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Depuis maintenant seize ans, la Collection Société Générale défend la création contemporaine. L’acquisition régulière d’œuvres est à la fois le centre névralgique de cette politique mécénale et le point de départ d’initiatives de collaboration, d’échanges et de sensibilisation à l’art. Ces acquisitions sont exposées au siège social de la Société Générale, situé à la Défense, introduisant, de ce fait, l’art contemporain au cœur de l’entreprise. Les occupants de l’immense bâtiment de trente-six étages côtoient donc quotidiennement des centaines d’œuvres d’artistes de tous horizons par l’entremise de visites, de conférences et d’accrochages. Ceux-ci sont pensés par de jeunes commissaires et critiques invités à s’emparer, quelques mois durant, de la mine d’or que représente ce fond privé d’art contemporain. Mais la Collection Société Générale voyage de plus en plus souvent loin de la Défense pour investir les centres d’art internationaux et régionaux sous la forme d’expositions où carte blanche est laissée aux conservateurs et commissaires des lieux. C’est actuellement le cas à Nice, puisque le Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain présente Mythologies urbaines, captivante exposition de photographies issues de la Collection. L’accrochage offre une relecture contemporaine des légendes, fantasmes et mythes fondateurs de nos civilisations, au travers de la vision d’artistes plasticiens et photographes tels que Kader Attia, Gilles Barbier, Éric Baudelaire, Marie Bovo, Alain Bublex, Victor Burgin, Edward Burtynsky, Stéphane Couturier, Luo Dan, Danica Dakic, Francesco Jodice, Xiang Liqing, Mathieu Pernot, Philippe Ramette, Georges Rousse, Thomas Ruff, Vivan Sundaram et Matej Andraz Vogrincic. Privilégiant la transversalité du regard, les curateurs Gilbert Perlein et Olivier Bergesi ont ainsi exploré un imaginaire citadin s’étendant, à la façon d’un vaste panorama, de l’Amérique du Nord à l’Asie en passant par l’Europe. En regard de l’exposition, le MAMAC présente l’œuvre de l’artiste américain Robert Longo, « Samuraï overdrive », acquise grâce à l’action mécénale de la Collection Société Générale. Ces deux évènements sont pour nous l’occasion d’interroger Hafida Guenfoud-Duval, directrice du mécénat de la Collection Société Générale, et Gilbert Perlein, conservateur en chef du MAMAC.


Entretien avec Hafida Guenfoud-Duval, directrice du mécénat, Collection Société Générale.

À quel moment et pourquoi la Société Générale a-t-elle décidé de constituer une collection d'art contemporain ?
La collection d'art contemporain Société Générale est née en 1995, à un moment symbolique pour l'entreprise : l'emménagement dans son nouveau siège à la Défense. La collection répondait à l'ambition de mettre en résonance le monde de l'art et celui de l'entreprise. Rapprochant artistes et collaborateurs, elle s'est ainsi déployée dans tous les espaces du siège. La collection s'est enrichie au fil des années de près de 350 œuvres originales et de 700 lithographies, éditions et sérigraphies, constituant l'un des plus importants ensembles d'art contemporain réunis par une banque en France.

La collection est accrochée dans les locaux de votre siège. Comment s’opèrent les interactions avec les salariés ? 
Toutes les œuvres sont exposées et font partie de l'univers quotidien des 15 000 collaborateurs du siège. Au-delà des accrochages, de nombreuses initiatives enrichissent les interactions entre l'art contemporain et les collaborateurs : des conférences mensuelles, des visites guidées de la collection, des expositions thématiques organisées par des commissaires indépendants, des vidéos pédagogiques présentant les œuvres sur le site de la collection, une Journée de l'Art organisée chaque année pour les collaborateurs… Les trois conférences mensuelles que nous organisons dans l'amphithéâtre du siège rencontrent un grand succès et affichent généralement complet. Les visites organisées sont également très appréciées. Nous les intensifions pour répondre à une demande toujours croissante.
À chaque fois que l’on modifie l’accrochage dans les espaces communs de notre siège, cela génère des discussions entre collaborateurs. Ils disent “j’aime”, ou “je n’aime pas”, mais ils sont rarement indifférents. À les voir ainsi s’arrêter pour regarder, prendre le temps de donner leur avis, j’ai déjà l’impression que nous avons remporté le  pari de les sensibiliser à l’art contemporain et de créer une relation avec les œuvres accrochées. J’observe d’ailleurs que l’art contemporain suscite davantage de réactions que l’art classique. En visitant une exposition de grands maîtres du patrimoine, personne ne va oser donner son avis, parler de son goût, car on est en quelque sorte face à des œuvres indiscutables. L’art contemporain, en revanche, interpelle.

Les œuvres  acquises peuvent-elles être revendues par la suite, ou bien votre objectif est-il de constituer un fonds pérenne, à la façon des FRAC par exemple ?
Nous ne sommes absolument pas dans une logique de revente et encore moins de spéculation, ce n’est pas du tout notre éthique. Les premières œuvres acquises il y a seize ans, un Zao Wou-Ki et un Soulages, ont pris de la valeur au fil des ans, mais il n’a jamais été question de les céder, comme d’ailleurs aucune autre pièce de la collection. Une telle initiative choquerait tout le monde et nous décrédibiliserait en tant que mécène. Nous sommes au contraire dans une démarche pérenne. C’est la continuité de notre politique de mécénat, avec un budget d'acquisition constant depuis plusieurs années, qui a permis de constituer au fil du temps une telle collection.
Nous sommes dans la même démarche pérenne avec la musique classique, qui est le second axe de notre politique de mécénat culturel. Nous soutenons la musique classique depuis 25 ans. Nous venons d’ailleurs de transformer l’une des salles du siège en lieu de répétition. Actuellement, un jeune quatuor, le quatuor Zaïde, vient y répéter tous les jours. Nous venons d’apprendre qu’il vient de remporter le premier prix d’un concours de musique classique organisé à Pékin, et nous sommes ravis ! De plus en plus, nous essayons d’établir des ponts entre art contemporain et musique classique. Nous invitons par exemple de jeunes musiciens à jouer en même temps que nous organisons certaines visites guidées de la collection. Ça crée des interactions vraiment intéressantes.

Quelles sont les lignes directrices de la collection de la Société Générale ?
La collection s’est structurée autour de trois axes. La peinture, tout d’abord, très majoritairement abstraite. Elle a constitué le fil conducteur initial, avec des artistes comme Soulages, Alechinsky, Olivier Debré, Zao Wou-ki, Aurélie Nemours… La sculpture, ensuite, autour de trois matériaux de prédilection que sont le fer, le bronze et la pierre. Elle  occupe également une place importante, avec des œuvres signées notamment Wang Du, Philippe Ramette, Karsten Konrad et Laurent Grasso. La photographie, enfin, en particulier sur les thèmes du paysage urbain et de la nature. Elle détient désormais, elle aussi, une part importante à travers des créations telles que celles de Stéphane Couturier, Thomas Ruff, Luo Dan, Alain Bublex ou Vik Muniz.
Notre volonté est de conjuguer des œuvres d’artistes à la renommée confirmée et des œuvres de nouveaux créateurs. Cette diversité s’est accentuée avec l’ouverture à de jeunes talents issus de scènes artistiques émergentes, en écho à l’internationalisation du Groupe. Un nouveau programme a ainsi été lancé ces dernières années (?) autour d’artistes issus d’Europe centrale (Hongrie, Bosnie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), du Moyen-Orient (Israël, Iran), d’Asie (Chine, Inde), du Brésil et d’Afrique du Sud.
Le mot qui me vient toujours à l’esprit pour parler du corpus que l’on constitue, c’est “éclectique”. Ce que j’aime dans cette collection, c’est qu’elle maintient un réel équilibre entre peinture, sculpture et photographie. Nous tenons à conserver ceci, même s’il serait beaucoup plus facile, à l’heure actuelle, de se tourner exclusivement vers la photographie qui est dans l’air du temps et attire beaucoup le public et les galeristes. L’éclectisme doit vraiment rester le mot d’ordre. Et si nous ne sommes pas encore allés vers la vidéo, c’est principalement pour des raisons de contraintes de sécurité dans les bâtiments. De plus, pour respecter le travail de chaque vidéaste, il faudrait des salles sombres, dédiées aux projections, ce qui serait bien sûr compliqué à gérer.

Quelle œuvre été acquise en premier par la collection ?
Une œuvre de Pierre Soulages. Elle a été acquise à l’initiative de Marc Viénot, qui était alors président de la Société Générale. Il a lancé, à l’époque, la construction des tours de la Société Générale à la Défense, et considéré que l’art contemporain y trouverait sa juste place, en reflétant l’esprit d’innovation et de créativité de l’entreprise. Malgré le temps, malgré les crises que nous avons traversées, nous avons gardé notre cap et tenu nos engagements de mécène.

Quelles sont les différentes actions mécénales de la Société Générale ?
Depuis plusieurs années, des œuvres de la collection sont régulièrement exposées dans des musées régionaux en France – expositions généralement associées à des actions de mécénat soutenant les musées d’accueil. Une démarche similaire a été engagée à l’international avec des expositions organisées dans des lieux comme le SMAK de Gand, le Musée d’art contemporain de Bucarest, le Musée Kampa de Prague ou la grande galerie de Sofia. Le 15e  anniversaire de la collection, en 2010, a aussi été l’occasion d’accroître sensiblement sa notoriété grâce à un partenariat inédit avec la FIAC et à trois expositions hors les murs, au CCC de Tours, au Musée des Beaux Arts de Nantes et au Palais des Beaux Arts de Lille.

La collection sera cette année aussi exposée à la FIAC. De quelle façon se traduira votre présence ?
L’an dernier, pour notre première collaboration avec la FIAC, nous ne voulions pas être présents avec un simple accrochage. Nous avons abordé cet évènement avec l’idée de sensibiliser le public au travail des artistes que nous soutenons, en lançant l’initiative « Un jour, une œuvre », c’est-à-dire une œuvre différente exposée tous les jours. À chaque fois, l’artiste était interviewé par l’un des membres de notre comité d’experts, de sorte que l’échange avec le public portait à la fois sur l’œuvre et son créateur. Comme l’accueil a été plus que favorable, nous avons décidé de réitérer cette action en 2011. Chaque jour à 18 heures, sur l’espace Société Générale, le public aura rendez-vous avec un artiste et une œuvre de la collection. Une signature de catalogue suivra ces rendez-vous. Cette année, nous avons invité Alain Bublex, Farah Atassi, Eva Nielsen et Renaud Auguste-Dormeuil. 

Il faut préciser aussi que l’accrochage de la collection à la Défense fait partie du parcours Off de la FIAC. La collection sera donc ouverte aux Amis de la collection et au public le temps de la foire.

Cet accrochage au siège de la Défense sera-t-il thématique ?
Oui, le thème sera l’utopie. Nous avons fait appel pour cet accrochage à Agnès Violeau, une jeune critique d’art que j’ai rencontré à l’occasion de l’exposition qu’elle présentait à l’Espace Louis-Vuitton. Elle est  par ailleurs cofondatrice de la revue annuelle d’art et de littérature « J’aime beaucoup ce que vous faites », elle a été co-commissaire de l’opération “Nuits parisiennes/Art Paris” en mars dernier, et collabore régulièrement avec la Fondation d’entreprise Ricard. J’ai beaucoup apprécié son travail et sa personnalité. Quand nous lui avons lancé cette invitation, elle a tout de suite accepté. Nous lui avons laissé carte blanche : elle a travaillé en binôme avec Angélique Aubert, qui est ma collaboratrice en charge de la collection, puis nous a proposé ce thème de l’utopie. Elle a assuré la totalité de l’accrochage, qui durera quatre mois. Elle va aussi organiser quatre visites guidées. Per Barclay, Jordi Colomer, Christophe Cuzin, Stéphane Dafflon, Luo Dan, Bertrand Lavier, Jalal Sepehr, Marjan Teeuwen mais aussi Pierre Soulages figurent parmi les artistes choisis par Agnès. 
Par ailleurs, nous travaillons déjà sur le prochain accrochage, l’idée étant d’en faire quatre par an, avec à chaque fois un commissaire différent, même si cela demande beaucoup d’efforts d’organisation car nous ne sommes pas un centre d’art mais une entreprise. Mais nous voulons vraiment faire de la collection une matière vivante.

Les nombreux artistes de la collection sont pour la plupart célèbres : Aurélie Nemours, Pierre Soulages, Andy Warhol, Bertrand Lavier, Sol Lewitt, mais aussi Kader Attia, Thomas Ruff, Valérie Jouve... Comment s'opère la sélection ? Faites-vous appel à des personnalités de l'art contemporain externes à la Société Générale ?
Jusqu’à ces derniers temps, le processus de sélection reposait principalement sur deux experts: Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des arts, et Martin Guesnet, spécialiste de l’art contemporain et directeur associé de la maison de vente aux enchères Artcurial. Tous deux proposaient une sélection d’œuvres  à notre comité d’acquisition, constitué de Frédéric Oudéa, président-directeur général du Groupe,  Séverin Cabannes, directeur général délégué, et Caroline Guillaumin, directrice de la Communication. Nous avons fait évoluer ce processus. Puisque l’objectif est de susciter une interaction entre la collection et les collaborateurs de la Société Générale, il fallait aussi les impliquer dans le choix des œuvres. Certains de nos collègues s’intéressaient réellement à l’art contemporain, en amateurs éclairés, au point de s’y investir à l’extérieur de l’entreprise. Cela m’a donné l’idée de créer des binômes salariés/experts, qui collaborent ensemble à la présélection des œuvres.
Nous avons élargi aussi notre comité d’acquisition à de nouveaux experts. Aux côtés de Guy Boyer et Martin Guesnet, nous avons fait appel à Régis Cotentin, commissaire d’exposition rattaché au Palais des Beaux-arts de Lille, qui représente une ouverture vers les pays européens. Nous avons aussi été rejoints par Sophie Gonzalez, présidente fondatrice de la société Artstorming. Elle anime toutes les conférences liées à la collection. Nous avons donc quatre experts, et suite à un appel à candidature en interne (qui a tout de même reçu une cinquantaine de candidatures !), nous les avons rapprochés de quatre de nos collaborateurs férus d’art contemporain. Ces binômes permettent ainsi de tramer des compétences en art complémentaires. Et puis, c’est l’expression de notre esprit d’équipe, qui est une valeur forte de la Société Générale, comme nous l’affirmons dans notre signature « développons ensemble l’esprit d’équipe ».
À l’issue du processus de sélection, une trentaine d’œuvres nouvelles enrichissent chaque année la collection. Nous renouvelons notre comité d’experts tous les deux ans et notre comité de collaborateurs tous les ans, afin de faire de notre instance de sélection un espace pleinement collaboratif, ouvert à tous les points de vue.


Quelle place accordez-vous à la jeune création ? Prenez vous des risques en misant sur des artistes inconnus mais dont vous appréciez le travail ?
De plus en plus. Lors du dernier comité de sélection, nous avons par exemple acheté des œuvres d’Eva Nielsen et Farah Atassi. Il faut souligner aussi que la collection s'ouvre de plus en plus aux jeunes talents issus de scènes artistiques émergentes, en écho à l'internationalisation de la Banque. Nous sommes très bien implantés en Roumanie, Slovénie, Russie, Italie, Espagne…, et nous le prenons en compte lors des commissions d’acquisitions. Nos collaborateurs peuvent ainsi se retrouver dans les œuvres que nous acquérons, et se sentir partie prenante de la démarche de mécénat de l’entreprise. Cette ouverture internationale est une réalité tangible puisque la collection compte aujourd’hui plus de la moitié d’œuvres d’artistes étrangers. Pour autant, il ne s’agit pas de fixer des quotas. La collection se veut d’abord le reflet de la création contemporaine, en accueillant des artistes de tous horizons. 

Quelles sont vos dernières acquisitions ?
À la suite du dernier comité d’acquisition, en juillet 2011, quinze nouvelles œuvres viennent de rejoindre la collection. Il s’agit de pièces de Philippe Decrauzat, Laurent Grasso, Bernard Piffaretti, Mélanie Vincent, Antoine Schneck, Liu Brolin, Olaf Breuning, Lionel Estève, Ji Yeon Sung, Jonathan Monk, Éric Rondepierre, Christian Bonnefoi, Elodie et Delphine Chevalme. Beaucoup de jeunes artistes qui commencent à être reconnus font partie de cette liste.  

Depuis 2004, vous avez décidé de partager votre collection avec le grand public en la faisant voyager au sein de différentes institutions en France et à l'étranger. Est-ce une façon de sensibiliser le public à la création contemporaine et de dynamiser la programmation des centres d'art partenaires ?
Je ne sais pas si notre collection dynamise la programmation des centres d’art, il faudrait leur poser la question. Ce que nous souhaitons simplement, c’est faire connaître, diffuser notre collection. Lorsqu’un commissaire ou un conservateur a envie de puiser dans cette ressource, c’est la preuve que la collection intéresse, qu’elle représente un puits de recherche, qu’elle est vivante. Nous sommes heureux que les délégations régionales ou les centres d’art puissent se l’approprier le temps d’une exposition. C’est ce qui se passe avec Mythologies urbaines, accrochée actuellement au MAMAC de Nice. Une soirée destinée à leurs collaborateurs va y être organisée, ainsi qu’un cycle de conférences. 

En collaborant avec ces centres d'art régionaux, vous intervenez aussi en mécène. Vous leur permettez d'enrichir leurs collections à travers l'acquisition d’œuvres. Imposez-vous un cahier des charges pour ces acquisitions ?
Non. Par exemple, conjointement à Mythologies urbaines, le MAMAC a acquis une pièce de Robert Longo grâce à notre soutien. C’était totalement le choix du musée, selon les lignes directrices de sa collection d’art contemporain. Nous n’imposons rien. Certains centres d’art décident par exemple d’utiliser notre soutien de mécène non pas pour acheter une pièce mais pour éditer un catalogue ou organiser une autre exposition, comme l’ont fait les Palais des Beaux-arts de Lille et de Nantes. Nous offrons simplement à ces structures un budget, puis nous leur laissons carte blanche. Cela dit, je trouve que la pièce de Robert Longo qui a rejoint la collection MAMAC est superbe !

Vous avez aussi exposé la Collection aux Abattoirs de Toulouse (2005) ainsi qu’aux Musées des Beaux-Arts de Bordeaux (2008) et de Nantes (2010). Quelles étaient les lignes directrices de ces expositions ? Quelles œuvres ont été acquises par ces différents centres d'art ?
 À Nantes, l’exposition s’intitulait Un point de vue sur la photographie contemporaine en Europe de l’Est. Elle rendait compte de la diversité et du dynamisme de la scène artistique de ces pays, en proposant les œuvres de sept artistes : Erik Binder, Danica Dakic, Dominika Horakova, Panos Kokkinias, Gabor Ösz, Klavdij Sluban, Matej Andraz Vogrincic. Suite à l’exposition, nous avons été mécène d’une installation d'Anish Kapoor dans ce musée.
À Bordeaux, Courants d’art contemporain présentait un choix d’œuvres mettant l’accent sur les grands courants artistiques apparus depuis la fin des années 40, au travers des œuvres de Claude Viallat, Gérard Garouste, Pierre Soulages, Andy Warhol, Zao Wou-Ki, Pierre Alechinsky, Sonia Delaunay ou encore Victor Burgin. Nous avons ensuite soutenu l’exposition organisée autour de Gabriele Münter.
À Toulouse, l’exposition s’appelait tout simplement Un choix d’œuvres de la Société Générale et présentait une quinzaine d’œuvres de Jean-Marc Bustamante, Tom Carr, Olivier Debré, Thomas Demand, Barry Flanagan, Gérard Garouste, Pierre Lemaitre, François Morellet, Thomas Ruff, Pierre Soulages, Bernar Venet et Andy Warhol. Nous avons ensuite été le mécène de l'exposition dédiée à l’artiste conceptuel russe Ilia Iossifovitch Kabakov.

À Nice, le commissariat de l’exposition “Mythologies urbaines” a été assuré par Gilbert Perlein, conservateur en chef et Olivier Bergesi, commissaire adjoint au MAMAC. Êtes-vous intervenue, par exemple lors du choix des œuvres ou de la scénographie de l'exposition ?
Que ce soit au MAMAC ou ailleurs, je n’interviens jamais. Je leur fais totalement confiance. Je poursuis l'idée d'une carte blanche. Ce sont les commissaires et les conservateurs les experts. Je les laisse donc faire leur travail tel qu’ils l’entendent.
C'est toujours intéressant lorsqu'une personnalité du monde de l'art se penche sur notre collection et nous propose un thème, une histoire. Ca permet d’instaurer entre nous les musées une belle relation de confiance.


Entretien avec Gilbert Perlein, conservateur en chef, Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain.

Pouvez-vous nous parler de l'exposition "Mythologies Urbaines", au MAMAC du 17 septembre au 11 décembre 2011, qui présente une partie du fond photographique contemporain de la Collection Société Générale ?
Cette exposition invite le visiteur à une réflexion sur la notion de mythe à travers la confrontation qu'il peut exister entre l'Homme et le paysage urbain, l'interaction avec l'architecture et la nature et la dualité entre fiction et réalité. Les photographies des 18 artistes présents dans cette proposition font apparaître différents aperçus de la mythologie urbaine, entre paysages futuristes et choc des civilisations. En faisant appel à notre mémoire collective et à notre imaginaire, les artistes nous livrent ici une vision personnelle de "leur" ville.

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant la photographie contemporaine ?
Dès le départ, deux stratégies  se dégageaient. La première étant d'intégrer les œuvres de la Collection Société Générale dans le parcours de la collection du musée mais cette piste-là nous a semblé assez vite peu fonctionnelle. En définitive nous avons choisi de dédier un espace du Musée à cette exposition. 

Le choix de mettre en avant la photographie contemporaine s'est fait naturellement puisque ce médium est très peu présent dans nos collections étant donné que dans notre ville le Théâtre de la Photographie et de l'Image propose de nombreuses expositions dédiées à ce médium. De plus, si le Musée a choisi cet ensemble c'est pour la cohérence de ce dernier qui donne une vision prospective et exhaustive de la scène photographique internationale mais aussi pour les dimensions muséales, tant au niveau physique qu'esthétique, de ces photographies.

Le titre "Mythologies urbaines", renvoie immédiatement à un imaginaire lié à la ville, mais aussi à ses mythes fondateurs. Était-ce pour vous une façon d'envisager la ville de façon historique mais aussi fantasmagorique ?
Il existe un constat bien réel concernant l'image de la ville. En effet, de nos jours, comme le démontre la photographie de Francesco Jodice représentant une vue de Bangkok, on architecture une ville sur une ville. On mélange l'ancien au nouveau ou on les laisse cohabiter comme sur la photographie d'Éric Baudelaire. Cette sensation d'immensité et de développement, se retrouve également dans l'image de Luo Dan ce qui confirme l'esprit fantasmagorique que l'on peut avoir d'une cité.

Comment les différents artistes de l'exposition se sont-ils appropriés ces différents mythes urbains ?
De manière générale les artistes portent un regard subjectif sur "la" ville. Par exemple Danica Dakic la montre plus comme un décor théâtralisé, en confrontant un bâtiment délabré à la fragilité de la condition humaine. D'autres se sont penchés plus sur une notion d'imaginaire comme Alain Bublex, qui donne une réalité visuelle à cette ville en perpétuelle variation ainsi qu'au problème des espaces urbains saturés. Gilles Barbier représente son rapport au monde à travers un univers énigmatique et burlesque qui plonge le regardeur dans une fiction qui aide à donner du sens au réel. Le phénomène d'accumulations se retrouve chez Francesco Jodice mais plus particulièrement chez Xiang Liqing qui aborde l'habitat collectif avec un humour grinçant et une poésie sur fond de critique sociale. Kader Attia quant à lui se saisit du mythe urbain de manière plus narrative en explorant la relation entre le béton des immeubles de son quartier parisien et une plage d'Alger où il a passé son enfance.

Pouvez-vous nous parler de l'œuvre de Robert Longo, Samuraï Overdrive (1986), que le MAMAC a pu acquérir par l'intermédiaire de la Collection Société Générale ?
Le choix de cette œuvre fait écho à la monographie que le Musée a organisée en 2009. La pièce était présente dans le catalogue mais ne figurait pas dans l'exposition car cette dernière se trouvait au Japon à ce moment-là. Le fait qu'elle soit à Nice vient d’une dynamique concertée entre l'apport financier consenti par la Société générale et l'intervention de l'artiste auprès du collectionneur pour l'obtenir dans les meilleures conditions.



Mythologies urbaines
17 septembre - 11 décembre 2011

MAMAC
Promenade des arts - 06000 NICE

Crédits images :
01 / Matej Andraž Vogrinčič, When on a winter's night a traveller - Melbourne, 2005, photographie couleur, 200x150 cm. © Collection Société Générale
02 / Thomas Ruff, w.h.s. 05, 2011, laserchrome sous Diasec, 180 x 240 cm. © Collection Société Générale / ADAGP
 

 
 

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