbsp;<em style="">The need of uncertainty</em>. Que cherches-tu &agrave; pointer du doigt au travers de ces diff&eacute;rentes formes d'interdiction&nbsp;?</strong><br />    Je pr&eacute;f&egrave;re &agrave; l'expression&nbsp;&laquo;&nbsp;restriction&nbsp;&raquo;&nbsp;celle de&nbsp;&laquo;&nbsp;signal d'alarme&nbsp;&raquo;, par rapport &agrave; ce qui se passe autour de nous, par rapport &agrave; nos propres vies. L'id&eacute;e d'aller vers l'autre en ayant des pr&eacute;jug&eacute;s est d&eacute;j&agrave; une forme d'enfermement, une barri&egrave;re. L'entretien que nous avons maintenant tous les deux est assez repr&eacute;sentatif : tu es venue avec des questions d&eacute;j&agrave; toutes pr&ecirc;tes, &eacute;crites,&nbsp;&laquo;&nbsp;pr&eacute;-pos&eacute;es&nbsp;&raquo;. C'est une fa&ccedil;on de venir en &eacute;tant ferm&eacute;e &agrave; la discussion, &agrave; la d&eacute;couverte. J'aurais pr&eacute;f&eacute;r&eacute; que tu viennes en te disant que tu &eacute;tais curieuse de savoir qui j'&eacute;tais et que l'on parle tr&egrave;s ouvertement, que l'on discute sans savoir quelle forme tout cela va avoir, o&ugrave; tout cela va mener. C'est tr&egrave;s symptomatique d'une forme d'auto-restriction qui fait h&eacute;las partie de nos vies. C'est pour &ccedil;a que je tire ces signaux d'alarme. Ce que je veux savoir, c'est comment aller au-del&agrave; de ces restrictions, de ces paradoxes, pour produire ou aller vers des choses et des formes int&eacute;ressantes.&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Dans la vid&eacute;o&nbsp;<em style="">I decided not to save the world</em>&nbsp;(2011), ton fils dit qu'il a d&eacute;cid&eacute; de ne pas sauver le monde. Est-ce ta fa&ccedil;on de nous dire qu'un art politique n'a pas n&eacute;cessairement besoin d&rsquo;&ecirc;tre contestataire ?</strong><br />&laquo;&nbsp;Art politique&nbsp;&raquo;&nbsp;<em>(rire presque constern&eacute;)</em> ! Comment reformulerais-tu ta question de fa&ccedil;on &agrave; &ocirc;ter cette expression ?<br /><br />      <strong style="">Comment est venue cette phrase, et pourquoi est-elle rest&eacute;e dans ton oeuvre ? Pourquoi l'avoir gard&eacute;e ?</strong><br />    Parce tous les jours on trouve cette volont&eacute;, qui a d'ailleurs men&eacute; &agrave; des d&eacute;sastres, de vouloir sauver le monde. Mais au nom de quoi ?! Tous les jours des gens essaient de faire &ccedil;a, de sauver le monde, politiquement, &eacute;conomiquement, socialement, &eacute;cologiquement, etc. En fait, je me rends compte que vouloir faire &ccedil;a nous prive de notre propre libert&eacute;, nous engage dans un courant qui ne fait pas partie de notre nature, de notre volont&eacute; intrins&egrave;ques. Tout ceci est une question de volont&eacute; et cette vid&eacute;o le dit bien : non,&nbsp;<em style="">je</em>&nbsp;n'ai pas&nbsp;<em style="">d&eacute;cid&eacute;</em>&nbsp;de sauver le monde. Ces&nbsp;&laquo;&nbsp;je&nbsp;&raquo;&nbsp;et&nbsp;&laquo;&nbsp;d&eacute;cid&eacute;&nbsp;&raquo;&nbsp;veulent bien dire que j'ai choisi pour moi et seulement moi. Comme disait Thoreau,&nbsp;&laquo;&nbsp;le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le&nbsp;<em style="">moins.*</em>&nbsp;&raquo;&nbsp;Que ce soit un enfant qui dise cette phrase dans la vid&eacute;o est encore mieux, car, c'est bien connu,&nbsp;&laquo; La v&eacute;rit&eacute; sort de la bouche des enfants&nbsp;&raquo;. Avec l'&acirc;ge, les gens ont tendance &agrave; se cristalliser. Or, avoir un enfant ne laisse absolument pas le temps de se cristalliser. En ce sens, mon fils est une sorte de Muse. Il m'inspire &eacute;norm&eacute;ment. Cette phrase que mon fils dit dans la vid&eacute;o&nbsp;<em style="">I decided not to save the world&nbsp;</em>est venue de discutions que j'ai eu avec Gabriela <em>(NDLR : Gabriela Vanga, la compagne de Mircea Cantor qui est elle aussi artiste)</em>. On s'imaginait un dirigeant politique &eacute;non&ccedil;ant cette phrase lors d'un discours aux Nations Unies. Ca serait grave, lourd de sens et de cons&eacute;quences, et en m&ecirc;me temps, finalement &ccedil;a ne serait qu'une personne qui se d&eacute;responsabilise.&nbsp;<br /><br />      <strong style=""><em style="">Vertical attempt</em></strong><strong style="">&nbsp;est une vid&eacute;o d'une seconde qui met en sc&egrave;ne une fois de plus ton fils essayant de couper aux ciseaux le filet d'eau sortant d'un robinet de cuisine. En la visionnant, je me demandais quelle place tu accordes &agrave; l'improvisation et &agrave; la mise en sc&egrave;ne.&nbsp;</strong><br />    Aucune. Ca n'a pas d'importance. <em>(Il prend mon t&eacute;l&eacute;phone)</em>&nbsp;Je n'ai pas besoin de savoir de quoi est fait ce t&eacute;l&eacute;phone. Je sais simplement qu'avec je peux communiquer,&nbsp;faire des photos ou vid&eacute;os&nbsp;et c'est largement suffisant. &nbsp;<br /><br />      <strong style="">En octobre 2011, tu remportes le Prix Marcel Duchamp. Tu exposeras donc en octobre 2012 au Centre Pompidou. Songes-tu d&eacute;j&agrave; ce que tu vas y pr&eacute;senter ?</strong><br />    Aucune id&eacute;e. Pour le moment, je pense plus &agrave; toutes les expositions que je suis en train de pr&eacute;parer : le 3 mars, j'en inaugure une au Museum of the Moving Images de New York, une autre une qui commencera le 16 mars &agrave; Rome, au Museo d'Arte Contemporanea di Roma (MACRO) ; enfin, &agrave; partir du 12 mai je participe &agrave; une exposition collective&nbsp;<em style="">au S.M.A.K. &agrave; Gand.</em> Apr&egrave;s avoir plannifi&eacute; tout &ccedil;a, je penserai &agrave; l'exposition du Prix Marcel Duchamp !<br />&nbsp;<br />        * Henry David Thoreau, <em style="">La d&eacute;sob&eacute;issance civile</em>, 1894<br /><br />  </div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9122610_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9122610_orig.jpg" alt="Picture" style="width:100%;max-width:1100px" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 100%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:100%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 100%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font color="#666666"><strong><font size="2">Mircea Cantor</font><br /></strong><br /><font size="2"><em>Restless : films and other works by Mircea Cantor</em>, <a href="http://www.movingimage.us/exhibitions/2012/03/03/detail/restless-films-and-other-works-by-mircea-cantor/" target="_blank">Museum of the Moving Images</a>, New York, du 3 mars au 6 mai 2012</font></font><br /><font color="#666666" size="2"><em>Sic transit gloria mundi</em>,<a href="http://www.macro.roma.museum/mostre_ed_eventi/mostre/mircea_cantor_sic_transit_gloria_mundi" target="_blank"> MACRO</a>, Rome, du 16 mars au 6 mai 2012</font><br /><font color="#666666" size="2">TRACK, <a href="http://www.smak.be/tentoonstelling.php?la=fr&amp;y=0&amp;tid=0&amp;t=komende&amp;id=520" target="_blank">S.M.A.K.</a>, Gand, du 12 mai au 16 septmebre 2012</font><br /></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 100%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:100%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 100%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><strong><font color="#666666" size="1">Cr&eacute;dit images :&nbsp;</font><br /></strong><br /><font color="#666666" size="1">01/ Portrait de Mircea Cantor par Gabriela Vanga</font><br /><font color="#666666" size="1">02/&nbsp;</font><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: x-small; background-color: rgba(255, 255, 255, 0.917969); ">Mircea Cantor,&nbsp;</span><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: x-small; background-color: rgba(255, 255, 255, 0.917969); text-align: -webkit-auto; "><em>Arc de triomphe</em>, 2008, c</span><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: x-small; background-color: rgba(255, 255, 255, 0.917969); text-align: -webkit-auto; ">h&ecirc;ne, feuilles d'or 24 carat, 640 x 416 x 130 cm, c</span><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: x-small; background-color: rgba(255, 255, 255, 0.917969); text-align: -webkit-auto; ">ourtesy Yvon Lambert Paris</span><br /><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: x-small; background-color: rgba(255, 255, 255, 0.917969); text-align: -webkit-auto; ">&nbsp;</span></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[PERSPECTIVES PHOTOGRAPHIQUES - Ai Weiwei au Jeu de Paume]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/perspectives-photographiques-ai-weiwei-au-jeu-de-paume.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/perspectives-photographiques-ai-weiwei-au-jeu-de-paume.html#comments]]></comments><pubDate>Wed, 07 Mar 2012 06:38:22 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/perspectives-photographiques-ai-weiwei-au-jeu-de-paume.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/1821696_orig.jpeg?308' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/1821696.jpeg?308" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; ">        <em style="">Lors du vernissage d'</em>Entrelacs&nbsp;<em style="">au Jeu de Paume, les visiteurs &eacute;taient sch&eacute;matiquement divis&eacute;s en deux cat&eacute;gories. La premi&egrave;re, avant m&ecirc;me d'avoir d&eacute;couvert les salles du centre d'art, &eacute;tait d&eacute;j&agrave; exalt&eacute;e par l'exposition d'Ai Weiwei, comme acquise &agrave; la cause de cet artiste et martyr maintenu en d&eacute;tention, censur&eacute; et harcel&eacute; par les autorit&eacute;s chinoises. L'autre partie, moins nombreuse, avouait timidement ne le conna&icirc;tre qu'au travers de ce scandale et, au mieux, de son oeuvre monumentale constitu&eacute;e de fausses graines de tournesol install&eacute;e en 2010 &agrave; la Tate Gallery de Londres. Cette portion du public a d&ucirc; &ecirc;tre d&eacute;rout&eacute;e par la proposition du Jeu de Paume, tant celle-ci, presque int&eacute;gralement photographique, ne pr&eacute;sente pas vraiment le travail de cet artiste, constitu&eacute; certes d'images, mais aussi de sculptures, d'installations et de performances. En ceci,&nbsp;</em>Entrelacs<em style="">&nbsp;est plus une invitation &agrave; parcourir en coulisses la m&eacute;moire et les engagements politiques de cet "artiste de la communication"* qu'une r&eacute;elle pr&eacute;sentation de ses oeuvres photographiques. Urs Stahel, directeur du Winterthur Photomuseum et commissaire de l'exposition, nous &eacute;claire sur ce choix.</em><br /><br /><br /> <strong style="">Pourquoi avoir choisi de titrer l'exposition <em style="">Entrelacs</em> ?</strong><br /> Parce que s'il fallait r&eacute;sumer le travail d'Ai Weiwei, c'est-&agrave;-dire par exemple ses sculptures, ses installations, son activit&eacute; de blogueur et de membre actif des r&eacute;seaux sociaux, son projet <em style="">Portraits de conte de f&eacute;e</em> <em style="">(NDLR : longue et spectaculaire performance r&eacute;alis&eacute;e lors de la </em>Documenta 12 <em style="">o&ugrave; l'artiste a fait venir &agrave; Kassel mille et un chinois comme s'ils participaient &agrave; une installation vivante)</em>, les termes d'&eacute;changes et d'entrelacements seraient les plus pertinents. Lorsque nous avons pr&eacute;par&eacute; l'exposition, nous ne voulions pas parler de mise en r&eacute;seau car l'expression est trop li&eacute;e &agrave; cette id&eacute;e tr&egrave;s contemporaine de communication virtuelle, alors que son travail connecte aussi l'Histoire de la Chine avec le monde d'aujourd'hui. Le mot "entrelacs" permet de r&eacute;unir tr&egrave;s justement les diff&eacute;rentes notions qui traversent l'oeuvre d'Ai Weiwei.<br /><br /> <strong style="">Pouvez-vous m'expliquer cette volont&eacute; de pr&eacute;senter presque uniquement des documents photographiques alors qu'Ai Weiwei est un artiste pluridisciplinaire ?</strong><br /> C'est vrai que l'exposition est essentiellement photographique. Par exemple, nous montrons dix mille des quelques deux cent mille photos apparaissant sur son blog. On peut donc voir dans l'exposition les diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons qu'a Ai Weiwei d'utiliser le m&eacute;dium photographique. Il faut bien comprendre qu'Ai n'est pas un photographe, mais un artiste conceptuel utilisant la photographie. Quand on entre dans la premi&egrave;re salle de l'exposition, on d&eacute;couvre son travail documentant les incroyables changements qui sont survenus en Chine ces derni&egrave;res ann&eacute;es, notamment &agrave; P&eacute;kin. La situation de la Chine ressemble beaucoup &agrave; celle de Paris au milieu du XIXe si&egrave;cle, lorsque Haussmann et le gouvernement en place &agrave; l'&eacute;poque ont totalement reconstruit toute la ville. La diff&eacute;rence, c'est qu'en Chine la fa&ccedil;on de proc&eacute;der est tr&egrave;s diff&eacute;rente. L&agrave;-bas, les habitants ont &eacute;t&eacute; expropri&eacute;s en &eacute;change d'un peu d'argent, puis tout a &eacute;t&eacute; ras&eacute; sur des kilom&egrave;tres pour &ecirc;tre reconstruit dans un style tr&egrave;s contemporain que l'on peut difficilement qualifier d'architectural. Ai Weiwei a enregistr&eacute; ces changements, mais a aussi document&eacute; ceux li&eacute;s au tremblement de terre ayant eu lieu dans la province de Sichuan en 2008 ou &agrave; la construction de son atelier command&eacute; et financ&eacute; par les autorit&eacute;s de Shanghai en 2008 et d&eacute;truit par ces m&ecirc;mes autorit&eacute;s deux ans apr&egrave;s. S'il documente tout ceci, c'est parce qu'il pense que ce sont des &eacute;v&eacute;nements tr&egrave;s importants. Il le fait de fa&ccedil;on presque filmique. L&agrave; o&ugrave; certains ne prendraient qu'une seule photo, lui en fait cinquante ! S'il &eacute;tait maintenant ici avec nous, il nous aurait photographi&eacute;s tout au long de l'entretien et nous aurions presque pu faire de ses photos un flip-book ! Il aime beaucoup l'aspect th&eacute;&acirc;tral de la photographie, les possibilit&eacute;s de mise en sc&egrave;ne qu'elle offre. Sur certaines de ses images, ont peut voir des personnes avec des coupes de cheveux totalement spectaculaires. Il va par exemple faire appel &agrave; quatre mod&egrave;les, leur raser respectivement un F, un U, un C et un K sur le cr&acirc;ne et les faire poser ensemble. Ce qu'il souhaite faire, c'est documenter l'actualit&eacute; pour le futur. Ses photos sont comme une base de donn&eacute;es pour construire une m&eacute;moire et une r&eacute;flexion, un peu &agrave; la fa&ccedil;on des philosophes du si&egrave;cle des Lumi&egrave;res en France.&nbsp;<br /><br /> D'autre part, ces photographies permettent de montrer qu'Ai Weiwei est un artiste de la provocation. Sur l'un des triptyques pr&eacute;sent&eacute;s dans l'exposition, on peut le voir laisser tomber une urne de la dynastie des Han, vieille de cinq cent ans, de fa&ccedil;on &agrave; la brier. Autre exemple : il a photographi&eacute; en 1994 sa petite amie en train de soulever sa jupe et montrer sa culotte sur la place Tian'anmen de P&eacute;kin le jour de l'anniversaire du massacre de 1989 au cours duquel pr&egrave;s de trois mille personnes ont &eacute;t&eacute; tu&eacute;es par la police nationale, ce qui revient &agrave; peu de choses pr&egrave;s &agrave; faire publiquement un doigt d'honneur aux forces de l'ordre chinoises. Au m&ecirc;me endroit, il a photographi&eacute; un soldat au garde-&agrave;-vous et a d&eacute;coup&eacute; le tirage obtenu en sept parties align&eacute;es &agrave; l'horizontale. Faire passer ce soldat de la verticalit&eacute; &agrave; l'horizontalit&eacute; revient pour Ai Weiwei &agrave; faire s'&eacute;crouler le pouvoir et l'autorit&eacute;, &agrave; les abolir. C'est un geste de protestation. On retrouve cette m&ecirc;me id&eacute;e dans la s&eacute;rie intitul&eacute;e <em style="">Etudes de perspectives</em>, (1995-2003) o&ugrave; il a photographi&eacute; des paysages et monuments historiques en leur faisant un doit d'honneur. La premi&egrave;re image de cette s&eacute;rie a d'ailleurs &eacute;t&eacute; faite sur cette m&ecirc;me place Tian'anmen. Sur les autres images, on peut voir des &eacute;difices tels que la Tour Eiffel, de simples paysages et m&ecirc;me son propre atelier. Ainsi mis en sc&egrave;ne, ce geste devient une r&eacute;flexion sur les individus au sein d'une soci&eacute;t&eacute; donn&eacute;e, comme pour essayer de comprendre d'o&ugrave; ils viennent et o&ugrave; ils vont. Le doigt d'honneur ressemble beaucoup au geste que les peintres utilisent pour reporter sur la toile les mesures des diff&eacute;rents &eacute;l&eacute;ments d'un paysage en pointant leur pouce face &agrave; eux et fermant un oeil pour &eacute;valuer les distances. Cette posture, tr&egrave;s ancr&eacute;e dans l'histoire de la repr&eacute;sentation picturale, est appel&eacute;e "&eacute;tude de perspective", tout comme la s&eacute;rie&nbsp; d'Ai Weiwei. C'est une relecture tr&egrave;s personnelle des diff&eacute;rents codes de la repr&eacute;sentation, du pouvoir et de l'acad&eacute;misme.<br /><br /> Dans la derni&egrave;re partie de l'exposition, c'est Ai Weiwei en tant qu'artiste de la communication qui est mis en valeur. Il fait constamment appel &agrave; travers son travail artistique &agrave; diff&eacute;rents outils de communication. Il bloguait et voyageait (NDLR : Ai Weiwei est actuellement interdit de sortie du territoire chinois et son blog a &eacute;t&eacute; censur&eacute;), et continue maintenant &agrave; parler aux gens en twittant, &agrave; les photographier, &agrave; se laisser photographier par eux. Ceci repr&eacute;sente une partie tr&egrave;s importante de son travail. Les photographies qu'il prend traduisent son amour pour l'architecture, le design, l'art, ses propres oeuvres&hellip; D'autre part, Ai est un artiste qui &eacute;crit constamment. Certains de ses &eacute;crits ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s par le MIT Press, tout d'abord aux Etats-Unis l'an dernier, puis en Allemagne depuis peu. On y retrouve certains des textes du blog que les autorit&eacute;s chinoises ont ferm&eacute;.&nbsp; Cette partie de l'exposition li&eacute;e &agrave; la communication prend aussi en compte ses textes, mais ses diff&eacute;rentes actions et performances, comme celle dont je parlais tout-&agrave;-l'heure avec les mille et un chinois voyageant jusqu'&agrave; la Documenta. Je le r&eacute;p&egrave;te, le point de vue d'Ai Weiwei est proche de celui des Lumi&egrave;res : tout ce qu'il veut, c'est ouvrir l'esprit de ses contemporains, leur faire prendre conscience de cette id&eacute;e que le gouvernement n'a pas le droit de leur dicter ce qu'ils doivent faire et qu'ils peuvent bien au contraire se soulever contre lui.<br /><br /> L'exposition est donc pens&eacute;e en trois parties, r&eacute;parties de fa&ccedil;on quasi chronologique dans trois salles d'exposition. Ses photographies les plus anciennes, pr&eacute;sent&eacute;es dans une pi&egrave;ce un peu &agrave; part des autres, sont tr&egrave;s diff&eacute;rentes du reste de l'accrochage. Elles fonctionnent sur le mode du journal intime, sont en noir et blanc et datent de l'&eacute;poque de son s&eacute;jour &agrave; New York. L&agrave;-bas, il disait ne rien faire. Finalement, il a tout de m&ecirc;me fait plus de dix mille photographies, qu'il n'a d'ailleurs pas d&eacute;velopp&eacute;es sur place. Il est rentr&eacute; en Chine, a mis de c&ocirc;t&eacute; toutes ces pellicules photographiques et les a oubli&eacute;es. Il a commenc&eacute; &agrave; les d&eacute;velopper il y a seulement cinq ans, soit vingt ans apr&egrave;s. Sur ces images, on peut apprendre beaucoup de choses sur Ai Weiwei. Il ressemblait beaucoup alors &agrave; une sorte de chinois baudelairien fl&acirc;nant &agrave; New York qui s'est soudainement int&eacute;ress&eacute; aux diff&eacute;rents mouvements de protestation qu'il observait dans les rues de New York et la fa&ccedil;on dont la police r&eacute;primandaient les manifestants. On peut voir toute sa formation &agrave; travers ces photographies new yorkaises. Au d&eacute;but de son s&eacute;jour, il &eacute;tait comme paralys&eacute; par ce qui l'entourait, ne parvenait &agrave; rien faire, puis peu &agrave; peu, il est devenu cet artiste conceptuel mais tr&egrave;s engag&eacute; socialement que l'on connait aujourd'hui.<br /><br /> <strong style="">Ai Weiwei est tr&egrave;s actif sur les r&eacute;seaux sociaux. Consid&egrave;re t-il ces m&eacute;dias comme autant de moyens d'expression, comme des extensions de son travail ou plut&ocirc;t comme des oeuvres &agrave; part enti&egrave;re, gratuites et diffusables ?</strong><br /> Il se r&eacute;f&egrave;re r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; Marcel Duchamp. Il le cite souvent lorsqu'il dit que l'art fait partie int&eacute;grante de la vie. Parfois, face &agrave; ses images, les gens se disent "Mes enfants auraient pu faire cette photo, donc en quoi est-ce de l'art ?". Je crois que pour Ai Weiwei, absolument tout peut faire partie de son art. Il le dit lui-m&ecirc;me : "Peut-&ecirc;tre que ma vie est ma meilleure oeuvre d'art". En Allemagne, on utilise un mot intraduisible, mais qui d&eacute;finit bien la position d'Ai, et qui correspondrait en fran&ccedil;ais au terme "g&eacute;n&eacute;raliste". Il est tout &agrave; la fois : sculpteur, architecte, &eacute;crivain, photographe, fait des installations&hellip; C'est ce tout qui forme son art. Il va bien au-del&agrave; de l'id&eacute;e que l'art doit &ecirc;tre simplement un bel objet ou une chose bien faite. Il a une vision beaucoup plus conceptuelle de l'art. Donc, quand il blogue ou qu'il twitte, il ne parle de son propre travail artistique que lorsqu'on le lui demande, et pr&eacute;f&egrave;re plut&ocirc;t utiliser ce m&eacute;dia pour se m&ecirc;ler &agrave; la soci&eacute;t&eacute;, interagir avec elle. Les allers-retours entre son positionnement artistique et sa place en tant qu'individu au sein de la soci&eacute;t&eacute; sont permanents. Ce sont cette attitude, cette &eacute;nergie et cette force qui lui conf&egrave;rent une personnalit&eacute; si impressionnante, du moins de mon point de vue. Actuellement, il est attaqu&eacute; de toutes parts ; les autorit&eacute;s chinoises tentent de ruiner sa r&eacute;putation en disant que c'est un parvenu alors qu'il investit tout son argent dans de nouveaux projets en se moquant du luxe. C'est un artiste tr&egrave;s simple qui communique, pour qui le partage est important. Son activit&eacute; sur internet l'atteste.<br /><br /> <strong style="">De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, ses photographies prises au t&eacute;l&eacute;phone portable sont-elles un moyen d'oeuvrer avec un m&eacute;dium simple et accessible &agrave; tous ?</strong><br /> Entre 2005 et 2009, il a tenu diff&eacute;rents blogs. Il utilisait alors un appareil photo num&eacute;rique. C'est seulement lorsqu'il a commenc&eacute; &agrave; twitter qu'il s'est mis &agrave; utiliser son t&eacute;l&eacute;phone portable. L'une des derni&egrave;res fois que j'ai vu Ai Weiwei, c'&eacute;tait au mois d'octobre 2011, pendant le vernissage d'une exposition &agrave; la galerie Urs Meile <em style="">(NDLR : galerie qui repr&eacute;sente AI Weiwei en Suisse et &agrave; P&eacute;kin)</em>. A l'issue du vernissage nous sommes tous all&eacute;s d&icirc;ner, et le lendemain j'ai pu voir toutes les photos de la soir&eacute;e sur son compte Twitter. Avec Twitter, en un clic, n'importe quelle photo peut se retrouver en ligne. Cette fa&ccedil;on de photographier reste dans la lign&eacute;e de son journal intime new yorkais en noir et blanc. C'est sa mani&egrave;re &agrave; lui de t&eacute;moigner de sa vie et son travail, et &ccedil;a l'amuse beaucoup. Avec ces images, il ne pr&eacute;tend pas faire de l'art s&eacute;rieux. Ses photographies prises au t&eacute;l&eacute;phone portable font partie de la strat&eacute;gie qu'il a mis en place pour prendre part &agrave; la soci&eacute;t&eacute;, en &ecirc;tre acteur, la documenter. Les autorit&eacute;s chinoises l'ont interdit de twitter mais il continue &agrave; le faire malgr&eacute; tout et avec beaucoup d'humour, en postant &eacute;norm&eacute;ment d'images, en jouant de l'imm&eacute;diatet&eacute; de ce r&eacute;seau social et de la simplicit&eacute; de ces prises de vues au t&eacute;l&eacute;phone.&nbsp;<br /><br /> <strong style="">La question du paysage urbain est tr&egrave;s pr&eacute;sente au sein de son oeuvre. Est-ce que photographier ses mutations est pour lui une mani&egrave;re de documenter les bouleversements qui traversent les soci&eacute;t&eacute;s ?</strong><br /> Oui, bien s&ucirc;r. Souvent, ce n'est pas lui qui r&eacute;alise ces photographies urbaines, comme par exemple pour la s&eacute;rie <em style="">Paysages provisoires</em> ( 2002-2008). L&agrave;, il a fait appel &agrave; un photographe professionnel qui l'accompagnait &agrave; P&eacute;kin et qui travaillait avec une chambre 8x10 inches. Ai Weiwei lui disait o&ugrave; poser son tr&eacute;pied, comment cadrer, que faire. Cette s&eacute;rie compte &eacute;norm&eacute;ment d'images, beaucoup plus que ce qui est pr&eacute;sent&eacute; ici au Jeu de Paume. Elle parle de la ville, en profondeur, et prend presque part &agrave; l'architecture qu'elle documente, &agrave; son &eacute;volution.&nbsp;<br /> En occident, on ne peut pas imaginer les drames qui se sont tenus &agrave; P&eacute;kin ces dix derni&egrave;res ann&eacute;es. Ce qui se passe au niveau de l'am&eacute;nagement de l'espace urbain est d'une violence extr&ecirc;me, par exemple. Seules les maisons traditionnelles sont &eacute;pargn&eacute;es. Elles ne peuvent pas &ecirc;tre ras&eacute;es, contrairement aux autres b&acirc;timents et &eacute;difices de la ville. Ceux qui sont d&eacute;truits sont remplac&eacute;s par des architectures de tr&egrave;s mauvaise qualit&eacute;, tant mat&eacute;rielle qu'esth&eacute;tique, et effacent en m&ecirc;me temps que leur destruction des pans entiers de communaut&eacute;s et d'histoire. Ai Weiwei est bien conscient de tout &ccedil;a et l'enregistre.<br /><br /> <strong style="">Lorsqu'Ai Weiwei r&eacute;alise ses <em style="">Portraits contes de f&eacute;es</em> (2007) ou son installation faites graines de tournesol en porcelaine (2010), il met &agrave; contribution des personnes totalement &eacute;trang&egrave;res au domaine de l'art et n'ayant pas forc&eacute;ment le droit &agrave; la parole. Cela lui permet-il de cr&eacute;er le temps d'une oeuvre une soci&eacute;t&eacute; utopique ou plut&ocirc;t de d&eacute;noncer des paradoxes et des in&eacute;galit&eacute;s ?</strong><br /> On peut en effet dire que ce qu'il a cr&eacute;&eacute; avec les <em style="">Portraits contes de f&eacute;e</em> une petite bulle, utopique et temporaire. La Chine compte 1,3 milliard d'habitants. Au vu de ce nombre, Ai Weiwei sait pertinemment qu'en tant qu'artiste il ne peut pas changer cette soci&eacute;t&eacute; en profondeur. Par contre il peut laisser la parole aux gens, provoquer un "effet boule de neige". C'est ainsi qu'il travaille. Cette action faite pour la Documenta peut para&icirc;tre symbolique pour tous les autres, mais pour les mille et une personnes y ayant particip&eacute;, c'&eacute;tait bien r&eacute;el. Ces personnes n'avaient pour la majorit&eacute; jamais quitt&eacute; leur village et jamais eu de passeport ou de visa, tr&egrave;s difficiles &agrave; obtenir en Chine. Il a donc fallu les aider &agrave; effectuer ces diff&eacute;rentes t&acirc;ches administratives, mais aussi leur trouver une valise, un logement sur place, embaucher des cuisiniers pour la dur&eacute;e du voyage, etc. C'&eacute;tait une installation &eacute;norme, tr&egrave;s lourde d'un point de vue logistique, qui a dur&eacute; deux semaines, si mes souvenirs sont bons. Elle &eacute;tait donc &agrave; la fois r&eacute;aliste, utopique et symbolique. Comme souvent chez Ai Weiwei, il s'agissait de souligner l'id&eacute;e qu'un changement est possible, tant &agrave; l'&eacute;chelle individuelle que d'une soci&eacute;t&eacute;, et ce malgr&eacute; la censure.&nbsp;<br /><br /> <strong style="">Justement, comment peut-il encore oeuvrer alors que sa parole m&ecirc;me est censur&eacute;e ?</strong><br /> Lorsqu'il &eacute;tait d&eacute;tenu et qu'il a &eacute;t&eacute; rel&acirc;ch&eacute; en juin, les autorit&eacute;s lui on dit assez ironiquement "Vas-y, continue, fais de l'art". En un sens, Ai Weiwei est exactement ce que le gouvernement veut qu'il soit, c'est-&agrave;-dire un chinois internationalement reconnu, un peu comme peuvent l'&ecirc;tre les sportifs de haut niveau qui remportent des m&eacute;dailles olympiques pour la Chine. Ils l'encouragent donc &agrave; travailler. Ce qu'ils ne veulent pas, c'est qu'il parle de la soci&eacute;t&eacute;, alors que son oeuvre ne parle que de &ccedil;a ! Lui demander d'arr&ecirc;ter &ccedil;a, c'est amputer son travail. Au tout d&eacute;but de sa d&eacute;tention, il n'allait vraiment pas bien. Maintenant, il se sent beaucoup plus fort, plus combatif. Il recommence &agrave; travailler, pas vraiment comme il le souhaite, mais il est en tout cas un tout petit peu plus libre. Il continue de twitter, et, pour cette exposition au jeu de Paume, beaucoup de journalistes parisiens ont voulu l'interviewer, mais il n'a pas le droit de faire tout &ccedil;a. En le faisant malgr&eacute; tout, il court d'&eacute;normes risques, notamment celui d'&ecirc;tre maintenu en d&eacute;tention une seconde fois. Certains disent que le gouvernement chinois s'est rendu compte qu'il ne changera jamais et qu'ils le laissent donc faire ; d'autres pensent que les autorit&eacute;s le punissent constamment et qu'au fond &ccedil;a n'a rien &agrave; voir avec lui. Enfin si, bien &eacute;videmment, c'est li&eacute; &agrave; lui, mais ce qui ressort de tout &ccedil;a, c'est qu'il est puni pour servir d'exemple. La strat&eacute;gie consiste &agrave; le punir, puis le laisser sortir, puis le punir &agrave; nouveau, etc. En somme, les autorit&eacute;s ont transform&eacute; Ai Weiwei bien malgr&eacute; lui en instrument leur permettant de faire pression et d'&ecirc;tre craintes des autres artistes.<br /> <br /> <strong style="">Quels sont malgr&eacute; tout ses projets pour les mois &agrave; venir ?</strong><br /> Il fait beaucoup de photos et travaille sur ses projets de sculptures. M&ecirc;me s'il est oblig&eacute; de rester &agrave; P&eacute;kin, il parvient &agrave; superviser des expositions qui auront lieu &agrave; l'&eacute;tranger, un peu comme ce qu'il a fait avec moi pour cette exposition &agrave; Paris, ou comme il l'a fait &agrave; Stockholm o&ugrave; son travail est aussi pr&eacute;sent&eacute; en ce moment. Il prend part &agrave; beaucoup de projets sans pouvoir s'y investir totalement ou autant qu'il le souhaiterait.&nbsp;<br /><br />* C'est ainsi que le d&eacute;crit Lucas Lai, son assistant.<br /><br />&nbsp;</div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9294017.jpeg?697" alt="Picture" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="2" color="#666666"><strong>        Ai Weiwei,&nbsp;<em>Entrelacs</em><br /></strong><br />Du 21 f&eacute;vrier au 29 avril 2012<br /><br /><a href="http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&amp;idArt=1500&amp;lieu=1&amp;idImg=1570" target="_blank">JEU DE PAUME</a><br /> 1 place de la Concorde -&nbsp;75008 Paris</font><br /></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="1" color="#666666"><strong>Cr&eacute;dits images</strong></font><br /><font size="1" color="#666666">01 / Ai Weiwei, <em>Juin 1994</em>, tirage noir et blanc, 1994,&nbsp;&copy; Ai Weiwei</font><br /><font size="1" color="#666666">02 / AI Weiwei, Laisser tomber une urne de la dynastie des Han, triptyque, tirages noir et blanc, 1995, &copy; Ai Weiwei</font><font size="1" color="#666666">&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[EMPIRISME - Entretien avec Julien Nédélec]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/lempiriste-entretien-avec-julien-ndlec.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/lempiriste-entretien-avec-julien-ndlec.html#comments]]></comments><pubDate>Mon, 05 Mar 2012 05:37:01 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/03/lempiriste-entretien-avec-julien-ndlec.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/8682497_orig.png?280' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/8682497.png?280" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em style="">Si ce n'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; fait, le public parisien a pu d&eacute;couvrir l'oeuvre de Julien N&eacute;d&eacute;lec lors de la derni&egrave;re &eacute;dition de la FIAC. Pr&eacute;sent&eacute; sur le stand de la galerie ACDC (Bordeaux), son solo show C</em>omme une soucoupe qui ricocherait sur l'eau<em style="">&nbsp;permettait de prendre la pleine mesure du potentiel de cet artiste nantais n'ayant pas encore tout-&agrave;-fait trente ans mais d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s pr&eacute;sent sur la sc&egrave;ne contemporaine fran&ccedil;aise. D&eacute;complex&eacute; et prolifique, il serpente habilement, avec tout le s&eacute;rieux qu'impliquent l'humour et la l&eacute;g&egrave;ret&eacute;, entre sciences et langage, art conceptuel et histoire des techniques, faisant de l'empirisme et de la curiosit&eacute; ses devises. Interview.</em><br /><br /><strong style="">Ton travail semble toujours osciller entre la volont&eacute; de tout classifier (<em style="">Les dessins de t&ecirc;te</em>, qui reprennent des t&ecirc;tes de vis) et, par glissements s&eacute;mantiques, celle de bouleverser les diff&eacute;rents syst&egrave;mes de classification. Comment proc&egrave;des-tu ?</strong><br />Par empirisme. Je suis &agrave; la fois confront&eacute; au fait de ne pas parvenir &agrave; d&eacute;finir les choses, donc je choisis de jouer avec leurs fronti&egrave;res, ce qui me permet de ne pas avoir &agrave; classifier, &agrave; comprendre o&ugrave; les choses commencent et se terminent. Une sculpture peut aussi &ecirc;tre une image, les choses sont multiples. J'aime cette id&eacute;e de proc&eacute;der au recensement des choses m&ecirc;me si c'est toujours un peu vain, de tendre vers l'infini ou de me lancer dans des entreprises vou&eacute;es &agrave; l'&eacute;chec d&egrave;s le d&eacute;but. Pour&nbsp;<em style="">Les dessins de t&ecirc;te</em>&nbsp;par exemple, qui sont des gouaches de t&ecirc;tes de vis, j'ai trouv&eacute; vingt-six t&ecirc;tes diff&eacute;rentes tout en sachant que ce compte n'est pas exhaustif ; j'imagine qu'il doit y avoir quelqu'un au P&eacute;rou qui a invent&eacute; une t&ecirc;te de vis inconnue de moi pour fabriquer sa mobylette. Ces d&eacute;comptes, ces classifications me permettent de cr&eacute;er des syst&egrave;mes clos, des boucles qui me donnent la possibilit&eacute; de passer d'une oeuvre &agrave; une autre. Je dis souvent que je pratique un art de curieux, c'est-&agrave;-dire que j'ai envie d'apprendre, et gr&acirc;ce &agrave; mon travail, je peux d&eacute;couvrir de fa&ccedil;on empirique beaucoup de choses.<br /><br /><strong style="">Peux-tu m'expliquer ton int&eacute;r&ecirc;t marqu&eacute; pour un certain univers cart&eacute;sien, fait de figures g&eacute;om&eacute;triques, de ph&eacute;nom&egrave;nes optiques, de cartographies que tu d&eacute;tournes justement de fa&ccedil;on assez empirique ?</strong><br />Je ne sais pas. Je pense que &ccedil;a vient d'un plaisir esth&eacute;tique &agrave; la fois plastique et litt&eacute;raire. Ce qui m'a le plus tenu &agrave; la litt&eacute;rature &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; je lisais peu, c'est l'Oulipo, qui est une pratique tr&egrave;s math&eacute;matique de la litt&eacute;rature, faite de contraintes avec lesquelles il faut jouer. En d&eacute;couvrant l'art contemporain, j'ai tout de suite &eacute;t&eacute; touch&eacute; par des formes plut&ocirc;t modernistes o&ugrave; la g&eacute;om&eacute;trie est un motif r&eacute;current. Ce qui m'int&eacute;resse en tant qu'artiste, c'est de m'approprier et r&eacute;interpr&eacute;ter de fa&ccedil;on ludique des formes pr&eacute;existantes de fa&ccedil;on totalement non-euclidienne. Ainsi, je peux aussi bien jouer avec le son, l'&eacute;dition, etc, qui sont autant de pr&eacute;textes de cr&eacute;ation. Je suis souvent attir&eacute; par les math&eacute;matiques du fait de leur abstraction, certainement parce que je suis plut&ocirc;t un abstrait qu'un figuratif. Le langage scientifique m'a toujours sembl&eacute; extr&ecirc;mement po&eacute;tique. Ne pas comprendre les choses et penser qu'elles sont de la po&eacute;sie est assez rassurant, en somme.&nbsp;<br /><br /><strong style="">Beaucoup de tes pi&egrave;ces fonctionnent sur un mode op&eacute;ratoire syst&eacute;matique pouss&eacute; parfois &agrave; l'extr&ecirc;me. Quelle place laisses-tu au hasard ?</strong><br />        Pousser jusqu'au bout des syst&egrave;mes qui n'ont pas d'autre l&eacute;gitimit&eacute; ou valeur que celles que je leur conf&egrave;re donne souvent des r&eacute;sultats inattendus. Par exemple, pour une &oelig;uvre comme <em>Cartons &agrave; dessins</em>, j'ai r&eacute;alis&eacute; douze cartons d'invitation diff&eacute;rents dans le cadre d'une exposition &agrave; Ast&eacute;rides &agrave; Marseille. Je me suis donc pr&eacute;par&eacute; en mettant en place un syst&egrave;me rigoureux, une partition, associant les diff&eacute;rents cartons en grand nombre, pour cr&eacute;er une grande fresque inconnue. Avec de tels processus, je deviens moi aussi spectateur de mon propre travail. C'est assez proche des syst&egrave;mes al&eacute;atoires et combinatoires que John Cage ou Fran&ccedil;ois Morellet ont utilis&eacute; dans nombre de leurs &oelig;uvres et qui sont de l'ordre du hasard programm&eacute;.<br /><br /><strong style="">Lorsque je vois des oeuvres telles que&nbsp;<em style="">Courbe invers&eacute;e du travail</em>&nbsp;(sorte de graphique fait de crayons taill&eacute;s, que tu expliques en disant "Plus je travaille, moins il y a de crayon et inversement"), je me demande de quelle fa&ccedil;on tu parviens &agrave; trouver le bon dosage d'humour pour ne pas tomber dans le potache ou le caricatural.</strong><br />Je crois que je ne sais pas trop quand m'arr&ecirc;ter pour ne pas tomber dans le potache. Je crois surtout que mon travail me ressemble, et que je suis &agrave; la fois ironique, pince-sans-rire et j'essaie d'&ecirc;tre dr&ocirc;le, donc mes pi&egrave;ces vont dans ce sens l&agrave;. Etrangement, l'humour permet aussi une certaine forme de pudeur. En faisant une oeuvre qui peut para&icirc;tre dr&ocirc;le, je me prot&egrave;ge d'un aspect qui pourrait sembler plus po&eacute;tique. Ensuite, quand je pr&eacute;sente mon travail, je dis souvent de mes pi&egrave;ces qu'elles sont des blagues alors qu'&eacute;videmment je trouve qu'elles vont au-del&agrave; de &ccedil;a. Ce qui permet un &eacute;quilibre entre l'humour et tout ce qui est aussi pr&eacute;sent dans mon travail, c'est qu'en partant d'une recherche tr&egrave;s s&eacute;rieuse, j'arrive &agrave; en tirer une blague ou cr&eacute;er un d&eacute;calage. Par exemple, pour ma&nbsp;<em style="">Courbe invers&eacute;e de travail</em>, qui r&eacute;v&egrave;le mon amour pour les formes des courbes statistiques, je suis parti d'un histogramme et donc d'une imagerie relativement aust&egrave;re. Cette esth&eacute;tique tr&egrave;s froide me permet aussi de cr&eacute;er un contrepoids &agrave; l'humour pr&eacute;sent dans mes pi&egrave;ces. Sans &ecirc;tre surproduite, ma production essaie d'effacer le plus possible la trace de la main. Souvent, le d&eacute;calage se trouve aussi dans les titres de mes pi&egrave;ces. Ils peuvent pr&ecirc;ter &agrave; sourire mais sont pourtant des cl&eacute;s pour comprendre mon travail et le mener hors du seul terrain de l'humour.&nbsp;<em style="">Courbe invers&eacute;e de travail</em>&nbsp;est simplement un boitier en bois dans lequel des crayons sont taill&eacute;s plus ou moins haut, ce qui cr&eacute;e une courbe faisant penser &agrave; un histogramme. Pour appr&eacute;cier cette pi&egrave;ce il faut essayer de comprendre le jeu de langage qui a lieu entre sa forme et son titre.<br /><br /><strong style="">Souvent, ton humour passe par le langage, les glissements s&eacute;mantiques. Dans&nbsp;<em style="">Les gravures de modes</em>&nbsp;par exemple, pi&egrave;ce qui reprend en gravure les modes ON et OFF de l'&eacute;lectronique, tout se joue et se d&eacute;noue par le langage de fa&ccedil;on tr&egrave;s oulipienne. Est-ce que le langage repr&eacute;sente pour toi un mat&eacute;riau plastique &agrave; part enti&egrave;re ?</strong><br />J'aime utiliser les mots pour ce qu'ils sont, et les langages les plus vari&eacute;s. Par exemple, l'une de mes pi&egrave;ces intitul&eacute;e <em style="">De beaux sons comme de belles images</em>&nbsp;reprend le langage morse comme s'il s'agissait d'une image. Le langage devient forc&eacute;ment forme puisqu'il est une articulation de la pens&eacute;e, de la m&ecirc;me fa&ccedil;on qu'un sculpteur pur et dur va amener ses id&eacute;es par la mati&egrave;re. Ca n'est pas si &eacute;loign&eacute; de moi qui d&eacute;cide d'utiliser le langage comme une forme. D'illustres anc&ecirc;tres comme Alphonse Allais ou Marcel Duchamp cr&eacute;aient d&eacute;j&agrave; &agrave; partir du langage ; chez eux, le jeu de mot &eacute;tait le point de d&eacute;part de l'oeuvre.&nbsp;<em style="">Les gravures de modes</em>&nbsp;est typiquement une pi&egrave;ce qui se r&eacute;v&egrave;le une fois que l'on a son titre sous les yeux. Elle est n&eacute;e de mon envie de faire de la gravure sur verre. J'aime beaucoup d&eacute;couvrir de nouvelles techniques. Mon travail ne se constitue pas uniquement de connaissances intellectuelles puisqu'il est fait de toute une gamme de connaissances artisanales. Lorsque je me suis achet&eacute; un graveur, j'ai eu l'id&eacute;e de partir de l'id&eacute;e de la gravure m&ecirc;me, de graver des gravures. J'ai donc fait des recherches dans le champ lexical de la gravure et ai arr&ecirc;t&eacute; mon choix sur l'expression "gravure de mode" que j'ai ensuite d&eacute;tourn&eacute; &agrave; la fa&ccedil;on d'une boutade plastique.&nbsp;<br /><br /><strong style="">Tu travailles le papier depuis tr&egrave;s longtemps. C'est un mat&eacute;riel assez traditionnel en art, sauf que celui que tu utilises est tr&egrave;s bureautique puisqu'il s'agit de papier A4 conditionn&eacute; en ramettes, donc en volume. Peux-tu m'expliquer la relation particuli&egrave;re que tu entretiens avec ce m&eacute;dium ?</strong><br />Lors de mes trois premi&egrave;res ann&eacute;es de beaux-arts, 90% de ma pratique &eacute;tait faite d'&eacute;ditions que je faisais &agrave; partir de mon imprimante. Je voyais que ces objets &eacute;dit&eacute;s pouvaient potentiellement se d&eacute;velopper au-del&agrave; de la forme papier. Lorsque je regardais mes livres, j'y voyais de la sculpture, du dessin, de la performance&hellip; Les livres &eacute;taient pour moi des sortes de "m&eacute;diums pluri-m&eacute;diums". Tout en &eacute;tant des oeuvres abouties, ils pouvaient potentiellement devenir autre chose. Je faisais tout &ccedil;a avec tr&egrave;s peu de moyens : du papier, mon ordinateur, mon imprimante. &Ccedil;a me permettait d'arriver &agrave; des formes achev&eacute;es tout en ayant une &eacute;conomie r&eacute;duite, en travaillant de fa&ccedil;on autonome, dans mon appartement, sans &ecirc;tre n&eacute;cessairement &agrave; l'&eacute;cole. J'ai aussi un amour pour le livre en tant qu'objet. A la fin de ma troisi&egrave;me ann&eacute;e, apr&egrave;s mon DNAP, je me suis promis de ne plus faire de livres jusqu'&agrave; la fin de ma scolarit&eacute;. Bon, &eacute;videmment, je n'ai pas tenu ! J'ai tout de m&ecirc;me commenc&eacute; &agrave; cr&eacute;er d'autres formes o&ugrave; j'utilisais toujours le papier. En partant du livre, en deux dimensions, je voulais passer &agrave; trois dimensions. &Ccedil;a a finalement d&eacute;bouch&eacute; sur une s&eacute;rie d'oeuvres dont le titre est&nbsp;<em style="">En&nbsp;</em><em style="">5</em><em style="">&nbsp;dimensions</em>, comme s'il s'agissait de l'addition de deux et trois dimensions. Chacune de ces pi&egrave;ces est &agrave; la fois une sculpture et un poster imprim&eacute; recto-verso. Ca m'a permis de passer un douceur d'un m&eacute;dium &agrave; l'autre, de l'&eacute;dition &agrave; la sculpture. J'ai depuis conserv&eacute; cet amour pour le papier qui est un mat&eacute;riau aux possibilit&eacute;s quasi infinies. On peut aussi bien faire un mur en papier compress&eacute; que caler une table avec une feuille pli&eacute;e ! Le papier, c'est quelque chose de tr&egrave;s quotidien, c'est la fourniture minimum de l'univers bureautique, mais c'est aussi l'art pour tous. J'aime beaucoup les beaux papiers mais le papier en ramettes correspond mieux &agrave; mon &eacute;conomie, &agrave; mes oeuvres qui font r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la vie de tous les jours au travers du standard A4. Faire une pile de papier A4, la peindre &agrave; la bombe, c'est d&eacute;j&agrave; faire une peinture&nbsp;et une sculpture&nbsp;tout en conservant les propri&eacute;t&eacute;s de ces feuilles simplement empil&eacute;es les unes sur les autres qui, une fois le temps de l'exposition pass&eacute;, redeviennent des papiers brouillons dont je me sers dans mon atelier. Tout &ccedil;a apporte une r&eacute;elle l&eacute;g&egrave;ret&eacute; &agrave; ma pratique artistique tout en questionnant l'id&eacute;e de l'art pour tous. Cet art sur papier n'est pas forc&eacute;ment intelligible par tout le monde mais il est au moins accessible. Ca ne m'emp&ecirc;che pas de faire par ailleurs des oeuvres beaucoup plus produites dont le co&ucirc;t de mise en oeuvre est bien plus &eacute;lev&eacute;. Il est tr&egrave;s important pour moi de conserver cette double pratique. Si un jour je n'ai plus d'expositions, si mon &eacute;conomie devient&nbsp;plus&nbsp;pr&eacute;caire, je pourrai toujours produire ces pi&egrave;ces faites de papier.<br /><br /><strong style="">Est-ce que des oeuvres telles que&nbsp;<em style="">La part du vide</em>&nbsp;(sorte de puzzle parall&eacute;l&eacute;pip&egrave;de form&eacute; &agrave; l'aide d'une chaise minimaliste et du vide qui l'entoure) ou&nbsp;<em style="">Les fonds de l'eau</em>&nbsp;(sculpture reprenant en creux la forme de piscines) sont une fa&ccedil;on de t'int&eacute;resser &agrave; la tradition du moulage, du n&eacute;gatif, en somme de l'id&eacute;e d'empreinte en art ?</strong><br />De toute fa&ccedil;on, mon travail est une r&eacute;-assimimation de l'histoire de l'art contemporain. Aujourd'hui, on voit tellement d'images d&eacute;filer sous nos yeux que lorsqu'on a une id&eacute;e de pi&egrave;ce on ne sait plus si cette id&eacute;e surgit de nulle part ou parce qu'on a vu plus ou moins inconsciemment quelque chose existant et y ressemblant d&eacute;j&agrave;. Personnellement, j'ai d&eacute;cid&eacute; de faire des formes qui peuvent d&eacute;j&agrave; exister et je l'assume totalement. Les formes n&eacute;gatives que j'utilise, comme pour&nbsp;<em style="">Les fonds de l'eau</em>&nbsp;qui sont des fonds de piscines municipales&nbsp;invers&eacute;s, peuvent faire penser &agrave; Rachel Witheread ou encore Bruce Nauman, mais aussi &agrave; des formes architecturales. J'aime aussi l'id&eacute;e que&nbsp;ces pi&egrave;ces sont comme un gla&ccedil;on fait avec l'eau de la piscine et d&eacute;moul&eacute;. En fin de comptes, je me moque de savoir que quelqu'un d'autre ait pu avoir cette id&eacute;e avant moi ou que certaines formes se rapprochent de celles de mes pi&egrave;ces.&nbsp;<em style="">La part du vide&nbsp;</em>est une oeuvre comparable &agrave; la pratique du minimalisme tautologique que l'on pouvait voir dans les ann&eacute;es soixante. En tant que spectateur, cette pratique tautologique me pla&icirc;t vraiment et en tant qu'artiste, je me l'approprie ; je la sors de l'histoire de l'art pour le ramener &agrave; mon quotidien. Certes, &ccedil;a cr&eacute;e des formes qui peuvent para&icirc;tre aust&egrave;res et distantes mais qui font pourtant partie des &eacute;l&eacute;ments qui nous entourent.&nbsp;<em style="">La part du vide</em>&nbsp;est un parall&eacute;l&eacute;pip&egrave;de de bois compact, tr&egrave;s minimaliste, constitu&eacute; de deux &eacute;l&eacute;ments qui s'imbriquent l'un dans l'autre et qui sont une table et une chaise, c'est-&agrave;-dire ce qui constitue le minimum de l'ameublement int&eacute;rieur. La chaise est tr&egrave;s pr&eacute;sente dans l'art contemporain, est constitue, coupl&eacute;e &agrave; la table, l'endroit o&ugrave; se pense et se fait la cr&eacute;ation. Tout comme le reste de ma production, c'est finalement une pi&egrave;ce assez autobiographique, qui parle du travail en atelier, d'une certaine pratique de la sculpture, du plan et de la r&eacute;flexion.<br /><br /><strong style="">Pour ton travail intitul&eacute; "<em style="">Les copistes</em>", tu demandes &agrave; d'autres artiste de recopier un monochrome gris&nbsp;</strong><strong style="">color&eacute;</strong><strong style="">, marquant ainsi les diff&eacute;rents &eacute;carts de perception puisqu'il s'av&egrave;re que des onze monochromes, aucun n'a la m&ecirc;me tonalit&eacute;. Lorsque tu ne sollicites pas d'autres regards comme ici, comment fais-tu pour mettre en avant cette probl&eacute;matique li&eacute;e &agrave; la perception ?</strong><br />Cette question de la perception fait partie de mes principales probl&eacute;matiques. Avec&nbsp;<em style="">Les copistes</em>, les gens visitent le lieu de l'exposition en ayant l'impression de regarder des &eacute;ni&egrave;mes monochromes accroch&eacute;s &agrave; la fa&ccedil;on de Sherrie Levine alors que ce qui m'int&eacute;resse personnellement est plut&ocirc;t la question de la malfa&ccedil;on li&eacute;e &agrave; la reproductibilit&eacute; d'une forme, ou encore constater que les choses nous &eacute;chappent. Vouloir reproduire manuellement une forme tout en lui &eacute;tant le plus fid&egrave;le possible est en quelque sorte un &eacute;chec programm&eacute;. Finalement, c'est plus l'id&eacute;e de la traduction qui m'int&eacute;resse que celle de la perception : traduire une image en deux dimensions pour en faire une version en trois dimensions, traduire un texte en braille et l'agrandir de fa&ccedil;on &agrave; le rendre illisible, traduire un son en l'imprimant, etc. La traduction induit forc&eacute;ment l'id&eacute;e de perception. Il y a quelques ann&eacute;es j'ai &eacute;dit&eacute; un livre intitul&eacute;&nbsp;<em style="">Alice au pays de Google</em>. Ce livre &eacute;tait compos&eacute; de la maquette originale d'<em style="">Alice au pays des merveilles</em>&nbsp;de Lewis Caroll dont j'avais &ocirc;t&eacute; le texte pour ne conserver que l'emplacement des images. Celles-ci &eacute;taient elles-m&ecirc;mes remplac&eacute;es par d'autres images s&eacute;lectionn&eacute;es selon Google lorsque je rentrais dans ce moteur de recherche la description textuelle des images de d&eacute;part, &agrave; la fa&ccedil;on des&nbsp;<em style="">ekphrasis*</em>. Evidemment, &ccedil;a conduisait &agrave; une infinit&eacute; de traductions par image, &ccedil;a posait la question de la place de l'auteur et &ccedil;a m'a permis de me demander comment me positionner en tant qu'artiste face &agrave; cette id&eacute;e d'interpr&eacute;tation. Lorsque l'on fait une oeuvre, on l'orchestre tout en sachant que sa signification nous &eacute;chappe. Par exemple, est-ce que la personne qui re&ccedil;oit cette oeuvre et l'interpr&egrave;te devient une sorte de co-auteur ? Je ne crois pas, mais cette question m'int&eacute;resse tout de m&ecirc;me.<br /><br /><strong style="">Puisque nous parlons des&nbsp;<em style="">Copistes</em>, oeuvre collaborative, t'arrive-t-il souvent de faire appel &agrave; d'autres personnes pour des projets collectifs ?</strong><br />Lorsque j'&eacute;tais &eacute;tudiant, j'avais cr&eacute;&eacute; un collectif &agrave; g&eacute;om&eacute;trie variable dont j'&eacute;tais le seul point fixe et qui s'appelait la R&eacute;publique&nbsp;Banani&egrave;re. C'&eacute;tait un groupe assez joyeux, &agrave; l'esprit proche de celui de Fluxus. On se r&eacute;unissait et au bout d'un moment on se mettait &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur une question, g&eacute;n&eacute;ralement assez idiote, et &agrave; cr&eacute;er &agrave; b&acirc;tons rompus &agrave; partir de cette question. On ne s'interdisait rien, que ce soit bien ou mauvais, et c'&eacute;tait extr&ecirc;mement lib&eacute;rateur. C'&eacute;tait aussi un moyen de nous d&eacute;faire pendant un moment de nos pratiques individuelles au profit d'un travail collectif bas&eacute; sur des &eacute;changes. Par contre, j'ai eu peu de collaborations directes au sein de mon travail, peut-&ecirc;tre aussi parce que je n'ai pour le moment pas rencontr&eacute; les artistes qui me semblent aller dans mon sens &agrave; tous points de vues. Je n'ai pas envie de faire de concessions ou de produire&nbsp;une &oelig;uvre moins bien&nbsp;au travers d'une rencontre qui mod&egrave;re les deux pratiques. C'est pourtant quelque chose que je voudrais tenter &agrave; moment donn&eacute;. J'ai par contre collabor&eacute; avec des personnes plut&ocirc;t li&eacute;es &agrave; l'&eacute;criture ou &agrave; l'histoire de l'art, mais il s'agit plut&ocirc;t d'un travail en amont que de la r&eacute;alisation, d'une entreprise d'&eacute;criture th&eacute;orique commen&ccedil;ant en m&ecirc;me temps que l'oeuvre.&nbsp;<br /><br /><strong style="">La R&eacute;publique Banani&egrave;re ne produisait pas d'oeuvres, c'est bien &ccedil;a ?</strong><br />C'&eacute;tait plut&ocirc;t un temps de cr&eacute;ation r&eacute;duit. On se r&eacute;unissait autour d'une question de ce type : "Les r&egrave;gles de l'art sont-elles droites ?". On montrait ensuite sur un site internet notre temps de cr&eacute;ation qui &eacute;tait ainsi rendu r&eacute;ellement visible. Le tout finissait sous la forme d'un journal imprim&eacute; au format A3, le&nbsp;<em style="">Journal Officiel de la R&eacute;publique Banani&egrave;re</em>, qui &eacute;tait &agrave; la fois pr&eacute;texte et finalit&eacute;. Toutes les petites id&eacute;es de cr&eacute;ation que l'on poussait plus ou moins loin &eacute;taient recens&eacute;es, cr&eacute;ant ainsi la micro-fiction d'une micro-nation. La R&eacute;publique Banani&egrave;re, qui demandait beaucoup d'&eacute;nergie et de temps, a finalement disparu.<br /><br /><strong style="">Tu collabores souvent avec l'&eacute;diteur Z&eacute;d&eacute;l&eacute; qui te permet d'&eacute;diter certains de tes multiples. Selon toi, qu'apportent les id&eacute;es de multiple, de reproductibilit&eacute; &agrave; une oeuvre ?</strong><br />Plusieurs choses m'int&eacute;ressent dans la reproductibilit&eacute;. D&eacute;j&agrave;, &ccedil;a me permet de diffuser plus largement mon travail. Si j'ai une pratique artistique, c'est pour que mon travail existe, et donc le multiple acc&eacute;l&egrave;re cette diffusion. M&ecirc;me &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; j'&eacute;tais &eacute;tudiant, mon travail se diffusait sans moi car j'avais produit des &eacute;ditions. Ainsi, je rencontrais r&eacute;guli&egrave;rement des personnes ayant crois&eacute; mon travail, mes posters, mes livres, du fait de cette diffusion. J'aime aussi beaucoup les id&eacute;es de gratuit&eacute;, d'art pour tous. Si les artistes minimalistes et conceptuels m'ont beaucoup influenc&eacute;, c'est &agrave; Fluxus que je dois cette id&eacute;e de gratuit&eacute;, de g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;. Personnellement, j'ai d&eacute;couvert l'art contemporain en fin de premi&egrave;re ann&eacute;e aux Beaux-Arts d'Angoul&egrave;me. J'y ai d'abord &eacute;tudi&eacute; dans l'id&eacute;e de faire de la bande-dessin&eacute;e ou de l'illustration. L'art contemporain ne m'int&eacute;ressait pas du tout, je l'ai d&eacute;couvert sur le tard et j'ai envie de partager cette d&eacute;couverte.&nbsp;<br /><br /><strong style="">Quels sont tes projets ?</strong><br />        Actuellement, je pr&eacute;pare une exposition personnelle intitul&eacute;e <em style="">D&eacute;placer les bornes</em> et pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; la Zoo galerie &agrave; Nantes aux mois de mars et avril. Ensuite je vais participer &agrave; diff&eacute;rentes expositions collectives dont <em style="">Ravine,</em> sur une invitation de Guillaume Constantin, aux <em style="">Instants Chavir&eacute;s </em>en avril &agrave; Montreuil. Mon travail sera ensuite visible lors de mon exposition personnelle au Mus&eacute;e des beaux-arts de Mulhouse &agrave; partir de juin. Voil&agrave;, en gros, pour le printemps !<br /><br /><font size="2">* Ekphrasis :&nbsp;Description ou d'une repr&eacute;sentation verbale d&rsquo;un objet artistique visuel.</font><br /><br /></div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/6719500_orig.png' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/6719500_orig.png" alt="Picture" style="width:100%;max-width:1084px" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="2" color="#666666"><strong>Julien N&eacute;d&eacute;lec<br /></strong></font><br /><font size="2" color="#666666"><em>D&eacute;placer les bornes</em>, exposition personnelle &agrave; la&nbsp;<a href="http://www.zoogalerie.fr/" target="_blank" title="">Zoo Galerie</a>,&nbsp;Nantes, du 22 mars au 28 avril 2012.</font><br /><font size="2" color="#666666"><a href="http://www.independentnewyork.com/2012/?page_id=2" target="_blank" title="">Independant</a>,&nbsp;New-York (USA), stand de la&nbsp;<a href="http://www.zerodeux.fr/" target="_blank" title="">revue 02</a>,&nbsp;du 8 au 11 mars 2012.</font><br /><font size="2" color="#666666"><em>M&eacute;moires d&rsquo;&eacute;l&eacute;phants,</em>&nbsp;exposition collective, L&rsquo;atelier, Nantes, du 13 mars au 8 avril 2012.</font><br /><font color="#666666"><font size="2"><em>Ravine,</em>&nbsp;exposition collective, <a href="http://instantschavires.com/" target="_blank" title="">Instants chavir&eacute;s</a>,&nbsp;Montreuil,</font><span style="font-size: small; ">&nbsp;du 6 avril au 6 mai 2012.</span></font><br /><font size="2" color="#666666">Exposition personnelle, Mus&eacute;e des Beaux-Arts de Mulhouse dans le cadre de&nbsp;<em>Mulhouse 012</em>.</font><br /><font size="2" color="#666666">Exposition personnelle,&nbsp;<a href="http://www.fracdespaysdelaloire.com/" target="_blank" title="">FRAC Pays de la Loire</a>,&nbsp;Carquefou, du 27 septembre au 4 novembre.</font><br /></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="1" color="#666666"><strong>Cr&eacute;dits images :</strong></font><br /><font size="1" color="#666666">01 / <em>St&eacute;r&eacute;os-Copies (#3)</em>, ramettes de papier A4, peinture a&eacute;rosol, 2011, &copy; Julien N&eacute;d&eacute;lec / Galerie ACDC</font><br /><font size="1" color="#666666">02 /<em> Les copistes</em>, 11 acryliques sur toile, 73 x 92 cm chacune, 2011,&nbsp;&copy; Julien N&eacute;d&eacute;lec / Galerie ACDC</font><br /><font size="1" color="#666666">&nbsp;&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[CHANGING PHOTOGRAPHY - Berenice Abbott au Jeu de Paume]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/02/changing-photography-berenice-abbott-au-jeu-de-paume.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/02/changing-photography-berenice-abbott-au-jeu-de-paume.html#comments]]></comments><pubDate>Tue, 28 Feb 2012 14:13:24 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/02/changing-photography-berenice-abbott-au-jeu-de-paume.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/368205_orig.jpeg?218' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/368205.jpeg?218" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; ">        <em style="">L'exposition </em>Berenice Abbott (1898 - 1991)<em style=""> pr&eacute;sent&eacute;e au Jeu de Paume du 21 f&eacute;vrier au 29 avril 2012 est la premi&egrave;re r&eacute;trospective en France de cette photographe am&eacute;ricaine ayant travers&eacute; le XXe si&egrave;cle. Si Abbott occupe une place essentielle dans l'histoire de la photographie, certains aspects de son travail ont pourtant &eacute;t&eacute; trop souvent ignor&eacute;s. En cela, l'exposition permet de r&eacute;habiliter la somme d'un travail riche et complexe. Au fil des salles, on croise ainsi une Abbott tour &agrave; tour portraitiste, photographe scientifique ou d'architecture. Si elle excelle dans ces diff&eacute;rents domaines, ses vues urbaines sont particuli&egrave;rement &eacute;poustouflantes. Interrogeant tout au long de sa carri&egrave;re la question du documentaire, elle parvient, notamment &agrave; travers sa s&eacute;rie </em>Changing New York<em style=""> (1935-1939), &agrave; transformer les &eacute;difices de m&eacute;tal et de b&eacute;ton de la m&eacute;galopole am&eacute;ricaine en de lumineuses apparitions presque exp&eacute;rimentales. Jouant avec les perspectives et les &eacute;clairages, ses vues de nuit m&eacute;ritent &agrave; elles seules le d&eacute;placement jusqu'au Jeu de Paume. Entretien avec Ga&euml;lle Morel, commissaire de l'exposition.</em><br /><br /> <strong style="">De quelle fa&ccedil;on &ecirc;tes-vous parvenue &agrave; rendre compte de fa&ccedil;on r&eacute;trospective du travail de Berenice Abbott pour cette exposition au Jeu De Paume ?</strong><br />Cette exposition est construite en plusieurs parties. Cinq salles permettent de rendre compte des diff&eacute;rentes &eacute;tapes de la carri&egrave;re de Berenice Abbott qui est une photographe qui a travers&eacute; tout le XXe si&egrave;cle. La premi&egrave;re salle est organis&eacute;e autour du portrait, puisqu'elle a eu un studio de portrait ; elle a en effet &eacute;t&eacute; form&eacute;e dans le studio de Man Ray pour ensuite ouvrir son propre studio. La seconde salle de l'exposition montre les images prises lors de son retour aux Etats-Unis, &agrave; New York, alors qu'elle d&eacute;couvre cette ville en train de se transformer. On peut y voir les pages de ses albums qui lui permettent de solliciter les institutions new yorkaises pour obtenir des subventions. Une salle est ensuite consacr&eacute;e &agrave; son grand projet photographique intitul&eacute; "Changing New York". La quatri&egrave;me salle montre ses projets r&eacute;alis&eacute;s dans le Sud et la c&ocirc;te Est des Etats-Unis. L'exposition se termine sur une salle o&ugrave; son accroch&eacute;es ses photographies scientifiques r&eacute;alis&eacute;es au Massachusetts Institute of Technology &agrave; la fin des ann&eacute;es 50. Elle y enregistre des ph&eacute;nom&egrave;nes physiques normalement invisibles &agrave; l'oeil nu qu'elle parvient &agrave; capter gr&acirc;ce &agrave; la technique photographique. Il m'a fallu articuler l'exposition en plusieurs chapitres pour rendre compte de la tr&egrave;s longue carri&egrave;re de cette photographe.<br /><br /> <strong style="">L'exposition s'organise donc autour de cinq th&eacute;matiques. D'un point de vue formel, comment se recoupent les diff&eacute;rentes mani&egrave;res de photographier d'Abbott ? Y a t'il un d&eacute;nominateur commun ?</strong><br /> Durant toute sa carri&egrave;re, Berenice Abbott ambitionne toujours de tenter de d&eacute;finir ce que serait une photographie documentaire. Elle se demande toujours quelles informations une photographie peut apporter, m&ecirc;me si elle ne n&eacute;glige jamais l'aspect esth&eacute;tique de ses prises de vues. Bien s&ucirc;r, la question du document est modifi&eacute;e en fonction des th&egrave;mes et des sujets repr&eacute;sent&eacute;s. Lorsqu'il s'agit de ph&eacute;nom&egrave;nes abstraits et physiques comme dans ses photographies scientifiques, le document prend une toute autre valeur que quand il s'agit de repr&eacute;senter un immeuble New Yorkais. Ce qui int&eacute;resse Berenice Abbott, c'est vraiment le rapport qu'entretiennent r&eacute;alisme et photographie, ce qui n'est pas incompatible avec son grand int&eacute;r&ecirc;t pour la mise en forme. Elle &eacute;tait tr&egrave;s oppos&eacute;e au mouvement pictorialiste, ce mouvement photographique qui a vu le jour &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle et qui manipule beaucoup les images par l'interm&eacute;diaire d'effets de flous, de tirages vaporeux et charbonneux, ressemblant plus &agrave; de la gravure ou &agrave; de l'estampe qu'&agrave; de la photographie. Abbott adopte la d&eacute;marche inverse en explorant les limites de la photographie, de ce qu'un tel m&eacute;dium peut avoir &agrave; offrir, que ce soit par les d&eacute;tails, le rendu minutieux des mati&egrave;res et des contrastes, les lumi&egrave;res, ou en jouant sur les perspectives. Ce sont les ph&eacute;nom&egrave;nes optiques qui l'int&eacute;ressent.<br />  <br /> <strong style="">Comment est-elle parvenue &agrave; tirer la photographie documentaire, appliqu&eacute;e ou de commande vers des formes plus esth&eacute;tiques qui font que l'on consid&egrave;re maintenant cette photographe comme &eacute;tant une artiste &agrave; part enti&egrave;re ?</strong><br /> Le style documentaire est pens&eacute; dans les ann&eacute;es 30 par les photographes qui l'utilisent comme un style tout &agrave; fait compatible avec une vis&eacute;e artistique. Par exemple, Walker Evans est lui aussi toujours consid&eacute;r&eacute; comme un artiste alors qu'il utilisait un style documentaire. Le fait de fournir des informations en images tout en voulant cr&eacute;er une oeuvre n'est pas antinomique. La photographie permet ce jumelage.<br /><br /> <strong style="">En quoi le regard de Berenice Abbott &eacute;tait-il novateur par rapport &agrave; ses contemporains ? En quoi se d&eacute;marquait-elle des autres ?</strong><br />&Agrave; mes yeux, elle est une photographe qui a la facult&eacute; d'adapter sa photographie en fonction du sujet qu'elle veut repr&eacute;senter. C'est une grande technicienne ; elle sait tr&egrave;s bien utiliser l'appareil photographie, elle invente m&ecirc;me des boitiers et am&eacute;liore des proc&eacute;d&eacute;s, elle a une capacit&eacute; &agrave; faire jouer la lumi&egrave;re, les points de vues en fonction des th&egrave;mes abord&eacute;s. Elle n'applique ainsi pas une recette au pr&eacute;alable. Elle adapte son appareil photographique au sujet qu'elle veut r&eacute;v&eacute;ler.<br /><br /> <strong style="">Les portraits d'Abbott participent &agrave; sa notori&eacute;t&eacute;, notamment ceux d'artistes tels que Duchamp, Man Ray, Cocteau, Joyce, et bien s&ucirc;r Atget qui ont aussi beaucoup d&eacute;fendu son travail. De quelle fa&ccedil;on a t-elle rencontr&eacute; ces personnalit&eacute;s ?</strong><br /> Elle fait leur connaissance apr&egrave;s avoir quitt&eacute; l'universit&eacute;, lorsqu'elle arrive &agrave; New York. Elle y fr&eacute;quente les milieux underground et artistiques. Elle veut d&eacute;j&agrave; devenir artiste, elle est d'ailleurs plut&ocirc;t int&eacute;ress&eacute;e par la sculpture &agrave; ce moment l&agrave;.&nbsp; C'est dans ce milieu qu'elle rencontre tout d'abord Marcel Duchamp et Man Ray. Quand elle quitte New York pour Paris, elle retrouve ces exil&eacute;s am&eacute;ricains. Ils sortent ensemble, partagent des ateliers, se rencontrent dans des caf&eacute;s ou au cours de soir&eacute;es, trouvent du travail&hellip; Quand elle retrouve Man Ray au milieu des ann&eacute;es vingt &agrave; Paris, il lui offre du travail comme assistante. C'est de cette fa&ccedil;on qu'elle se forme &agrave; la photographie. Elle fait donc partie int&eacute;grante de ce cercle d'artistes avant-gardistes parisiens, ou avant cela, new yorkais.<br /><br /> <strong style="">Avant d'&ecirc;tre photographe, Abbott souhaitait devenir sculpteur. De quelle fa&ccedil;on cette formation a t'elle influenc&eacute; son approche de la photographie ?</strong><br /> Personnellement, je n'ai jamais vu ses sculptures. Donc je n'en ai aucune id&eacute;e. En tout cas, elle sait jouer de la lumi&egrave;re et du graphisme sur les personnes, les architectures et elle a un sens de la composition et tr&egrave;s d&eacute;velopp&eacute;. J'ai par contre vu des dessins et des esquisses &agrave; la plume, bross&eacute;s assez rapidement mais il s'agissait l&agrave; plut&ocirc;t de travaux pr&eacute;paratoires. Ce qui est int&eacute;ressant, c'est qu'au d&eacute;part elle n'a pas du tout l'ambition de devenir photographe, mais cherche un emploi et pense simplement que travailler dans l'atelier de Man Ray va lui permettre de subvenir &agrave; ses besoins. Finalement elle y prend go&ucirc;t et s'enthousiasme pour ce nouveau m&eacute;dium dans lequel elle va exceller.&nbsp;<br />  <br /> <strong style="">Malgr&eacute; son approche presque documentaire, est-ce que Berenice Abbott &eacute;tait une photographe exp&eacute;rimentale, &agrave; la fa&ccedil;on des surr&eacute;alistes ou de la Nouvelle Objectivit&eacute; ?</strong><br />Non. Elle exp&eacute;rimente un peu, par le biais de distorsions, de surimpressions, mais il s'agit plus de tests que d'un r&eacute;el parti pris. Elle est vraiment plus int&eacute;ress&eacute;e par cette question du document dont nous avons parl&eacute;. Elle cherche avant tout &agrave; comprendre comment un style peut permettre d'avoir une photographie &agrave; la fois porteuse d'informations et esth&eacute;tiques. Elle n'a jamais r&eacute;ellement &eacute;t&eacute; surr&eacute;aliste et n'a pas non plus fait partie de la Nouvelle Objectivit&eacute;. Malgr&eacute; tout, son travail adopte des points de vues proches de ce mouvement puisqu'elle r&eacute;alise souvent des vues en plong&eacute;e ou en contre-plong&eacute;e, qu'elle fait des bascules, utilise des angles inusit&eacute;s, renouvelle les perspectives. Elle est donc travers&eacute;e par ce courant qu'elle conna&icirc;t tr&egrave;s bien et qu'elle adapte en fonction de son style et du sujet photographi&eacute;. Lorsqu'il s'agit par exemple de c&eacute;l&eacute;brer une forme de modernit&eacute; architecturale, elle sait qu'une contre-plong&eacute;e sera tr&egrave;s efficace, tr&egrave;s esth&eacute;tique et elle n'h&eacute;site pas &agrave; l'utiliser. Par contre, &agrave; ma connaissance, elle n'a jamais effectu&eacute; de solarisation.<br />  <br /> <strong style="">Pouvez-vous me parler de ses photographies scientifiques, qui paraissent de prime abord &ecirc;tre en marge de sa production ?</strong><br />Elle est embauch&eacute;e par le MIT au moment o&ugrave; la concurrence scientifique et &eacute;conomique commence &agrave; s'acc&eacute;l&eacute;rer entre les Etats-Unis et l'Union Sovi&eacute;tique &agrave; la fin des ann&eacute;es cinquante, en pleine p&eacute;riode de Guerre Froide. Au sein du MIT est cr&eacute;&eacute; un comit&eacute; scientifique charg&eacute; de donner envie &agrave; la jeunesse am&eacute;ricaine de se former &agrave; la science, de fa&ccedil;on &agrave; ce que les Etats-Unis aient des ing&eacute;nieurs de qualit&eacute;. Au sein de ce comit&eacute; est engag&eacute;e Abbott. Elle doit y produire des photographies qui vont notamment &ecirc;tre diffus&eacute;es dans les manuels scolaires. Ces photographies doivent &ecirc;tre suffisamment attirantes pour susciter des vocations scientifiques chez les jeunes am&eacute;ricains et leur donner l'envie de remplir leurs devoirs de citoyens une fois adultes. Ces photographies sont pour le coup un peu plus exp&eacute;rimentales, puisqu'il s'agit pour Abbott de travailler autour de ph&eacute;nom&egrave;nes invisibles tels que le mouvement de la lumi&egrave;re, le d&eacute;placements des ondes&hellip; Ici, il s'agit vraiment de manipuler des appareils et de tenter de capter des choses impalpables, invisibles &agrave; l'oeil nu. Ces photographies sont amen&eacute;es d&egrave;s le d&eacute;part &agrave; beaucoup circuler, par l'interm&eacute;diaire d'ouvrages, de manuels scolaires, mais aussi d'une exposition qui va voyager dans tout le pays, toujours pour essayer de montrer les qualit&eacute;s positives de la science, de la physique, et de mettre l'accent sur la n&eacute;cessit&eacute; pour le pays de s'engager dans ces voies pour concurrencer l'Union Sovi&eacute;tique.<br /><br /> <strong style="">De son travail <em style="">Changing New York</em>, Berenice Abbott disait&nbsp; qu' &ldquo;Il &eacute;tait n&eacute;cessaire de positionner l&rsquo;appareil photographique avec soin. Ces photographies ne sont pas le fruit du hasard.&rdquo; Comment composait-elle ses images ?</strong><br /> Elle travaille &agrave; la chambre, avec un mat&eacute;riel assez lourd. Elle accorde beaucoup d'importance &agrave; la lumi&egrave;re, aux conditions m&eacute;t&eacute;orologiques, &agrave; l'emplacement de sa chambre. Chaque image prend beaucoup de temps. C'est un travail tr&egrave;s laborieux, tr&egrave;s lent, qui permet d'aboutir &agrave; des n&eacute;gatifs de grands formats donnant des images d'une pr&eacute;cision extr&ecirc;me lorsqu'ils sont ensuite reproduits par contact. Cela induit la mise en place d'un protocole assez rigoureux, o&ugrave; exigence et savoir-faire technique sont tr&egrave;s importants. Nous parlions tout &agrave; l'heure d'exp&eacute;rimentations et pour moi, c'est l&agrave; qu'elle exp&eacute;rimente vraiment. Ses photographies de nuit sont par exemple tr&egrave;s esth&eacute;tiques mais aussi tr&egrave;s difficiles &agrave; r&eacute;aliser. C'est l&agrave; qu'elle explore la photographie, ses possibilit&eacute;s, repousse ses limites techniques et artistiques.<br /><br /></div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/4655295_orig.jpeg?697' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/4655295.jpeg?697" alt="Picture" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="2" color="#666666"><strong>Berenice Abbott (1898-1991)</strong></font><br /><br /><font size="2" color="#666666">Du 21 f&eacute;vrier au 29 avril 2012</font><br /><br /><font size="2" color="#666666"><a href="http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&amp;idArt=1499&amp;lieu=1" target="_blank">JEU DE PAUME</a></font><br /><font size="2" color="#666666">1 place de la Concorde -&nbsp;</font><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: small; ">75008 Paris</span><br /></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font color="#666666"><strong><font size="1">Cr&eacute;dits images</font></strong><br /><font size="1">01 /&nbsp;Berenice Abbott, <em>Vue de nuit, New York</em>, &eacute;preuve g&eacute;latino argentique, 90 x 72 cm, 1926</font></font><br /><font color="#666666"><font size="1">02 / Berenice Abbott, <em>Jean Cocteau avec un revolver</em>, &eacute;preuve g&eacute;latino argentique, 35,5 x 28 cm, 1926</font><br /><font size="1">&copy; Berenice Abbott / Commerce graphics Ltd. Inc.</font></font><br /><font color="#666666"><font size="1">&nbsp;</font></font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[ALLER-RETOUR VERS LE FUTUR - Entretien avec Carole Brianchon]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/01/le-temps-retrouv-entretien-avec-carole-brianchon.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/01/le-temps-retrouv-entretien-avec-carole-brianchon.html#comments]]></comments><pubDate>Wed, 04 Jan 2012 16:18:50 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2012/01/le-temps-retrouv-entretien-avec-carole-brianchon.html</guid><description><![CDATA[  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9716128.png?260" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em>Je suis n&eacute;e dans les ann&eacute;es 80. A cette &eacute;poque, ma m&egrave;re portait des vestes &agrave; &eacute;paulettes et, gr&acirc;ce aux talents d&rsquo;un coiffeur &agrave; la pointe de la tendance capillaire, elle &eacute;tait coiff&eacute;e d&rsquo;une coupe mullet. Avec sa nuque longue, ses baskets &agrave; scratch et son petit short en lycra fluo, elle ressemblait au footballeur Tony Vairelles. Mon chanteur pr&eacute;f&eacute;r&eacute; &eacute;tait Lionel Richie et mon film culte </em>E.T.<em> de Steven Spielberg. A six ans, l&rsquo;acquisition d&rsquo;un Bontempi m&rsquo;a laiss&eacute; croire l&rsquo;espace de quelques mois &agrave; &nbsp;une hypoth&eacute;tique carri&egrave;re musicale. Je rejouais &agrave; l&rsquo;oreille les bandes-son des jeux de ma Nintendo Entertainment System. Mes talents de pianiste n&rsquo;ont malheureusement jamais d&eacute;pass&eacute; ce stade. J&rsquo;ai maintenant trente ans. A l&rsquo;occasion des prochaines soldes, je projette de m&rsquo;acheter une robe couleur gyrophare dot&eacute;e de dix bons centim&egrave;tres d&rsquo;&eacute;paulettes. Via Google Actualit&eacute;s, j&rsquo;apprends que Tony Vairelles est mis en examen pour avoir particip&eacute; &agrave; une fusillade. Sur ma timeline Facebook, entre un lien Tumblr et un copi&eacute;-coll&eacute; Wikip&eacute;dia, je publie le clip du single </em>Hello<em> de Lionel Richie en esp&eacute;rant &ecirc;tre ainsi surlik&eacute;e par mes amis nostalgiques. En consultant&nbsp;au m&ecirc;me moment&nbsp;le&nbsp;</em>Dictionnaire des ann&eacute;es 80<em>&nbsp;de Carole Brianchon et Pierre Mika&iuml;llof, fra&icirc;chement &eacute;dit&eacute; par les &eacute;ditions Larousse, je r&eacute;alise que tout est bien en ordre. &ldquo;Times they're a-changing&rdquo;, disait Dylan dans les ann&eacute;es 60 ; &ldquo;Step back in time&rdquo;, ajoutait Kylie Minogue en 90. &ldquo;Times goes by so slowly&rdquo; surench&eacute;rissait Madonna en 2005, tout en se d&eacute;hanchant dans son body rose certifi&eacute; 100% Flasdance. En guise de conclusion, il est temps pour moi de vous adresser tous mes voeux pour 2012 et de vous souhaiter un bon Retour vers le futur.</em><br /><em>&nbsp;<br /></em><br /><strong>Pouvez-vous vous pr&eacute;senter ?</strong><br /><u>Carole Brianchon</u> : Je vis &agrave; Paris o&ugrave; je suis responsable des relations presse du Jeu de Paume, un centre d&rsquo;art d&eacute;di&eacute; &agrave; la photographie et &agrave; l'image. &nbsp;<br />Je produis &eacute;galement des concerts &agrave; Reims, au travers du collectif Bye Bye Bayou.&nbsp;Et comme je revendique un esprit assez &laquo;&nbsp;touche &agrave; tout&nbsp;&raquo;, je suis aussi l&rsquo;auteur du Dictionnaire des ann&eacute;es 80, paru chez Larousse cette ann&eacute;e.<br /><br /><strong>Comment est n&eacute; ce projet de dictionnaire ?</strong><br />Le projet est n&eacute; en 2007. Alexandre Civico, qui est aujourd'hui &eacute;diteur chez Inculte, m'a propos&eacute; d'&eacute;crire sur ce qui avait marqu&eacute; les ann&eacute;es 80.&nbsp;Cela m'a int&eacute;ress&eacute;e, il y avait dans ce projet une dimension tout aussi importante de recherche que d'introspection ! Je suis une enfant des Eighties...&nbsp;J'ai grandi avec ces ann&eacute;es et j'ai &eacute;t&eacute; marqu&eacute;e par leurs &eacute;v&egrave;nements forts : l'&eacute;lection de Mitterrand en 1981, un souvenir qui pour moi reste ce portrait qui se dessinait ligne apr&egrave;s ligne &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision, le soir de sa victoire ; et puis &agrave; la fin de la d&eacute;cennie, toujours observ&eacute;e &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision, la chute du mur de Berlin. M&ecirc;me si dans un autre registre la page des ann&eacute;es 80 se tourne vraiment, en ce qui me concerne, en 1991 avec la mort de Gainsbourg. Entre ces dates butoires, mes ann&eacute;es 80 sont celles des parties de Rubik's Cube, des cassettes audio et des VHS, du Club Doroth&eacute;e et du Top 50, d'Agrippine et de la silhouette "&eacute;paulettes" de ma m&egrave;re. <br /><br /><strong>C&rsquo;est ensuite que vous avez choisi de collaborer avec Pierre Mika&iuml;loff et Gilles Verlant ?</strong><br />J'ai voulu partager ce (gros) travail avec quelqu'un qui avait sur cette d&eacute;cennie une vision diff&eacute;rente et compl&eacute;mentaire de la mienne. Je connaissais Pierre Mika&iuml;loff depuis quelques ann&eacute;es, c'est quelqu'un qui a une grande culture, notamment musicale (il a &eacute;t&eacute; le guitariste de Jacno), et une &eacute;criture &eacute;l&eacute;gante (il est journaliste et l&rsquo;auteur de nombreux ouvrages).&nbsp;A l'&eacute;poque de mon premier sweat-shirt L.C. Waikiki, Pierre &eacute;tait plut&ocirc;t perfecto...&nbsp;Mais justement !&nbsp;Croiser et confronter nos regards et nos souvenirs nous a sembl&eacute; int&eacute;ressant et on a saisi cette occasion de travailler ensemble.&nbsp;Finalement le projet n'a pas vu le jour chez l'&eacute;diteur qui nous l'avait initialement propos&eacute;. Pierre et moi avons continu&eacute; d'y travailler. Et puis Gilles Verlant en a entendu parler, &ccedil;a l'a int&eacute;ress&eacute; et il nous a propos&eacute; de collaborer au projet en dirigeant l&rsquo;ouvrage. Avec lui nous avons frapp&eacute; &agrave; la porte des &eacute;ditions Larousse, et le dictionnaire a ainsi vu le jour, au terme de quatre ans de travail.<br /><br /><strong>Pourquoi avoir choisi de traiter sp&eacute;cifiquement des ann&eacute;es 80 ?</strong><br />Les ann&eacute;es 80 ont &eacute;t&eacute; un v&eacute;ritable laboratoire. Elles ont profond&eacute;ment transform&eacute; notre monde. Dans tous les domaines - politique, technologie, culture... - elles ont marqu&eacute; un tournant d&eacute;cisif. Au quotidien, il est encore aujourd&rsquo;hui facile d'en mesurer l'impact : lorsqu'on prend le TGV, qu'on allume un halog&egrave;ne ou qu'on se glisse sous la couette (de pures inventions des ann&eacute;es 80) ! Et puis on voit bien qu'on n'en a jamais fini avec&nbsp;cette d&eacute;cennie tant on la revisite encore aujourd'hui dans des domaines artistiques comme la mode ou la musique. On sent une v&eacute;ritable influence des Eighties sur la cr&eacute;ation contemporaine.&nbsp;Finalement on a beaucoup caricatur&eacute; les ann&eacute;es 80 (il faut dire que sous certains aspects, il y avait mati&egrave;re) mais c'est aussi le signe que cette &eacute;poque avait une forte personnalit&eacute; et de vraies audaces.<br /><br /><strong>Pourquoi avoir d&eacute;cid&eacute; d'aborder les ann&eacute;es 80 sous forme de dictionnaire ?</strong><br />Nous n&rsquo;avons pas pr&eacute;tendu faire un essai sur les ann&eacute;es 80, plut&ocirc;t d'en donner un panorama.&nbsp;La forme "dictionnaire" permet de ne pas &ecirc;tre lin&eacute;aire. Elle autorise le foisonnement, la diversit&eacute;, et permet de faire cohabiter des choses tr&egrave;s diff&eacute;rentes.&nbsp;<br />&ccedil;a me plait beaucoup de passer d'Azzedine Alaia &agrave; Albator, de Blade Runner &agrave; Blondie, de la Golf GTI &agrave; Mikhail Gorbatchev, d'Alain Pacadis &agrave; Pacman, du SMIC &agrave; The Smith.&nbsp;<br />Ce qui m'importe, et que le dictionnaire permet, c'est traiter en les mettant sur le m&ecirc;me plan les aspects populaires et plus pointus des Eighties, les clich&eacute;s et les p&eacute;pites, afin de&nbsp;sortir de la caricature qu'on a souvent faite des ann&eacute;es 80.&nbsp;<br /><br /><strong>Justement, comment avez-vous s&eacute;lectionn&eacute; les entr&eacute;es qui le composent ?</strong><br />Nous avons &laquo;&nbsp;list&eacute;&nbsp;&raquo; tout ce qui nous semblait marquant, important, fondateur. Et ce choix s'est beaucoup &eacute;largi au fur et &agrave; mesure que nous &eacute;crivions. Bien s&ucirc;r nous ne pr&eacute;tendons pas &agrave; l'exhaustivit&eacute;, je crois qu'on pourrait certainement &eacute;crire un tome 2, mais les essentiels sont l&agrave;.&nbsp;Au final le dictionnaire compte plus de 700 entr&eacute;es.<br /><br /><strong>Quelles sont les grandes th&eacute;matiques qui traversent votre dictionnaire ?</strong><br />La politique, l'histoire, la soci&eacute;t&eacute;, la musique, l'art, &nbsp;la litt&eacute;rature, la technologie, la mode, les m&eacute;dias, le cin&eacute;ma, le sport...<br /><br /><strong>Pouvez-vous nous citer une des entr&eacute;es du dictionnaire qui d&eacute;finit selon vous le mieux l'esprit des ann&eacute;es 80 ?</strong><br />L&rsquo;esprit des ann&eacute;es 80 est &agrave; la fois sombre et l&eacute;ger. Ce sont des ann&eacute;es qui font de mani&egrave;re tr&egrave;s d&eacute;complex&eacute;e le grand &eacute;cart entre Restos du C&oelig;ur et golden boys, cold wave et italo disco&hellip; On retrouve cet aspect dans l&rsquo;entr&eacute;e consacr&eacute;e au fluo&nbsp;:&nbsp;"Comment plonger dans les ann&eacute;es 1980 sans &eacute;voquer leurs couleurs flashy, leur style un brin ringard que tous les cahiers de tendances ont pourtant remis au go&ucirc;t du jour et que la mode revisite r&eacute;guli&egrave;rement avec jubilation&nbsp;? Les stars de la d&eacute;cennie sont alors les &eacute;paulettes*, les pulls &agrave; manches chauve-souris, les ceintures larges, les fuseaux, les couleurs fluo, les badges smiley&hellip; T&rsquo;as le look coco&nbsp;! Colori&eacute;e au Stabilo Boss, la mode de la d&eacute;cennie suit des cours d&rsquo;a&eacute;robic&nbsp;: cale&ccedil;on en lycra* brillant, gu&ecirc;tres, tee-shirt large, bandeau tress&eacute; port&eacute; bien haut sur le front et queue de cheval&hellip; Les magasins Boy et Sex, sur King's Road, &agrave; Londres, avaient propag&eacute; le fluo (de pr&eacute;f&eacute;rence sous la forme de fuchsia ou jaune vif) d&egrave;s 1977 : il est adopt&eacute; par le sportswear peu apr&egrave;s. L&rsquo;&eacute;t&eacute; 1989 en est le point d&rsquo;orgue. Pas un magazine de mode qui ne vante les nouveaux classiques aux couleurs &eacute;bouriffantes. Mais au-del&agrave; d&rsquo;un look risqu&eacute;, le fluo c&rsquo;est aussi l&rsquo;esprit d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration qui ose, invente, m&eacute;lange un peu n&rsquo;importe quoi, dans un joyeux d&eacute;sordre de couleurs, au son de Like a Virgin de Madonna* ou du g&eacute;n&eacute;rique de Gym Tonic. Un paradoxe de plus dans ces eighties qui oscillent entre no future et l&eacute;g&egrave;ret&eacute;, new wave* sombre et pop acidul&eacute;e. Sur fond gris de crise &eacute;conomique&ndash;ch&ocirc;mage&ndash;sida, certains se fondent et d&rsquo;autres flashent&nbsp;: look Robert Smith et Nina Hagen versus V&eacute;ronique et Davina*, Doc Martens* versus baskets Reebok, chacun pourtant anticonformiste &agrave; sa mani&egrave;re."<br />&nbsp;<br />&nbsp;</div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/416261.jpeg?697" alt="Picture" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 30px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="2" color="#666666"><strong>Le dictionnaire des ann&eacute;es 80<br /></strong>Par Carole Brianchon et Pierre Mika&iuml;loff&nbsp;<br />Sous la direction de Gilles Verlant<br />19,5 x 23,5 cm, 560 pages, environ 200 photos, Int&eacute;gra avec rabats, 20,90 &euro;&nbsp;</font></div>  <div ><div style="height: 30px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="1" color="#666666"><strong>Cr&eacute;dits images :&nbsp;</strong></font><br /><font size="1" color="#666666">01/ &copy; Romain Nouguair&egrave;de</font><br /><font size="1" color="#666666">02/&nbsp;Carole Brianchon et Pierre Mikai&#776;loff &copy; Olivier Rodriguez</font><br /><font size="1" color="#666666">&nbsp;</font><br /><font size="1" color="#666666">&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[THE IDEAL CRASH - Entretien avec Sandrine Pelletier]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/the-ideal-crash-entretien-avec-sandrine-pelletier.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/the-ideal-crash-entretien-avec-sandrine-pelletier.html#comments]]></comments><pubDate>Sat, 26 Nov 2011 03:39:25 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/the-ideal-crash-entretien-avec-sandrine-pelletier.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/1224192_orig.jpeg?335' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/1224192.jpeg?335" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em>De ses formations de graphiste et de sc&eacute;nographe, l&rsquo;artiste suisse <a href="http://www.maskara.ch/" target="_blank">Sandrine Pelletier</a> a conserv&eacute; le go&ucirc;t du tramage et de l&rsquo;exp&eacute;rimentation. Son oeuvre r&eacute;unit des univers et tonalit&eacute;s de prime abord totalement oppos&eacute;s : tapisserie et science-fiction, vanit&eacute; et adolescence, artisanat et minimalisme, black metal et folklore. Ce bricolage &eacute;tudi&eacute; et ma&icirc;tris&eacute; engendre une imagerie sombre et d&eacute;licate, fantastique et foisonnante, accident&eacute;e parfois, qui semble pouvoir, du fait de son apparente fragilit&eacute;, s&rsquo;&eacute;vanouir sous nos yeux avant m&ecirc;me que la r&eacute;tine n&rsquo;ait pu les imprimer. C&rsquo;est &agrave; partir de ce processus mouvant que Sandrine Pelletier tisse sa propre "Esth&eacute;tique de la disparition" (Paul Virilio), sorte de fiction qui semble se d&eacute;lier et se d&eacute;liter &agrave; mesure qu&rsquo;elle se construit.</em><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Pouvez-vous vous pr&eacute;senter ?<br /></strong>Sandrine Pelletier, 35 ans. Je vis et travaille &agrave; Gen&egrave;ve o&ugrave; j'enseigne la sc&eacute;nographie &agrave; la HEAD-Haute Ecole d'Art &amp; Design.&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Est-ce que vos formations initiales de graphiste et sc&eacute;nographe orientent votre fa&ccedil;on d'aborder l'espace au travers de vos oeuvres, qui se font de plus en plus monumentales au fil du temps ?</strong><br />Mes deux formations m'ont appris &agrave; anticiper un espace pour pouvoir ensuite composer &agrave; l'int&eacute;rieur d'un lieu ou cr&eacute;er un visuel gr&acirc;ce &agrave; une suite de formes, de lumi&egrave;res et de textures.&nbsp;<br />Lorsque je pense &agrave; mes derni&egrave;res installations, qui sont un peu plus imposantes on va dire, elles sont le reflet de mes pr&eacute;occupations tandis qu'auparavant elles s'appuyaient sur les probl&eacute;matiques de gestion d'espace et de mise en sc&egrave;ne. La tension dans mon travail se joue principalement &agrave; la lisi&egrave;re entre le d&eacute;coratif et le conceptuel ; peu &agrave; peu la m&eacute;taphore a pris le dessus sur la technique.<br />Sc&eacute;nographe ou artiste, la diff&eacute;rence est l&agrave; o&ugrave; on d&eacute;cide de la marquer. Je me consid&egrave;re plut&ocirc;t comme diseuse d'aventures, bonnes et mauvaises, et donc parfois aussi comme une escroc.<br />&nbsp;<br /><strong>Vous travaillez souvent &agrave; partir d'une imagerie baroque et fantastique, qui fait penser &agrave; Edgar Poe voire &agrave; Lovecraft. Comment s&eacute;lectionnez vous ces diff&eacute;rentes sources d'inspiration ?</strong><br />J'ai d&eacute;couvert la revue <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tal_hurlant" target="_blank">Metal Hurlant</a>, <a href="http://frankfrazetta.org/" target="_blank">Frank Frazetta</a> et La litt&eacute;rature fantastique tr&egrave;s jeune. Ce type d'univers a toujours provoqu&eacute; quelque chose chez moi de rassurant et de&hellip; cosy.&nbsp;La description d'un paysage onirique et fantastique sera par exemple retenue puis transpos&eacute;e dans mon travail gr&acirc;ce au trompe l'oeil et &agrave; l'installation. Il en va de m&ecirc;me pour certaines pi&egrave;ces comme le pentagramme anamorphosique<em>&nbsp;<a href="http://www.maskara.ch/index.php?/projects/aeg-yesoodth-ryobi-eleemdrill/" target="_blank">Aeg Yesoodth Ryobi Elle_Emdrill!</a></em>&nbsp; dont le titre - qui est en r&eacute;alit&eacute; une suite de marques d'outillages - va puiser directement sa source au sein d'un r&eacute;cit Lovecraftien.&nbsp;Ce ne sont pas directement des chroniques ni des mythes que je souhaite remettre en sc&egrave;ne. Je veux plut&ocirc;t me r&eacute;-approprier l'ambiance fantastique et baroque de mes diverses sources d'inspirations. J'aime utiliser au sein de mon travail le storytelling en puisant dans des anecdotes souvent banales pour refl&eacute;ter diverses pr&eacute;occupations universelles telles que l'abandon, la mort, la religion ou la jeunesse perdue.&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Comment parvenez-vous &agrave; jouer des caract&egrave;res oniriques, s&eacute;duisants et m&ecirc;me surann&eacute;s de certains des mat&eacute;riaux que vous utilisez (miroirs, cendre, tapisserie, broderie&hellip;) ?</strong><br />Le surann&eacute; ou l'objet emprunt&eacute; aux Arts &amp; Crafts sont les &eacute;l&eacute;ments qui &agrave; nouveau racontent des histoires et provoquent des sc&eacute;narios. Il s'agit pour moi d'absorber la pratique artisanale dans un dialogue perp&eacute;tuel entre l'objet et sa repr&eacute;sentation,&nbsp;entre la mati&egrave;re et le symbole, avec les outils de l'art conceptuel et de l'art minimal associ&eacute;s au folklore, aux superstitions, et &agrave; l'ordinaire de la vie. Le d&eacute;chet, l'objet fonctionnel et insignifiant est m&eacute;tamorphos&eacute;, d&eacute;tourn&eacute; puis d'une certaine mani&egrave;re honor&eacute;. Ce sont l'exploration esth&eacute;tique et la symbolique des failles et imperfections que je cherche &agrave; mettre en avant dans mon travail. La revanche du laid, ou l'Arm&eacute;e des Ombres.<br />&nbsp;<br /><strong>Quelle place accordez-vous &agrave; l'exp&eacute;rimentation, &agrave; l'erreur et au non-fini ?<br /></strong>Une place importante car l'erreur, l'accident et l'&eacute;chec font partie mes th&egrave;mes favoris. L'exp&eacute;rimental me semble &ecirc;tre la base tr&egrave;s saine d'une recherche artistique.&nbsp;Le non-fini &eacute;voque quelque chose de suspendu dans le temps et raconte ainsi plusieurs sc&eacute;narios qui invitent tour &agrave; tour &agrave; la d&eacute;molition ou &agrave; la finition. L'esth&eacute;tisme fragile de l'inachev&eacute; me s&eacute;duit particuli&egrave;rement dans ses d&eacute;tails qui peuvent para&icirc;tre au premier abord insignifiants. Certaine pi&egrave;ces textiles ou d'autres compositions en miroir reposent principalement sur l'inachev&eacute;.&nbsp;Ce sont d'ailleurs ces travaux-l&agrave; qui restent parmi mes pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s.<br />&nbsp;<br /><strong>Vous avez souvent recours aux techniques artisanales, au "fait-main". Est-ce justement parce que ces techniques ne sont pas m&eacute;caniques et donc imparfaites qu'elles vous int&eacute;ressent ? Les techniques sont-elles pour vous autant de terrains d'exp&eacute;rimentation ?</strong><br />Une technique "faite-main" et artisanale comme le crochet ou la fa&iuml;ence est tout d'abord facilement abordable et permet ainsi un terrain de jeu et d'exploration relativement large et imm&eacute;diat.&nbsp;Je pense &ecirc;tre avant toute chose dans le &ldquo;faire&rdquo; car cela reste un besoin, celui d'&ecirc;tre en contact direct avec la "masse modulable et transformable". Dans un deuxi&egrave;me temps plus pouss&eacute; et plus on&eacute;reux, la mati&egrave;re devient &agrave; la fois symbole et partenaire. La technique se fait alors plus discr&egrave;te et laisse plus de place &agrave; la conceptualisation et &agrave; l'intellectualisation.<br />&nbsp;<br /><strong>Ces techniques artisanales entrent souvent en collision avec l'imagerie que vous int&eacute;grez &agrave; votre oeuvre (<em><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/40_ufo.jpeg">UFO attacks</a></em> qui repr&eacute;sente en broderie une sc&egrave;ne d'invasion extra-terrestre, etc.). Est-ce l&agrave; une fa&ccedil;on de nous narrer vos propres fictions, de vous approprier l'imaginaire d'une autre &eacute;poque ?</strong><br />Au contraire je pense que c'est un imaginaire tr&egrave;s actuelle et d&eacute;sormais totalement inscrite dans notre &eacute;poque car l'Apocalypse, les zombies, UFOS et autres cr&eacute;atures l&eacute;gendaires m'ont jamais autant &eacute;t&eacute; en vogue.&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Vous avez beaucoup travaill&eacute; le tissu et la broderie, mais depuis quelque temps ces mat&eacute;riaux se font plus discrets dans votre production. Pourquoi cette &eacute;volution ?</strong><br />Ce sont des supports pour le moment qui sont mis de c&ocirc;t&eacute; puisque je n'ai plus grand chose &agrave; exprimer avec eux. Les&nbsp;<a href="http://www.maskara.ch/index.php?/projects/wild-boys/" target="_blank"><em>Wild Boys</em></a>&nbsp;existaient justement gr&acirc;ce &agrave; cette tension entre le sujet et le m&eacute;dia : portraits brod&eacute;s et d&eacute;tournement d'agencements d'int&eacute;rieur du XIXe si&egrave;cle sont inspir&eacute;s de la vie quotidienne de lutteurs de&nbsp;Backyard Wrestling&nbsp;et cr&eacute;ent avec ce sujet violent un mariage improbable.&nbsp;Le m&ecirc;me type de d&eacute;calage est utilis&eacute; pour l'<a href="http://www.maskara.ch/index.php?/projects/damoisie/" target="_blank">ab&eacute;c&eacute;daire misanthrope</a>, dont le lettrage en d&eacute;molition est ainsi d&eacute;tourn&eacute; de sa fonction principale.&nbsp;Les chevaux en carcasse filaire marquent clairement une &eacute;tape de transition entre l'image et les installations tri-dimensionnelles. D'autre mat&eacute;riaux comme le bois br&ucirc;l&eacute;, le miroir ou le plexiglas apparaissent alors comme une &eacute;vidence dans mes recherches, alors ax&eacute;es vers quelque chose de plus brut et minimal.<br />&nbsp;<br /><strong>Certaines de vos pi&egrave;ces sont tr&egrave;s fragiles (<em><a href="http://www.maskara.ch/index.php?/projects/goodbye-horses/" target="_blank">Goodbye horses</a></em>), voire p&eacute;rissables. Comment envisagez-vous l'id&eacute;e que vos pi&egrave;ces puissent facilement dispara&icirc;tre ?</strong><br /><em>Goodbye Horses</em>&nbsp;est une pi&egrave;ce moins fragile qu'il n'y para&icirc;t. La structure filaire est imbib&eacute;e de latex, de goudron puis de colle de peau de lapin qui est un excellent conservateur. Ceci dit l'id&eacute;e que mes pi&egrave;ces puissent compl&egrave;tement dispara&icirc;tre ne me d&eacute;range pas&hellip; J'aime la discr&eacute;tion et l'&eacute;ph&eacute;m&egrave;re, du moins en th&eacute;orie. Dispara&icirc;tre avec &eacute;l&eacute;gance, c'est bien!&nbsp;En revanche lorsque mes r&eacute;alisations impliquent une autre personne que moi-m&ecirc;me je suis tr&egrave;s vigilante et j'assume volontiers par exemple un processus de retissage &agrave; l'infini, tant que j'en suis encore capable.&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>L'id&eacute;e de d&eacute;gradation semble faire partie int&eacute;grante de votre production. Est elle une forme de vanit&eacute; ou bien une fa&ccedil;on de montrer que des objets peuvent se tenir dans des &eacute;tats interm&eacute;diaires ?</strong><br />L'esth&eacute;tisme de la d&eacute;gradation est quelque chose sur lequel j'aime particuli&egrave;rement travailler. C'est avant tout une forme de vanit&eacute; &eacute;voquant l'usure et le caract&egrave;re transitoire de la vie humaine.&nbsp;<br /><strong>&nbsp;<br />Pouvez-vous me parler des pi&egrave;ces que vous allez pr&eacute;senter lors de l'exposition <em>ChezLeGrandBag</em> &agrave; la galerie <a href="http://art-et-rapy.com/contacts.php" target="_blank">Art&amp;Rapy </a>&agrave; Monaco ?</strong><br /><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/60_60pa11.jpeg"><em>Parade</em></a>&nbsp;est une pi&egrave;ce con&ccedil;ue initialement pour une exposition &agrave; Kyoto dans un lieu d'exposition ext&eacute;rieur et int&eacute;rieur. Constitu&eacute;e de filet de camouflage, Parade&nbsp;imite un rassemblement au sol de feuilles mortes noires et en d&eacute;composition. Son titre renvoie &agrave; la fois &agrave; sa fonction d'objet de camouflage comme une r&eacute;plique de la nature mais &eacute;galement d&rsquo;un feu de camp &eacute;teint gr&acirc;ce &agrave; sa forme parfaitement circulaire et &agrave; sa texture r&eacute;siduelle. &Agrave; la fois r&eacute;plique et trompe l'oeil, cette pi&egrave;ce emprunte ses codes esth&eacute;tiques au rituel, &agrave; la procession et &agrave; la l&eacute;gende.&nbsp;<br /><em>Ufo Attacks</em>&nbsp;est une pi&egrave;ce plus ancienne fonctionnant un peu sur le m&ecirc;me principe que&nbsp;<em>Parade</em> : c'est un objet trouv&eacute; puis d&eacute;tourn&eacute;. Sur deux crochets de vestibule, une attaque d'extra-terrestre a &eacute;t&eacute; peinte puis rehauss&eacute;e de cristaux et de broderies dont les fils ont &eacute;t&eacute; laiss&eacute;s volontairement pendants. C'est la repr&eacute;sentation m&ecirc;me d'une attaque venant d'un ext&eacute;rieur hostile et sans merci. Les extraterrestres signifient ici l'inconnu et la m&eacute;taphore de tout ce qui &eacute;chappe &agrave; nos croyances orthodoxes.&nbsp;<br /><em>Goodbye Horses</em>&nbsp;est le d&eacute;ploiement dans l'espace de mes premiers travaux de broderies. Cette installation met en sc&egrave;ne les quatre chevaux de l'apocalypse grandeur nature tiss&eacute;s &agrave; l'aide de fils de laine et solidifi&eacute;s ensuite avec du goudron et du latex. Les silhouettes &eacute;questres fantomatiques sont d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment laiss&eacute;es inachev&eacute;es et donnent ainsi l'impression de disparaitre en fum&eacute;e.&nbsp;L'alternance de vides et de pleins qui compose ces chevaux joue sur les m&ecirc;mes effets graphiques qu'un dessin avec le blanc de la page. Ceci caract&eacute;rise d'ailleurs parfaitement mon envie de passer du graphisme et des travaux d'aiguilles &agrave; des installations plus monumentales.&nbsp;<em>Goodbye Horses</em> convoque plusieurs aspects qui me sont chers : la transformation par maniement des mati&egrave;res et l'iconographie populaire. Ils sont avant tout un moyen d'exp&eacute;rimenter un territoire se situant entre abstraction et figuration.&nbsp;Le processus de r&eacute;alisation est ici l'un des facteurs essentiel, car les chevaux ont &eacute;t&eacute; en effet ici dessin&eacute;es et improvis&eacute;es directement dans l'espace avec fil, goudron et latex.&nbsp;Cette technique est similaire au croquis sur papier mais de fa&ccedil;on a&eacute;rienne et tri-dimensionnelle.<br />&nbsp;<br /><strong>Quels sont vos projets ?<br /></strong>Les six prochains mois sont consacr&eacute;s &agrave; ma r&eacute;sidence d'artiste au Caire. Mon projet consiste &agrave; suivre une tribu de black-m&eacute;talleux, forc&eacute;s de rester discrets et &agrave; devoir ranger dans un tiroir leurs accessoires diaboliques et leurs tenues peu courantes dans les rues &eacute;gyptiennes. Je compte &eacute;galement suivre de pr&egrave;s les techniques d'artisanat local pour pouvoir m'en inspirer afin de les r&eacute;interpr&eacute;ter dans mon travail.<br />&nbsp;</div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/570088352_orig.jpg?697' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/570088352.jpg?697" alt="Picture" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="1" color="#333333"><strong>Cr&eacute;dits images :</strong></font><br /><font size="1" color="#333333">01 / <em>Aeg Yesoodth Ryobi Ele_emDrill!</em>, installation, bois, cendre, 380 x 380 x 380 cm, 2011, &copy; Sandrine Pelletier</font><br /><font size="1" color="#333333">02 / <em>Goodbye horses</em>, installation, fil, goudron, latex, dimensions variables, 2009, &copy; Sandrine Pelletier</font><br /><br /><font size="1" color="#333333">&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[BIS REPETITA - Entretien avec Item Idem]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/bis-repetita-entretien-avec-item-idem.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/bis-repetita-entretien-avec-item-idem.html#comments]]></comments><pubDate>Sat, 26 Nov 2011 03:08:27 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/bis-repetita-entretien-avec-item-idem.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/273808413_orig.jpg?359' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/273808413.jpg?359" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em>Comment mixer art, design, mode et communication ? Comment d&eacute;tourner les diff&eacute;rents m&eacute;dias li&eacute;s &agrave; la soci&eacute;t&eacute; de consommation ? Comment &eacute;difier une oeuvre qui soit &agrave; la fois d&eacute;cloisonn&eacute;e, foisonnante, et coh&eacute;rente ? <a href="http://blogs.colette.fr/itemidem/" target="_blank">Cyril Duval</a>, artiste fran&ccedil;ais install&eacute; &agrave; New-York, tente de r&eacute;pondre &agrave; ces questions par le biais de son travail. Cet inlassable collectionneur d'images glan&eacute;es au fil de ses voyages et de ses prolifiques collaborations est moins connu sous son propre nom que sous le pseudonyme d'Item-Idem, alter ego conceptuel lui permettant de brouiller encore plus les pistes, de se d&eacute;tourner aussi lui-m&ecirc;me de fa&ccedil;on &agrave; r&eacute;ellement devenir l'op&eacute;rateur et la mati&egrave;re m&ecirc;me de son travail de cr&eacute;ation.<br /></em><br />&nbsp;<br /><strong>Pouvez-vous vous pr&eacute;senter ?<br /></strong>Cyril Loup Aim&eacute; Duval H&ouml;rlin du Houx, aka Item Idem. Je suis artiste conceptuel et je travaille au carrefour de l'art, du design int&eacute;rieur et produit, de la mode et de la communication visuelle.<br />&nbsp;<br /><strong>Comment avez-vous choisi le nom de votre alter-ego, "Item Idem" ?<br /></strong>J'utilise ce patronyme depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 2000. J'&eacute;tais encore &eacute;tudiant quand je l'ai invent&eacute;. Je pense que mon inconscient a essay&eacute; de d&eacute;finir un concept qui pourrait expliquer mon int&eacute;r&ecirc;t pour le m&eacute;lange de genres, mais aussi ma capacit&eacute; &agrave; fusionner conceptuellement les id&eacute;es, les esth&eacute;tiques et les formes au sein d'un seul media unique qui me serait propre. &Eacute;videmment, on peut y voir une forme s'approchant du genre de l'appropriation, mais cela ne repr&eacute;sente en fait qu'une petite partie de mon travail.<br /><br /><strong>Vous explorez aussi bien l'art contemporain, que le design ou la mode et m&ecirc;me le marketing. Avez-vous malgr&eacute; tout un m&eacute;dium de pr&eacute;dilection ?</strong><br />Non, car c'est la jonction de tout ces m&eacute;diums qui d&eacute;finit l'essence de mon travail. Plus j'hybride ces genres, et plus ma pratique artistique devient unique et personnelle. Ceci dit, c'est tout de m&ecirc;me &agrave; l'art conceptuel que je suis le plus attach&eacute;, ainsi que l'humour et l'intelligence intemporelle de mouvements comme FLUXUS, ou DADA.<br /><br /><strong>Quelle importance accordez-vous au bricolage ?<br /></strong>Pas plus d'importance qu'&agrave; autre chose. Je travaille souvent avec mes mains, lorsque s'impose &agrave; moi la d&eacute;cision d'obtenir un r&eacute;sultat visuel avec un langage simple et artisanal. A contrario, je suis tout a fait capable de faire intervenir n'importe quel corps de m&eacute;tiers si je recherche un r&eacute;sultat parfait et lisse. Chaque probl&eacute;matique induit une r&eacute;ponse pr&eacute;cise et adapt&eacute;e. En ce sens, je pense que mon style, &agrave; proprement parler, est par essence ind&eacute;finissable.<br /><br /><strong>Vous travaillez souvent &agrave; l'aide d'images que vous trouvez. Quels sont vos crit&egrave;res de s&eacute;lection ?<br /></strong>Je choisis des images selon des crit&egrave;res d'originalit&eacute;, d'&eacute;tranget&eacute;. Il faut qu'elles g&eacute;n&egrave;rent de la surprise. Bien s&ucirc;r, j'accorde beaucoup d'importance &agrave; la composition visuelle, spatiale, et les r&eacute;f&eacute;rences culturelles, sociales, ou id&eacute;ologiques qu'expriment de fa&ccedil;on sous-jacente ou directe ces images.<br />&nbsp;<br /><strong>Est-ce que ce travail de r&eacute;cup&eacute;ration d'images est plus un travail de collectionneur, d'archiviste ou de sampleur ?</strong><br />Les trois &agrave; la fois. Je recherche et je collectionne pour le simple plaisir et car je suis curieux par essence. Je fais ensuite appel &agrave; des &eacute;l&eacute;ments que je trouve propices &agrave; illustrer et sur lesquels r&eacute;f&eacute;rencer mes id&eacute;es cr&eacute;atives, mes probl&eacute;matiques.<br /><br /><strong>Pourquoi tramez-vous si souvent l'imagerie li&eacute;e au luxe &agrave; des formes plus prol&eacute;taires (<a href="http://blogs.colette.fr/itemidem/files/2011/11/Sites-Archi_213-complet_04.jpg" target="_blank">logo Mc Donald transform&eacute; en une installation reprenant le logo de Chanel</a>, etc) ?</strong><br />J'aime mettre en contradiction et/ou rapprocher des genres et codes visuels pr&eacute;tendument inassimilables... C'est ma fa&ccedil;on de faire du "populisme cultural" (rire). J'essaye cependant de ne jamais introduire un commentaire pr&eacute;cis, car je consid&egrave;re qu'une bonne oeuvre d'art n'est r&eacute;ussie que si le spectateur se forge lui-m&ecirc;me ses propres pistes de lecture et donc son commentaire personnel.<br /><br /><strong>Peut-on &ecirc;tre encore subversif avec ce genre d'associations, de nos jours ?<br /></strong>Oui et non. L'art et la mode c'est un sujet un peu ringard... De mon c&ocirc;t&eacute;, j'essaie de ne jamais faire de mon travail un commentaire seulement anti-establishment, ou d'en faire quelque chose de revendicatif. Ce qui m'int&eacute;resse beaucoup plus, une fois encore, c'est lorsqu'une pi&egrave;ce a plusieurs niveaux de lecture possibles ; c'est la discussion que je cr&eacute;&eacute;e entre les ingr&eacute;dients id&eacute;ologiques et sculpturaux au sein mon travail qui d&eacute;finit l'essence m&ecirc;me de mon m&eacute;dium artistique.<br /><br /><strong>Pouvez-vous me parler de vos sculptures de</strong><strong>&nbsp;<a href="http://blogs.colette.fr/itemidem/files/2009/08/03.jpg" target="_blank">kimonos r&eacute;alis&eacute;s en sacs &agrave; main</a>&nbsp;?&nbsp;</strong><br />Il s'agit des num&eacute;ros 3 et 4 de mes essais sculpturaux allant &agrave; la rencontre avec la production de mode, le r&eacute;&eacute;chantillonage et la "re-fabrication". Les visiteurs pourront donc admirer deux kimonos dor&eacute;s et argent&eacute;s, cr&eacute;&eacute;s &agrave; partir de faux sacs Louis Vuitton (cette collection a &eacute;t&eacute; faite en collaboration avec Richard Prince). Ils sont d&eacute;compos&eacute;s et recompos&eacute;s avec du plastique iridescents fondus et des couvertures de survie. Ces pi&egrave;ces ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;es comme des artefacts, des images d'une arch&eacute;ologie du futur. Elles &eacute;taient destin&eacute;es au pop-up bar de la galerie de "032 magazine" &agrave; Berlin en 2009. Ces pi&egrave;ces ont ensuite voyag&eacute; et &eacute;t&eacute; montr&eacute;es &agrave; Kyoto, au Japon, avant de se diriger maintenant vers Monaco.<br /><br /><strong>Vous travaillez souvent en collaborant avec des cr&eacute;ateurs et structures venant de tous les horizons : AA Bronson, colette, Tobias Wong... Comment se d&eacute;roulent ces collaborations ? Comment parvenez-vous &agrave; vous adapter au regard et aux m&eacute;thodes de travail de quelqu'un d'autre ?</strong><br />Vous touchez l&agrave; &agrave; un point int&eacute;ressant. Je pense que l'essence m&ecirc;me de mon travail se situe dans ce processus de rencontres, de discussions, d'&eacute;change et de collaborations. Cela me permet aussi de pousser mon travail dans ses retranchements de fa&ccedil;on &agrave; le red&eacute;finir constamment, le mener aux confins de genres cr&eacute;atifs et culturels que je n'ai pas encore explor&eacute;s.<br /><br /><strong>En mars 2011, vous avez dessin&eacute; les d&eacute;cors de <a href="http://blogs.colette.fr/itemidem/2011/03/12/bruce-labruce-s-pierrot-lunaire-art-directed-set-designed-by-item-idem/" target="_blank"><em>Pierrot Lunaire</em></a>, pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre du r&eacute;alisateur <a href="http://www.brucelabruce.com/tweets.html" target="_blank">Brucelabruce</a>. Comment avez-vous abord&eacute; cette nouvelle activit&eacute; et cette collaboration ?</strong><br />Bruce et moi sommes amis et collaborateurs de longue date. La direction artistique de cet op&eacute;ra repr&eacute;sente notre projet le plus abouti &agrave; ce jour. Il a demand&eacute; plusieurs mois de conception et recherche, avant de finir par un s&eacute;jour de deux mois &agrave; Berlin. Nous y avons dirig&eacute; une &eacute;quipe compl&egrave;te pour la r&eacute;alisation et la construction de cette pi&egrave;ce. C'est certainement mon projet le plus spectaculaire !<br /><br /><strong>Justement, quels sont vos projets ?<br /></strong>Je finalise mon nouveau site web qui devrait &ecirc;tre assez novateur et articuler de fa&ccedil;on claire et lisible mon interaction de ces six derni&egrave;res ann&eacute;es avec tout les genres cr&eacute;atifs auxquels je me suis essay&eacute; : installation, direction cr&eacute;ative, stylisme, mode, design int&eacute;rieur et produit, architecture, d&eacute;veloppement conceptuel, sculpture industrielle, vid&eacute;o, performances, lectures, marketing, branding, consulting, etc. Ce qui fait beaucoup !<br />&nbsp;</div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/971837266_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/971837266.jpg" alt="Picture" style="width:100%;max-width:1100px" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="1" color="#666666"><strong>Cr&eacute;dits images :</strong></font><br /><font size="1" color="#666666">01 &amp; 02 : &copy; Item Idem</font><br /><font size="1" color="#666666">&nbsp;&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[LE GRAND DÉTOURNEMENT - Entretien avec Mathieu Mercier]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/le-grand-dtournement-entretien-avec-mathieu-mercier1.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/le-grand-dtournement-entretien-avec-mathieu-mercier1.html#comments]]></comments><pubDate>Mon, 07 Nov 2011 06:42:33 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/11/le-grand-dtournement-entretien-avec-mathieu-mercier1.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9934116_orig.jpg?361' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9934116.jpg?361" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em>R&eacute;v&eacute;l&eacute; en 2003 au public par le Prix Marcel Duchamp puis expos&eacute; en 2007 au Mus&eacute;e d&rsquo;Art Contemporain de la Ville de Paris apr&egrave;s un d&eacute;tour de six mois par le Japon, <a href="http://mathieumercier.com/" target="_blank" title="">Mathieu Mercier</a> est un artiste qui a su cr&eacute;er son propre sillon. Fascin&eacute; par les avant-gardes modernistes, il n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; les &eacute;voquer et&nbsp;&agrave;&nbsp;entrecroiser des formes li&eacute;es &agrave; l&rsquo;histoire de l&rsquo;art, qu&rsquo;il conna&icirc;t sur le bout des doigts, &agrave; des objets plus prosa&iuml;ques. Derri&egrave;re un aspect sophistiqu&eacute; et conceptuel, l'artiste bricole autant de jeux s&eacute;mantiques, formels et historiques&nbsp;qu&rsquo;il nous faut&nbsp;d&eacute;nouer. La derni&egrave;re &eacute;dition de la FIAC, o&ugrave; il pr&eacute;sente un accrochage de ses pi&egrave;ces les plus r&eacute;centes, est l&rsquo;occasion de le questionner sur ses m&eacute;thodes de travail, ses r&eacute;f&eacute;rences artistiques, mais aussi&nbsp;sur&nbsp;ses projets. Il me propose de&nbsp;s&rsquo;asseoir sur l'une de ses pi&egrave;ces, <a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/mercier_untitledbanc.jpg" title="">Sans titre (banc)</a>, faite de deux rouleaux de moquette de la foire assembl&eacute;es en un banc, et sur lequel peuvent se reposer les visiteurs. C'est donc install&eacute;s sur son travail, dans une r&eacute;v&eacute;latrice indistinction des limites de l'art, ni dedans ni vraiment dehors,&nbsp;que nous commen&ccedil;ons notre entretien.<br /></em><br /><br /><strong>Pouvez-vous vous pr&eacute;senter&nbsp;en quelques mots&nbsp;?</strong><br />&Eacute;trangement, je trouve cette question de pr&eacute;sentation tr&egrave;s compliqu&eacute;e. J&rsquo;ai pass&eacute; il y a quelques temps un concours.&nbsp;L&rsquo;entretien&nbsp;&eacute;tait assez impressionnant. J&rsquo;&eacute;tais face &agrave; une vingtaine&nbsp;de personnes&nbsp;qui&nbsp;connaissaient mon travail. Or, la premi&egrave;re question&nbsp;&eacute;tait de me pr&eacute;senter. Je me suis retrouv&eacute; dans l&rsquo;incapacit&eacute; de le faire&nbsp;! En effet, comment me pr&eacute;senter &agrave; des gens qui connaissent d&eacute;j&agrave; ce que je fais&nbsp;? Fallait-il que je leur raconte que je suis artiste, que je produis donc des formes symboliques&nbsp;pour les pr&eacute;senter dans un contexte sp&eacute;cifique&nbsp;? Je ne savais vraiment que dire. Tr&egrave;s simplement, j&rsquo;ai quarante ans, je ne suis plus tout &agrave; fait un jeune artiste mais je ne suis pas non plus encore un vieux. Ca pourrait &ecirc;tre une forme de r&eacute;ponse.<br /><br /><strong>Vous t&eacute;lescopez presque syst&eacute;matiquement les diff&eacute;rents codes de l'art : minimalisme, art primitif, constructivisme, abstraction g&eacute;om&eacute;trique, art conceptuel, etc. Comment avez-vous pu trouver votre propre forme, votre style, au travers de ces r&eacute;f&eacute;rences ?</strong><br />Ca n&rsquo;est pas une question de style. Je n&rsquo;ai pas cherch&eacute; &agrave; &ecirc;tre identifi&eacute; par une forme en particulier, m&ecirc;me si dans mon travail il est possible de retrouver une dizaine de formes r&eacute;currentes. Cette multiplicit&eacute; est d&rsquo;ailleurs int&eacute;ressante,&nbsp;voire&nbsp;parfois d&eacute;routante. Lors de mon exposition <em><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/arcmerc_378.jpg" title="">Sans titres&nbsp;1993-2007</a></em> au Mus&eacute;e d&rsquo;Art Moderne de la Ville de Paris, certains visiteurs parvenaient&nbsp;bien &agrave;&nbsp;identifier un certain type d&rsquo;&oelig;uvres comme &eacute;tant les miennes mais n&rsquo;arrivaient pas &agrave; m&rsquo;associer &agrave; d&rsquo;autres pi&egrave;ces qui faisaient pourtant partie int&eacute;grante de ma production. On m&rsquo;identifie souvent comme l&rsquo;artiste qui se r&eacute;f&egrave;re&nbsp;aux&nbsp;avant-gardes, par mon usage de certaines structures et des couleurs primaires, mais aussi&nbsp;comme&nbsp;l&rsquo;artiste aux s&eacute;ries de <a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/mmdiam-160.jpg" title="">peintures kal&eacute;idoscopiques</a> aux allures de diamants, aux &laquo;&nbsp;<a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/mmneon.jpg" title="">n&eacute;ons-boucles</a>&nbsp;&raquo;, etc. Certaines formes sont donc facilement reconnaissables. Mais au-del&agrave; des artistes et des p&eacute;riodes, je pense que l&rsquo;histoire de l&rsquo;art est bas&eacute;e sur une&nbsp;illusion: on consid&egrave;re que des gestes ou des formes&nbsp;ne&nbsp;sont artistiques qu&rsquo;&agrave; partir du moment o&ugrave; il y a transformation. Marcel Duchamp n&rsquo;a pas invent&eacute; le ready-made, il l&rsquo;a simplement red&eacute;couvert. De toute &eacute;vidence, les premi&egrave;res &oelig;uvres d&rsquo;art &eacute;taient d&eacute;j&agrave; des ready-mades. Comme elles n&rsquo;&eacute;taient pas transform&eacute;es, qu'elles&nbsp;&eacute;taient de toute &eacute;vidence&nbsp;issues d&rsquo;un&nbsp;milieu naturel, qu&rsquo;elles n&rsquo;&eacute;taient ni contextualis&eacute;es, ni document&eacute;es et doncnon&nbsp;reconnues, elles sont pass&eacute;es inaper&ccedil;ues. On trouve tout de m&ecirc;me des amorces de collections en pal&eacute;oanthropologie qui permettraient probablement&nbsp;de confirmer ce type de ph&eacute;nom&egrave;nes.<br /><br /><strong>Vous convoquez donc&nbsp;un&nbsp;grand nombre d'artistes marquants. Est-ce une fa&ccedil;on de leur rendre hommage ou plut&ocirc;t de relire de fa&ccedil;on post-moderne leur oeuvre ?</strong><br />Quand j'ai commenc&eacute; &agrave; faire des r&eacute;f&eacute;rences &agrave; Mondrian, je m'int&eacute;ressais bien s&ucirc;r &agrave; son travail mais bien plus &agrave; une image qui aurait &eacute;t&eacute; le&nbsp;symbole du modernisme.&nbsp;Convoquer certains artistes m'est vite apparu comme une n&eacute;cessit&eacute; pour&nbsp;op&eacute;rer&nbsp;un constat de fin de si&egrave;cle. &nbsp;L'id&eacute;e de modernit&eacute; lanc&eacute;e par les avant-gardes consistait principalement &agrave; placer les artistes au centre&nbsp;de l'industrie. Il s'agissait donc de cr&eacute;er&nbsp;un art total et de l&rsquo;appliquer&nbsp;&agrave; tous les objets. Au m&ecirc;me moment Marcel Duchamp faisait&nbsp;le geste inverse en prenant un objet issu de l'industrie pour le d&eacute;placer dans le champ de l'art. Il s'agit donc d'un croisement irr&eacute;solu de deux modes de pens&eacute;e et de production, tant d'un point de vue conceptuel, industriel et peut-&ecirc;tre&nbsp;m&ecirc;me religieux. J'effectue donc plus un travail de r&eacute;flexion sur les avant-gardes que de citation.<br /><br /><strong>Ainsi, vous brouillez histoire de l'art et "art m&eacute;nager", par exemple avec une pi&egrave;ce comme la s&eacute;rie des <em><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/db_stanley.jpg" title="">Drum &amp; Bass</a></em>&nbsp;qui int&egrave;grent &agrave; la grille orthogonale propre aux toiles&nbsp;<em><a href="http://www.nationetrepublique.fr/IMG/jpg/broadway.jpg" target="_blank" title="">Boogie Woogie</a></em>&nbsp;de Mondrian des objets extraits du quotidien. Est-ce une fa&ccedil;on de donner une dimension critique &agrave; votre travail ?</strong><br />Je n'ai pas de discours pr&eacute;cis au sujet de la surproduction des objets. Je m'int&eacute;resse beaucoup au design produit, c'est-&agrave;-dire &eacute;dit&eacute;. Il est vrai que je trouve les objets qui ne font pas sens &laquo;&nbsp;encombrants&nbsp;&raquo;. Les strat&eacute;gies &eacute;conomiques actuelles ne basent plus rien sur les qualit&eacute;s esth&eacute;tiques des objets. A la base, le fait de travailler avec des objets usuels &eacute;tait plut&ocirc;t une volont&eacute; d'agir avec ce qui &eacute;tait disponible. Le dipl&ocirc;me que j'ai pass&eacute; aux Beaux-Arts de Bourges &eacute;tait constitu&eacute; d'objets que je pouvais trouver dans un p&eacute;rim&egrave;tre extr&ecirc;mement limit&eacute;, c'est-&agrave;-dire le supermarch&eacute; d'en face&nbsp;! Il y avait des sacs plastiques, <a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/arc-assiette.jpg" title="">des assiettes</a> dont j'utilisais les motifs concentriques pour occuper la totalit&eacute; de l'espace... C'&eacute;tait une fa&ccedil;on de se demander&nbsp;comment faire avec ce que j&rsquo;avais &agrave; ma port&eacute;e, mais aussi comment d&eacute;velopper et occuper un espace&nbsp;dans une &eacute;conomie tr&egrave;s r&eacute;duite.&nbsp;Lorsque j'ai obtenu mon dipl&ocirc;me, l'ensemble des objets utilis&eacute;s tenait dans un tout petit carton. J'ai ensuite d&eacute;pass&eacute; ces questionnements en disposant d'autres moyens et&nbsp;d&rsquo;autres&nbsp;m&eacute;thodes de travail, mais cette fa&ccedil;on de penser l'objet et son &eacute;conomie reste pour moi toujours la m&ecirc;me.<br /><br /><strong>C'est donc moins un travail de critique qu'un travail d'adaptation ? Je pense par exemple &agrave;&nbsp;<em><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/mercier_untitledbanc.jpg" title="">Sans titre (banc)</a></em>, l'oeuvre sur laquelle nous sommes assis et qui est faite avec la m&ecirc;me moquette que celle recouvrant le sol ?</strong><br />Cette &oelig;uvre l&agrave; est un peu particuli&egrave;re, car elle est construite d'apr&egrave;s un&nbsp;style g&eacute;om&eacute;trique&nbsp;des ann&eacute;es cinquante. Elle est compos&eacute;e de deux rouleaux de 40 cm (pour l'assise) et de 30 cm (pour l'appui). L'id&eacute;e est de poser cette structure quelque part et d'adapter ses rouleaux &agrave; ce qui l'environne. Ici &agrave; la FIAC, j&rsquo;ai repris la moquette&nbsp;des&nbsp;stands.&nbsp;Sinon c'est &agrave; l'acqu&eacute;reur de choisir le rev&ecirc;tement&nbsp;et&nbsp;de cr&eacute;er une situation de dialogue ou de contradiction avec l&rsquo;environnement du banc: rouleaux de canalisation en for&ecirc;t,&nbsp;et inversement&nbsp;troncs d'arbres dans un espace urbain.<br /><br /><strong>Les mat&eacute;riaux issus de la vie quotidienne semblent avoir une importance majeure dans votre travail (fils &eacute;lectriques, plantes vertes, emballages, casques de motard, etc). Comment renouvelez-vous le genre du ready-made ?</strong><br />Comment je le renouvelle&nbsp;? Avec des bananes ! (NDLR&nbsp;: voir l'oeuvre <em><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/_mg_8229.jpg" title="">Sans titre (bananes)</a></em>, 2011, expos&eacute;e &agrave; la FIAC et compos&eacute;e de bananes et d'un socle sur lequel est imprim&eacute;e une charte photographique Kodak) Il s'agit de cr&eacute;er un &eacute;change entre le r&eacute;el et le&nbsp;graphisme&nbsp;d&rsquo;un&nbsp;instrument de mesure distordu. Ici,&nbsp;Les bananes sont mises en relation avec une charte Kodak incurv&eacute;e, l&agrave;&nbsp;les assiettes avec un planisph&egrave;re d&eacute;coup&eacute; de fa&ccedil;on un peu particuli&egrave;re, et le vase avec un cercle chromatique compos&eacute; d'esp&egrave;ces de &laquo;&nbsp;p&eacute;tales&nbsp;&raquo; de couleurs dont certaines parties ont &eacute;t&eacute; retir&eacute;es&nbsp;de la surface d'impression.&nbsp;Duchamp disait qu'il fallait&nbsp;limiter les ready-made. Il a tout de suite eu conscience que l'on pouvait en abuser et tomber dans quelque chose d'inint&eacute;ressant, tout en affirmant par ailleurs qu'il avait choisi ses propres ready-made avec la plus compl&egrave;te indiff&eacute;rence. Cependant, on sent bien que prendre un urinoir est une provocation qui va au-del&agrave; de l&rsquo;esth&eacute;tique de&nbsp;l'objet pour s'int&eacute;resser &agrave; son usage premier ainsi qu'&agrave; sa forme. Il en est de m&ecirc;me pour son porte bouteille qui est tout de m&ecirc;me une pi&egrave;ce&nbsp;&eacute;tonnamment m&eacute;canique, ce qui n&rsquo;est pas anachronique dans le contexte surr&eacute;aliste et avant-gardiste&nbsp;d&rsquo;alors. Ces choix sont loin&nbsp;d&rsquo;&ecirc;tre faits&nbsp;dans l&rsquo;indiff&eacute;rence.<br /><br /><strong>Justement, comment choisissez vous les objets et les oeuvres que vous d&eacute;tournez ?<br /></strong>La banane a quelque chose d'industriel en soi, sa peau est un emballage attractif et efficace. Elle a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s utilis&eacute;e dans l'histoire de l'art, que ce soit dans les toiles de <a href="http://perlbal.hi-pi.com/blog-images/106498/gd/1251794791/Giorgio-de-Chirico-1888-1978.jpg" target="_blank" title="">Georgio de Chirico</a> ou d'<a href="http://bistroman.files.wordpress.com/2010/10/andy-warhol-banana-779459.jpg" target="_blank" title="">Andy Warhol</a>. Enfin, elle repr&eacute;sente l&rsquo;exotisme. Sa forme m&ecirc;me est un arch&eacute;type. Je fais donc preuve d'une grande pr&eacute;cision lorsque je s&eacute;lectionne les objets que je vais&nbsp;associer.<br /><br /><strong>Vos pi&egrave;ces sont souvent empreintes d'humour. Faut-il y voir une forme d'ironie grin&ccedil;ante ?</strong><br />Certains trouvent mes expositions tragiques. Personnellement, je crois qu'elles sont &agrave; la fois dr&ocirc;les et m&eacute;lancoliques.&nbsp;Mon travail est tr&egrave;s li&eacute; au temps et semble parfois d&eacute;sincarn&eacute;.&nbsp;Je ne consid&egrave;re le corps que par la pr&eacute;sence du spectateur qui active,&nbsp;tant par sa pens&eacute;e qu'avec ses d&eacute;placements,&nbsp;les oeuvres. Tous les rapports au vide dans mes expositions&nbsp;sont pens&eacute;s&nbsp;en fonction des d&eacute;ambulations des gens autour de mes pi&egrave;ces. Certains voient dans ce manque de repr&eacute;sentation du corps, ou plut&ocirc;t dans sa repr&eacute;sentation hypoth&eacute;tique, quelque chose d&rsquo;angoissant.<a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/lastdaybed_01.jpg" title="">&nbsp;<em>Last day bed</em>&nbsp;</a>est une sorte de st&egrave;le en marbre sur laquelle on peut s'asseoir ou s'allonger. Elle a&nbsp;certes une dimension fun&eacute;raire, mais on peut aussi s&rsquo;y attarder et y parler&nbsp;d&rsquo;amour. &nbsp;Cette &oelig;uvre est li&eacute;e &agrave; l'histoire des formes en marbre, qui sont loin d'&ecirc;tre toutes morbides. Le titre m&ecirc;me, <em>Last day bed</em>, renvoie bien s&ucirc;r &agrave; la statuaire fun&eacute;raire, mais aussi aux &laquo;&nbsp;daybeds&nbsp;&raquo;, ces meubles &agrave; mi-chemin entre le canap&eacute; et le lit que l'on trouvait beaucoup dans l'architecture moderniste. Ces diff&eacute;rentes id&eacute;es &eacute;voqu&eacute;es par les&nbsp;formes et les&nbsp;objets sont souvent l&agrave; sous nos yeux, sans que l&rsquo;on&nbsp;n&rsquo;y pr&ecirc;te attention. L'int&eacute;r&ecirc;t de l'art est de justement rendre ces choses un peu plus&nbsp;&eacute;videntes. Il permet de les concentrer pour nous faire lire les diff&eacute;rentes relations qu'entretiennent les objets entre eux d'une mani&egrave;re que l'on n'avait jamais envisag&eacute;e&nbsp;auparavant. &nbsp;<br /><br /><strong>En un sens, votre oeuvre, tr&egrave;s r&eacute;f&eacute;renc&eacute;e, est extr&ecirc;mement savante. Le spectateur lambda peut-il trouver des cl&eacute;s au sein m&ecirc;me de vos pi&egrave;ces pour les d&eacute;crypter ?</strong><br />Oui. Il suffit qu'il cherche &agrave; les d&eacute;crire. C'est la seule m&eacute;thode. Par la description des mat&eacute;riaux, de la taille des &oelig;uvres, mais en &eacute;prouvant aussi ce &agrave; quoi elle fait penser,&nbsp;on peut tout-&agrave;-fait r&eacute;ussir &agrave; la comprendre. C'est un exercice, certes. Il faut juste exercer son regard.<br /><br /><strong>Pouvez-vous me parler de l'oeuvre <em><a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/potence.jpg">Sans titre (potence)</a></em>, que vous exposerez en d&eacute;cembre &agrave; Monaco &agrave; la galerie Art &amp; Rapy et qui est compos&eacute;e de tuyaux qui s'entrecroisent &agrave; la fa&ccedil;on d'une potence d'o&ugrave; sort une ampoule ?</strong><br />C'est l'une des premi&egrave;res pi&egrave;ces que j'ai faite&nbsp;&agrave; Kyoto. Lorsque je suis arriv&eacute; au Japon, j'ai repris la m&eacute;thode de travail que j'utilisais aux Beaux-Arts. J'&eacute;tais dans un endroit&nbsp;dans lequel&nbsp;je n'avais aucun outil, o&ugrave; je me retrouvais comme au premier jour de ma relation &agrave; l'art apr&egrave;s mes &eacute;tudes. A Kyoto, j'ai&nbsp;ainsi&nbsp;tout naturellement fait le tour des magasins pour y trouver de quoi travailler. J'ai donc cr&eacute;&eacute; cette esp&egrave;ce de lampe-potence int&eacute;gralement compos&eacute;e de standards japonais. Cette premi&egrave;re pi&egrave;ce, en plus d'&eacute;clairer mon atelier, constituait la base de tout un travail &agrave; venir sur place. Je reconstituais un ancien protocole de travail en le m&ecirc;lant &agrave; mon environnement japonais et au mobilier. Au Japon, j'ai peu produit.&nbsp;Par contre, c'est l&agrave; que j'ai pr&eacute;par&eacute; toute mon exposition du&nbsp;Mus&eacute;e d'Art Moderne de la Ville de Paris et je crois que cette derni&egrave;re avait une dimension&nbsp;japonaise, m&ecirc;me si les pi&egrave;ces qui la constituaient ont toutes &eacute;t&eacute; produites &agrave; Berlin, &agrave; New York&nbsp;et &agrave;&nbsp;Paris. La relation entre les formes, mais aussi le rapport de volumes et de perspectives ausein des jardins japonais&nbsp;m&egrave;nent presque vers une autre dimension,et cela m&rsquo;a&nbsp;&eacute;norm&eacute;ment influenc&eacute;.<br /><br /><strong>Quelles diff&eacute;rences y a t-il entre vos accrochages en galeries, en institutions, ou en foire&nbsp;?&nbsp;<br /></strong>Le contexte de foire tel que celui&nbsp;con&ccedil;u par&nbsp;la <a href="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/fiac-2011.jpg" title="">FIAC</a>&nbsp;est assez difficile&nbsp;&agrave; appr&eacute;hender. Les stands sont faits de faux murs et rien n&rsquo;est vraiment&nbsp;optimis&eacute;&nbsp;pour montrer des &oelig;uvres. Il faut en &ecirc;tre conscientet en jouer. Personnellement, j&rsquo;essaie tout de m&ecirc;me de cr&eacute;er des relations entre les &oelig;uvres, de construire mentalement quelque chose, ind&eacute;pendamment de l&rsquo;acte d&rsquo;achat qui se trouve derri&egrave;re toute foire. La s&eacute;lection des pi&egrave;ces reste cependant d&eacute;termin&eacute;e par le fait que celles-ci&nbsp;soient&nbsp;encore disponibles &agrave; la vente, ce qui rend le travail d&rsquo;accrochage moins souple que pour une exposition classique.<br /><br /><strong>Quels sont vos projets ?</strong><br />Je pr&eacute;pare une exposition au <a href="http://www.credac.fr/" target="_blank" title="">CREDAC</a> &agrave; Ivry sur Seine qui aura lieu en janvier, puis une autre &agrave; la <a href="http://www.fondation-entreprise-ricard.com/" target="_blank" title="">Fondation Ricard</a>.<br /><br /><br /></div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div class="wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9464289_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/9464289_orig.jpg" alt="Picture" style="width:100%;max-width:1068px" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font color="#666666"><strong><font size="2">Mathieu Mercier</font></strong></font><br /><font color="#666666"><strong><font size="2">&nbsp;<br /></font></strong><font size="2"><em>- Out of Storage/ Provisoire &amp; D&eacute;finiti</em><em>f, </em>Timmerfabriek, Maastricht,&nbsp;</font></font><span style="color: rgb(102, 102, 102); font-size: small; ">25/06 - 18/12/11</span><br /><font color="#666666"><font size="2"><em>- Casser la baraque</em>, Galerie M&eacute;lanie Rio, Nantes,&nbsp;</font><span style="font-size: small; ">23/09 - 13/11/11</span><font size="2"><br /><em>- Antidote 7</em>, Galerie des Galeries, Galeries Lafayette, Paris, 06/10/11 - 07/01/12<br /><em>- Genius Loci, les collections photographiques de M. et Mme Fontfreyde, 1er &eacute;pisode : le laboratoire de Gustave</em>,&nbsp;</font><font size="2">H&ocirc;tel Fontfreyde &ndash; Centre photographique, Clermont-Ferrand, 06/10 - 26/11/11<br /><em>- Carte blanche &agrave; John M. Armleder, All of the above, </em>Palais de Tokyo, Paris, France, 18/10/11 - 01/01/12<br /><em>- Naked Nature</em>, Fondation Tuck, Ch&acirc;teau de Vert-Mont, Rueil-Malmaison, France, 11 - 12/11<br />- Solo show, CREDAC, Ivry, 20/01 - 25/03/12</font></font></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font size="1" color="#666666"><strong>Cr&eacute;dits images :</strong></font><br /><font size="1" color="#666666">01 / Mathieu Mercier photographi&eacute; par Jennifer Westjohn</font><br /><font size="1" color="#666666">02 / Vue d'ensemble, FIAC 2011, stand galerie Mehdi Chouakri, &copy; Mathieu Mercier / Courtesy galerie Mehdi Chouakri</font><br /><font size="1" color="#666666">&nbsp;&nbsp;</font><br /><font size="1" color="#666666">&nbsp;&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[ENTRETIEN AVEC PIERRE SOULAGES]]></title><link><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/10/entretien-avec-pierre-soulages.html]]></link><comments><![CDATA[http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/10/entretien-avec-pierre-soulages.html#comments]]></comments><pubDate>Sun, 16 Oct 2011 00:00:00 -0800</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.isabellegiovacchini.com/2/post/2011/10/entretien-avec-pierre-soulages.html</guid><description><![CDATA[ [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style=' float: left; z-index: 10; position: relative; ;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/6171271_orig.png?309' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/6171271.png?309" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 15px; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;"></div></span> <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: left; display: block; "><em style="">Seule sur la terrasse de sa villa &agrave; S&egrave;te, j&rsquo;attends <a href="http://www.pierre-soulages.com/" target="_blank" title="">Pierre Soulages</a>. Je relis mon questionnaire et suis un peu g&ecirc;n&eacute;e aux entournures : n&rsquo;a t-on pas d&eacute;j&agrave; &eacute;puis&eacute; toutes les questions au sujet de l&rsquo;&oelig;uvre de cet immense artiste ?</em><br />  <em style="">Un caf&eacute; plus tard, je le vois arriver. Il me salue et s'assoit sur la terrasse &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s, v&ecirc;tu de noir, fid&egrave;le &agrave; son personnage. Quelque chose arr&ecirc;te mon regard. Sur son T-shirt, une t&acirc;che de pigments se pose l&agrave;, blanche. Oui, Pierre Soulages, le peintre aux toiles "Outrenoires" pr&eacute;sent&eacute;es dans les plus grandes collections, l'artiste qui a multipli&eacute; expositions et r&eacute;trospectives sur ce th&egrave;me du noir, a sur lui une t&acirc;che blanche. Elle me surprend et me rassure &agrave; la fois. Elle me rappelle qu'Outrenoir, de m&ecirc;me que notre &eacute;change &agrave; venir, ne sont que des mots, et que si tout a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; dit sur la carri&egrave;re de cet artiste, il est encore possible de voir surgir, au d&eacute;tour d'une phrase, quelques lumineuses surprises. Je peux donc sortir mon magn&eacute;tophone et laisser les mots faire le reste.&nbsp;</em><br /><br /><br /><br /><strong style="">Trouvez-vous cela r&eacute;ducteur lorsque l'on parle de vous comme "le peintre du noir" ? Est-ce que vous avez invent&eacute; le terme "Outrenoir" pour faire table rase des a priori li&eacute;s &agrave; la couleur noire ?</strong><br />Le noir m'accompagne depuis que je suis n&eacute;, si j'ose dire, et les histoires &agrave; ce sujet abondent. Je me souviens par exemple d'un moment o&ugrave;, enfant, j'&eacute;tais en train de peindre. J'alignais des traits noirs sur un papier d'&eacute;colier. Me voyant faire, mes parents m'ont demand&eacute; ce que mon dessin repr&eacute;sentait. J'ai r&eacute;pondu "De la neige". &Ccedil;a a &eacute;videmment fait rire tout le monde. Je suppose que ce que je voulais faire, c'&eacute;tait rendre le papier plus blanc, par contraste avec le noir.&nbsp;<br />  Quand j'ai eu 18 ans, j'ai d&eacute;cid&eacute; qu'il n'y avait qu'une seule chose d'importante dans ma vie, c'&eacute;tait la peinture. J'ai abandonn&eacute; toutes mes autres activit&eacute;s (le rugby, les fouilles arch&eacute;ologiques, l'aviation&hellip;) pour "entrer en peinture". D&egrave;s le d&eacute;but, j'ai peint des choses o&ugrave; le noir &eacute;tait dominant. M&ecirc;me s'il accompagnait d'autres couleurs, il &eacute;tait l&agrave; pour les m&ecirc;mes raisons que dans ce dessin d'enfant. Quand j'ai expos&eacute; pour la premi&egrave;re fois en 1947, j'utilisais le noir pour illuminer les couleurs sombres.&nbsp;<br />  Lorsque j'ai invent&eacute; ce mot "Outrenoir", c'&eacute;tait simplement pour dire que le noir n'&eacute;tait plus noir. J'avais une exposition dont le titre &eacute;tait "Noir lumi&egrave;re", en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la lumi&egrave;re r&eacute;fl&eacute;chie et transform&eacute;e par les &eacute;tats de surface du noir que j'utilisais. Cette d&eacute;finition de "Noir lumi&egrave;re" m'aga&ccedil;ait car cela demeurait une appellation optique, et pour moi tout cela n'&eacute;tait pas une question d'optique. J'ai donc invent&eacute; "Outrenoir" (qui maintenant figure m&ecirc;me dans le dictionnaire du CNRS !) pour signifier autre chose que le ph&eacute;nom&egrave;ne optique et d&eacute;signer le champ mental atteint par le reflet de la lumi&egrave;re sur le noir.<br /><br />        <strong style="">Que pensez-vous maintenant de vos toiles d'avant votre p&eacute;riode "Outrenoire", c'est-&agrave;-dire d'avant 1979 ? Pourriez-vous nous dire comment a depuis &eacute;volu&eacute; ce concept d'Outrenoir ?&nbsp;</strong><br />Pour bien comprendre ma d&eacute;marche, je ne pars jamais de th&eacute;orie. Je peins. Je peins parce que j'aime peindre et j'y trouve de l'int&eacute;r&ecirc;t. Je rencontre souvent dans la peinture ce que je n'attends pas. J'ai toujours dit d&egrave;s le d&eacute;but que "c'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche". Je pr&eacute;f&egrave;re cette expression &agrave; ce terme "Outrenoir" qui est toujours employ&eacute; pour me citer. Mais l'Outrenoir, puisqu'il faut bien l'appeler comme &ccedil;a maintenant, est arriv&eacute; de mani&egrave;re accidentelle, comme tout ce que je fais d'ailleurs, comme l'abstraction par exemple. Enfant, j'aimais peindre des arbres sans feuilles, l'hiver, noirs sur fonds clairs. Je m'y int&eacute;ressais pour les qualit&eacute;s physionomiques des formes des arbres. C'est toujours ainsi que j'ai consid&eacute;r&eacute; la peinture. La peinture Outrenoire est arriv&eacute;e un jour o&ugrave; j'avais recouvert la totalit&eacute; de ma toile avec du noir, et o&ugrave; je croyais que j'&eacute;tais en train de me "noyer". Comme je me noyais, que je pataugeais dans ce noir depuis des heures, je me suis arr&ecirc;t&eacute; et j'ai r&eacute;fl&eacute;chi. Je me suis dit que je n'&eacute;tais pas masochiste, et que si je travaillais depuis des heures &agrave; quelque chose que je croyais mauvais, c'est qu'il y avait quelque chose de beaucoup plus fort en moi qui me poussait &agrave; continuer. Je ne savais plus o&ugrave; j'en &eacute;tais, alors je suis all&eacute; dormir. En me r&eacute;veillant je suis all&eacute; voir ce que j'avais fait et j'ai compris &agrave; ce moment-l&agrave; que je ne travaillais plus avec du noir, mais avec la lumi&egrave;re r&eacute;fl&eacute;chie par ce noir et que cette lumi&egrave;re allait loin en moi. L'Outrenoir, c'&eacute;tait donc le champ mental atteint par cet accident. C'est comme &ccedil;a qu'a commenc&eacute; cette aventure qui date de plus de trente ans et que je continue, car j'y trouve toujours des choses qui m'int&eacute;ressent, qui m'interrogent, qui s'ouvrent &agrave; moi. Si on regarde de loin, on peut se dire que ma peinture est toujours faite de noir, alors que si l'on regarde un peu mieux, on s'aper&ccedil;oit qu'elle a beaucoup chang&eacute;. Cela ne m'emp&ecirc;che pas de me reconna&icirc;tre encore tout &agrave; fait dans les toiles datant d'avant l'Outrenoir.<br /><br />      <strong style="">Lorsque vous parlez de votre technique picturale et du choix de vos outils, vous dites "proc&eacute;der a contrario de ce qui se fait d'habitude". Pouvez-vous nous parler de ce processus et de son &eacute;volution au fil des ann&eacute;es ?</strong><br />Les outils sont cr&eacute;&eacute;s toujours en fonction de ce qu'ils doivent produire et que l'on conna&icirc;t d&eacute;j&agrave;. Personnellement, ils ne m'int&eacute;ressent que dans la mesure o&ugrave; ils d&eacute;bouchent sur ce pour quoi ils ne sont pas faits. Parfois le r&eacute;sultat que j'obtiens est sans int&eacute;r&ecirc;t, mais souvent, cela r&eacute;v&egrave;le des choses bien plus int&eacute;ressantes que ce que j'aurais pu en attendre.&nbsp;<br />  La premi&egrave;re fois que j'ai pris un outil "&agrave; rebrousse-poil", c'&eacute;tait un bout de carton. Je n'arrivais pas &agrave; produire quelque chose qui m'int&eacute;ressait avec mes outils habituels, et pourtant je sentais ce que je voulais, alors j'ai pris un morceau de carton d&eacute;chir&eacute;, et &ccedil;a a produit ce que je cherchais. &Agrave; partir de l&agrave;, je me suis fabriqu&eacute; des outils qui ressemblaient &agrave; ce bout de carton et qui ont &eacute;volu&eacute; au fil de ma pratique.<br />  Ce qui d&eacute;finit l'artisanat, c'est le travail de la mati&egrave;re. J'ai tr&egrave;s vite pris de la distance vis-&agrave;-vis des outils parce que je suis n&eacute; &agrave; Rodez, dans une rue d'artisans. Ceux de ma rue travaillaient le fer, le bois, le tissu et le cuir. Le charpentier travaillait avec trois outils, alors que le tonnelier en avait une centaine. J'ai tr&egrave;s vite compris qu'il y avait une chose fondamentalement diff&eacute;rente entre ce que j'&eacute;tais et l'artisan. Ce dernier conna&icirc;t tr&egrave;s bien l'objet qu'il va produire, il sait comment et par quoi y arriver. Moi, je ne connaissais ni le quoi, ni le comment ! C'&eacute;tait deux choses qui me diff&eacute;renciaient profond&eacute;ment. &Ccedil;a, je l'ai compris tr&egrave;s jeune. Je me suis naturellement senti du c&ocirc;t&eacute; de l'artiste et non du c&ocirc;t&eacute; de l'artisan. &nbsp;<br /><br />      <strong style="">Quelle diff&eacute;rence faites-vous entre votre fa&ccedil;on tautologique de nommer vos &oelig;uvres (<em>Peinture</em> pour les peintures, <em>Polyptyque</em>&nbsp;pour les polyptyques) et le traditionnel <em>Sans titre</em>&nbsp;?</strong><br />Ce n'est pas si tautologique que &ccedil;a. En 1947, je ne voulais pas qu'on photographie mes toiles. Mes camarades de l'&eacute;poque me disaient que c'&eacute;tait de la folie, qu'avec la peinture que je faisais, &ccedil;a se retournerait contre moi. J'ai donc d&ucirc; accepter la photographie &agrave; ce moment-l&agrave;, et j'ai bien fait. Une photographie d'&oelig;uvre d'art, premi&egrave;rement c'est une r&eacute;duction, donc &ccedil;a impose &agrave; celui qui pr&eacute;sente cette photo comme le t&eacute;moignage de l'objet qu'est la peinture des pr&eacute;cisions : par exemple la dimension. Ensuite, si sur une m&ecirc;me photo l'on voit trois toiles r&eacute;unies, il faut donc pr&eacute;ciser que c'est un polyptyque, alors je mets "polyptyque", et j'ajoute les dimensions et la technique, donc je mets "peinture" ou "gouache". Ce n'est donc pas une r&eacute;p&eacute;tition, mais plut&ocirc;t une pr&eacute;cision. Ce n'est pas un titre mais une mani&egrave;re de d&eacute;signer. Le titre m'a toujours ennuy&eacute;, parce qu'il renvoie &agrave; ce pour quoi la peinture a &eacute;t&eacute; faite et d&eacute;j&agrave; il cr&eacute;e une absence de l'objet que l'on a devant soi, alors que ce qui m'int&eacute;resse, c'est le contraire, c'est la pr&eacute;sence. Quand &eacute;tudiant on me parlait de perspective et de la mani&egrave;re dont la peinture avait fait un "progr&egrave;s" en donnant l'illusion de la profondeur, j'&eacute;tais r&eacute;volt&eacute;. Ils veulent nous faire prendre l'illusion pour l'art ? L'art, ce n'est pas de l'illusion, bien au contraire ; l'art, c'est de la pr&eacute;sence.&nbsp;D&egrave;s que j'ai mis en doute vers 15 ans cette id&eacute;e d'illusion comme progr&egrave;s dans l'art, je me suis int&eacute;ress&eacute; &agrave; la peinture pr&eacute;historique et je suis parti avec un arch&eacute;ologue faire des fouilles ! Dans le catalogue de mon exposition qui a eu lieu au Centre Pompidou, on peut d'ailleurs voir une photo de moi au-dessus d'un&nbsp;aven<em>&nbsp;[NDLR : gouffre g&eacute;ologique]</em>&nbsp;que je venais de fouiller. En effet,&nbsp;l'homme est le seul &ecirc;tre vivant qui peigne, et ce depuis la pr&eacute;histoire. Ca m&eacute;rite r&eacute;flexion. Non seulement il peint, mais en plus il descend dans le centre de la terre, dans le noir absolu des grottes, pour peindre avec du charbon noir ! C'est tout de m&ecirc;me tr&egrave;s troublant. J'ai donc &eacute;crit un jour que le noir &eacute;tait notre couleur d'origine. Quand on parle d'un nouveau-n&eacute;, on dit "il a vu le jour telle date". Avant &ccedil;a, que voyait-il ? Le noir !&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Cela fait plus de 40 ans que l'on vous consacre des expositions r&eacute;trospectives &agrave; travers le monde. C'est assez dr&ocirc;le, on pourrait imaginer une r&eacute;trospective de toutes vos r&eacute;trospective. Comment concevriez-vous une telle exposition ?&nbsp;</strong><br />  &Ccedil;a serait assez dr&ocirc;le de voir une r&eacute;trospective des r&eacute;trospectives ! Je ne vois pas comment je pourrais r&eacute;aliser ceci, mais &ccedil;a m'amuserait beaucoup, de voir la premi&egrave;re, les autres, puis celles que j'ai vraiment con&ccedil;ues moi-m&ecirc;me par la suite. Ma premi&egrave;re r&eacute;trospective m'a r&eacute;v&eacute;l&eacute; des choses sur moi-m&ecirc;me que j'ignorais totalement. Elle &eacute;tait con&ccedil;ue par Werner Schmalenbach, un grand conservateur de mus&eacute;e allemand. Lors de ce premier accrochage, je me suis aper&ccedil;u que les id&eacute;es que je me faisais sur ce que j'avais fait n'&eacute;taient pas les bonnes ! Un accrochage fait par un autre &oelig;il que le mien me r&eacute;v&eacute;lait beaucoup de nouvelles choses. L'accrochage est un exercice int&eacute;ressant : c'est toujours une mani&egrave;re de mettre les tableaux les uns &agrave; c&ocirc;t&eacute; des autres. Une lin&eacute;arit&eacute; s'&eacute;tablit brusquement et elle &eacute;met un sens qui appartient &agrave; celui qui a con&ccedil;u cet accrochage. Cela ne me d&eacute;range pas, mais c'est diff&eacute;rent du sens qu'un autre &oelig;il pourrait voir dans ma peinture. C'est ce qui m'a d'ailleurs pouss&eacute; &agrave; faire moi-m&ecirc;me un premier accrochage diff&eacute;rent. C'&eacute;tait au <a href="http://prv.mfah.org/archives/search.asp?par1=3&amp;showid=1036&amp;extitle=&amp;exartist=pierre+soulages&amp;syear=&amp;eyear=&amp;cPg=1" target="_blank" title=""><font color="#000000">Museum of Fine Arts de Houston</font></a>, au Texas, dans un b&acirc;timent con&ccedil;u par Ludwig Mies Van Der Rohe : un immense espace tr&egrave;s haut de plafond, mais tr&egrave;s large aussi. Il aurait &eacute;t&eacute; n&eacute;cessaire de construire des cimaises pour y faire tenir un accrochage lin&eacute;aire. &Ccedil;a me paraissait inconcevable. Gr&acirc;ce &agrave; ce lieu, une id&eacute;e s'est impos&eacute;e &agrave; moi, celle de suspendre mes tableaux entre le sol et le plafond, sans cimaises. Il y avait donc une rang&eacute;e de tableaux au premier plan, puis une autre rang&eacute;e de tableaux au second plan, et enfin une troisi&egrave;me rang&eacute;e de tableaux au troisi&egrave;me plan. Je me suis aper&ccedil;u que quand on &eacute;tait devant un tableau du premier plan, on pouvait, suivant l'endroit et l'angle dans lesquels on se trouvait, le confronter avec n'importe quel tableau du deuxi&egrave;me ou troisi&egrave;me plan. Par cons&eacute;quent, le spectateur &eacute;tait libre de construire sa propre lecture, sa propre "lin&eacute;arit&eacute;" en quelque sorte, m&ecirc;me si celle-ci &eacute;tait &eacute;clat&eacute;e. &Ccedil;a n'&eacute;tait pas une d&eacute;cision pr&eacute;m&eacute;dit&eacute;e, ou en r&eacute;action aux accrochages lin&eacute;aires que les autres avaient pu faire de mon travail. J'ai toujours voulu laisser le spectateur libre de ce qu'il pense. En 1948, j'ai &eacute;crit dans un catalogue qu'une peinture &eacute;tait une organisation de formes et de couleurs, ce que tout le monde sait, mais j'ai ajout&eacute; "sur laquelle viennent se faire et se d&eacute;faire les sens qu'on lui pr&ecirc;te", induisant par l&agrave; qu'une &oelig;uvre reste ouverte et que son sens appartient &agrave; celui qui la regarde et pas seulement &agrave; celui qui l'a peinte. Au m&ecirc;me moment, j'&eacute;crivais que la r&eacute;alit&eacute; d'une &oelig;uvre, c'est le triple rapport qu'il y a entre la "chose" qu'elle est (pas le "signe", mais bien la "chose"), celui qui l&rsquo;a faite et celui qui la regarde. Comme celui qui la regarde change, sa r&eacute;alit&eacute; change aussi. J'ai abouti &agrave; cette conclusion en r&eacute;fl&eacute;chisant &agrave; la fa&ccedil;on dont on regarde les &oelig;uvres du pass&eacute;. L'art roman, par exemple, est tr&egrave;s appr&eacute;ci&eacute; &agrave; notre &eacute;poque. Cherchez un texte du XVIe ou du XVIIe si&egrave;cle sur l'art roman : il n'y en a pas. Ils avaient des &eacute;glises romanes sous les yeux, mais ils ne les voyaient pas. Si on les regarde &agrave; nouveau, c'est donc que le troisi&egrave;me terme, le regard du spectateur, a chang&eacute;.<br /><br />      <strong style="">Vous avez r&eacute;alis&eacute; entre 1987 et 1994 les vitraux de la basilique de Conques, dans l'Aveyron. Comment en &ecirc;tes vous venu &agrave; vous int&eacute;resser au vitrail ?</strong><br />Si j'ai fait des <a href="http://www.panoramio.com/photo/53351502" target="_blank" title="">vitraux &agrave; Conques</a>, c'est parce qu'on me l'a demand&eacute;, alors que j'avais refus&eacute; d'en faire ailleurs. J'en ai fait un auparavant, pour un mus&eacute;e &agrave; Aix la Chapelle, mais je ne l&rsquo;aime pas. C&rsquo;est juste une peinture vue par transparence, cela n'a pas d'int&eacute;r&ecirc;t pour moi.&nbsp;<br />  La <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbatiale_Sainte-Foy_de_Conques" target="_blank" title="">basilique de Conques</a> a &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue en fonction de la lumi&egrave;re, personne ne peut en disconvenir, et cette lumi&egrave;re a &eacute;t&eacute; organis&eacute;e par les mesures m&ecirc;me de l'&eacute;difice. Quand on entre dans l'abbatiale, dans la nef, au Nord, on a des fen&ecirc;tres basses et &eacute;troites. Leur faisant face, au Sud, il y a des fen&ecirc;tres larges et ouvertes. C'est &eacute;trange, car contradictoire, le Nord &eacute;tant d&eacute;j&agrave; obscur ! Quand on avance dans la nef, on arrive au transept, on trouve un pignon Nord et un pignon Sud. Et l&agrave;, c'est l'inverse. Les fen&ecirc;tres du pignon Nord ont la m&ecirc;me hauteur que celles du pignon Sud, mais elles sont deux fois plus larges. Il est donc visible que la lumi&egrave;re a &eacute;t&eacute; organis&eacute;e. Elle est de ce fait tr&egrave;s particuli&egrave;re et je n'ai pas voulu la modifier. Par ailleurs il y a des couleurs de pierres tr&egrave;s belles &agrave; Conques : jaune, rouge, et un schiste l&eacute;g&egrave;rement bleut&eacute;. Je ne voulais pas changer ces couleurs-l&agrave;, non plus. Je suis parti de l'id&eacute;e d'un verre qui ne modifie pas les couleurs. J'ai donc cherch&eacute; un verre incolore, non pas transparent mais translucide.<br /><br />      <strong style="">Les verres habituellement utilis&eacute;s pour r&eacute;aliser des vitraux ne vous ayant pas donn&eacute; satisfaction, vous d&eacute;cidez d'inventer votre propre mat&eacute;riau. Apr&egrave;s 800 essais, cela a donn&eacute; <a href="http://a34.idata.over-blog.com/0/44/33/56/peinture/detail-d--un-vitrail-de-l--abbatiale-de-conques--photographie----pascal-piskiewicz.jpg" target="_blank" title="">ce verre incolore, irr&eacute;gulier, translucide non pas en surface, mais r&eacute;ellement dans la masse</a>. Comment vous avez proc&eacute;d&eacute; pour r&eacute;aliser ce verre qui semble presque poreux, et comment avez-vous exploit&eacute; ses propri&eacute;t&eacute;s ?</strong><br />Je voulais trois choses : qu'on ne voit pas &agrave; l'ext&eacute;rieur pour concentrer le regard sur la beaut&eacute; int&eacute;rieure de l'espace architectural, que ce soit d'un point de vue religieux ou esth&eacute;tique ; je voulais aussi "continuer" les murs, que les fen&ecirc;tres n'apparaissent pas comme &eacute;trang&egrave;res, que ce ne soit pas des trous o&ugrave; l'on voit ailleurs ou qui apportent autre chose, mais qu'elles prolongent les murs ; enfin, je voulais que le verre soit un &eacute;metteur de clart&eacute; plut&ocirc;t qu'un transmetteur. Partant de ces id&eacute;es, je me suis lanc&eacute; &agrave; l'aventure. J'ai cherch&eacute; un verre qui pouvait correspondre &agrave; tout &ccedil;a, et tout ce qu'on me proposait en France, en Allemagne, en Italie, en Am&eacute;rique ou en Angleterre, ne me satisfaisait pas. Je me suis donc rendu au <a href="http://www.cirva.fr/accueil.html" target="_blank" title="">CIRVA</a>&nbsp;&agrave; Marseille&nbsp;<em style="">[NDLR : Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques]&nbsp;</em>pour voir s'il &eacute;tait possible que je fasse mon verre moi-m&ecirc;me. L&agrave;, j'ai r&eacute;ellement d&eacute;couvert ce qui &eacute;tait possible, m&ecirc;me si je n'ai pas r&eacute;ussi &agrave; y cr&eacute;er mon verre. J'ai eu la chance ensuite de rencontrer au CIRVA le directeur scientifique de Saint-Gobain, qui m'a invit&eacute; &agrave; y continuer mes recherches. J'ai donc enfin mis un verre au point, assist&eacute; d'ing&eacute;nieurs et d'ouvriers. Comme il fallait des fours tr&egrave;s particuliers pour produire ce verre, c&rsquo;est en Allemagne qu&rsquo;on les a trouv&eacute;, J&rsquo;avais mis au point ces verres &agrave; tranlucidit&eacute; modul&eacute;e &agrave; Saint-Gobain et c&rsquo;est seulement la production qui a eu lieu sous mon controle en Allemagne, Le verre a ensuite &eacute;t&eacute; d&eacute;coup&eacute; et mis en place par Jean-Dominique Fleury qui a r&eacute;alis&eacute; l&rsquo;ensemble des 104 vitraux. Au lieu de juger le verre vu au travers de la lumi&egrave;re du jour, j'ai sugg&eacute;r&eacute; que&nbsp; le d&eacute;coupage et l&rsquo;assemblage se fasse sur une surface noire. Quand le verre est pos&eacute; sur du noir, on voit le n&eacute;gatif de ce qui se verra une fois de l'autre c&ocirc;t&eacute; du vitrail, de l'ext&eacute;rieur. Le travail que j'ai fait &agrave; Conques a d&eacute;bouch&eacute; sur ce que je n'attendais pas. Je suis parti avec une volont&eacute; de modulation de la lumi&egrave;re, et finalement, avec un verre incolore, j'ai rencontr&eacute; le chromatisme. Quand la lumi&egrave;re passe &agrave; certains endroits du m&ecirc;me morceau de verre, elle est bleut&eacute;e comme la lumi&egrave;re du jour, et l&agrave; o&ugrave; elle passe moins le bleu dispara&icirc;t et appara&icirc;t un ton plus chaud. Cela est d&ucirc; aux variations de translucidit&eacute; de mon verre. G&eacute;n&eacute;ralement, vus de l'ext&eacute;rieur, m&ecirc;me les plus beaux vitraux deviennent des surfaces noir&acirc;tres, alors qu'&agrave; Conques, j'ai r&eacute;alis&eacute; que mes vitraux restaient des surfaces color&eacute;es. Ce que l'on y voit, ce sont les couleurs de la lumi&egrave;re qui s'&eacute;tend sur l'architecture, sur les pierres. Par cons&eacute;quent, l'&eacute;difice et les vitraux sont toujours en harmonie, en accord.&nbsp; Ces vitraux m'ont engag&eacute; dans une voie qui &eacute;tait inattendue et, je crois, inexplor&eacute;e, car g&eacute;n&eacute;ralement quand on propose &agrave; un artiste de faire des vitraux, on lui demande surtout de faire des projets, c&rsquo;est-&agrave; dire des aquarelles, des gouaches. Ensuite c'est au verrier de les interpr&eacute;ter avec du verre, de fa&ccedil;on parfois g&eacute;niale. Mais dans mon cas, je voulais autre chose. Je suis parti &agrave; la recherche d'une lumi&egrave;re directement avec le mat&eacute;riau qui servirait &agrave; la produire. Il n'y a pas eu l'interpr&eacute;tation d&rsquo;un projet pictural avec du verre.&nbsp;<br /><br />      <strong style="">Cette exp&eacute;rience du vitrail a t-elle ensuite modifi&eacute; votre fa&ccedil;on d'aborder le m&eacute;dium pictural ?</strong><br />Pas vraiment. Le travail du verre est un monde qui n'est pas comparable &agrave; celui de la peinture. Mais je l'ai d&eacute;couvert avec les m&ecirc;mes moyens qui m'ont fait aboutir &agrave; l'Outrenoir, c'est &agrave; dire, encore une fois, accidentellement. Avec le verre, j'ai rencontr&eacute; le chromatisme alors que je ne m'occupais initialement que de variations de translucidit&eacute;.<br /><br />      <strong style="">Avez-vous invent&eacute;, &agrave; la fa&ccedil;on du mot Outrenoir pour vos peintures, un terme pour qualifier votre vitraux ?</strong>  Non, mais je devrais peut-&ecirc;tre car j'ai invent&eacute; quelque chose. Il est partiellement en pierre, ce verre. Quand, &agrave; Marseille, j'ai d&eacute;couvert les possibilit&eacute;s qu'offrait le verre, un verrier m'a dit de faire attention, car en faisant ce que je faisais, je risquais de "d&eacute;vitrifier" le verre. "D&eacute;vitrifier", c'est &agrave; dire transformer le verre en pierre, le rendre opaque. Cette id&eacute;e de faire coexister dans le m&ecirc;me morceau des densit&eacute;s diff&eacute;rentes de verre et de pierre me semblait formidable, alors j'ai continu&eacute;. Je trouve beau que des vitraux soient en partie de la pierre, comme les murs qu'ils accompagnent. Pour en parler autrement : en cherchant &agrave; moduler la transmissibilit&eacute; de zones diff&eacute;rentes dans la m&ecirc;me plaque de verre &agrave; d&eacute;couper, j&rsquo;ai r&eacute;ussi &agrave; faire coexister les variations diff&eacute;rentes du verre amorphe et du verre cristallis&eacute;.<br /><br />      <strong style="">Pour les 800 ans de la cath&eacute;drale de Reims, le Mus&eacute;e des Beaux-Arts de Reims vous invite &agrave; participer &agrave; l'exposition <em><a href="http://www.ville-reims.fr/fileadmin/documents/Centre_de_presse/2011/CQ_MBA-Vitrail-credits_23-09-11.pdf" target="_blank" title="">Couleurs et lumi&egrave;re : Chagall, Sima, Knoebel, Soulages - Des ateliers d&rsquo;art sacr&eacute; au vitrail d&rsquo;artiste</a></em>, qui dresse un panorama de l'art du vitrail de la p&eacute;riode entre-deux guerres &agrave; nos jours. Qu'allez-vous pr&eacute;senter au sein de cette exposition ?</strong><br />&Agrave; Reims, je ne peux pas pr&eacute;senter les vitraux eux-m&ecirc;mes puisqu'ils sont sur place, &agrave; Conques. De plus, ils ont &eacute;t&eacute; con&ccedil;us sp&eacute;cifiquement pour ce lieu, et pour leur emplacement. Je mettrai donc des grandes photographies* des vitraux de Conques, vus de l'int&eacute;rieur, mais aussi vus de l'ext&eacute;rieur, o&ugrave; l'on voit de mani&egrave;re surprenante le verre qui devient de la m&ecirc;me couleur que les ardoises du toit, les pierres de la basilique. Je souhaite qu&rsquo;elles donnent aux visiteurs l&rsquo;envie d&rsquo;aller jusqu&rsquo;&agrave; Conques pour les voir.<br />&nbsp; &nbsp;<br />      <strong style="">Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?</strong>&nbsp;<br />La seule chose que je peux vous dire, c'est cette phrase de Jean De La Croix, ce grand po&egrave;te mystique : "Pour toute la beaut&eacute;, jamais je ne me perdrai, sauf pour un je-ne-sais-quoi qui s'atteint d'aventure". Je crois que c'est une parole des plus profondes, qui correspond &agrave; la cr&eacute;ation artistique telle que je la comprends. <br /><br /><font size="1">    * Photographies de Vincent Cunill&egrave;re.</font><br /><br />    </div> <hr  style=" clear: both; visibility: hidden; width: 100%; "></hr>  <div ><div style="text-align: left;"><a href='http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/7949120_orig.png?697' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="http://www.isabellegiovacchini.com/uploads/3/1/3/3/3133294/7949120.png?697" style="margin-top: 10px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0; margin-right: 0; border-width:0;" alt="Picture" class="galleryImageBorder" /></a><div style="display: block; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px;"></div></div></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:70%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 70%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><strong style=""><em style=""><font size="2" color="#666666">Couleurs et lumi&egrave;re : Chagall, Sima, Knoebel, Soulages&nbsp;</font></em></strong><br /><strong style=""><em style=""><font size="2" color="#666666">Des ateliers d&rsquo;art sacr&eacute; au vitrail d&rsquo;artiste</font></em></strong><br /><br /><font color="#666666" size="2">Du 15 octobre 2011 au 26 f&eacute;vrier 2012</font><br /><br /><font size="2" color="#666666"><strong><a href="http://www.ville-reims.fr/fr/culture/a-visiter/musee-des-beaux-arts/index.html" target="_blank">MUS&Eacute;E DES BEAUX ARTS</a><br /></strong>8 rue Chanzy - </font><font size="2" color="#666666">51100 REIMS</font></div>  <div ><div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 50%;"></div> <hr class="styled-hr" style="width:50%;"></hr> <div style="height: 20px; overflow: hidden; width: 50%;"></div></div>  <div  class="paragraph editable-text" style=" text-align: center; "><font color="#666666" size="1"><strong>Cr&eacute;dits images&nbsp;<br /></strong>Image 01 / <em>Peinture, 162 x 130 cm, 14 Avril 1979</em></font><br /><font color="#666666" size="1">Image 02 / <em>Peinture, 117 x 165 cm, 13 Mars 2008</em></font><br /><font color="#666666" size="1">&copy; Pierre Soulages<br /></font><font color="#666666" size="1">&nbsp;</font><br /><font color="#666666" size="1">&nbsp;</font></div>  ]]></content:encoded></item></channel></rss>

