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Révélé en 2009 par le Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo, Emmanuel Régent est devenu l’un des jeunes artistes incontournables de la scène française. Prolifique, il s’exprime à travers de nombreux supports (dessins, peintures, sculptures, installations), mais on retrouve toujours derrière ses différentes pratiques certaines thématiques qui le hantent, comme l’errance, l’attente et l’effacement. Après avoir présenté son travail en 2010 au Palais de Tokyo, au Salon du Dessin Contemporain (Carrousel du Louvre), au FRAC PACA et à la galerie Le Cabinet à Paris, il prend maintenant d’assaut la ville de Nice avec pas moins de cinq expositions à découvrir simultanément au MAMAC, à la Villa Arson, à l’Écoparc de Mougins et à la Galerie Espace à Vendre.


Pouvez-vous vous présenter?
Emmanuel Régent, artiste, villefranchois né à Nice, diplômé en 2001 des Beaux-arts de Paris. Dessinateur, peintre et sculpteur, sans ordre de préférence.
 
Vous êtes donc un artiste à la production protéiforme. Comment procédez-vous?
Je peins depuis les Beaux-arts en alternant les médiums. Je suis plutôt connu pour mes dessins mais ils représentent en fait une petite partie de mon travail. Dessiner provenait du besoin de me perdre et de me retrouver en même temps. De me perdre parce que quand je dessine je pense à des milliards de trucs,  un geste répétitif et mécanique s’instaure, comme une imprimante. Les moments où que je gratte mon noir, où je creuse avec mon feutre, me permettent de penser à autre chose, de divaguer, de réfléchir par exemple à des sculptures, car je pense toutes mes sculptures en dessinant, et pendant que je fais mes volumes en sculpture, je pense à ma peinture. J’ai actuellement un besoin compulsif de peindre, par conséquent je ne dessine presque plus depuis quasiment un an... au grand regret de mon galeriste ! Et ça durera le temps qu’il me faudra pour exulter. C’est très sexuel en fait ! Lorsque je peins, je ne peux pas faire ou penser à autre chose. Il y a quelque chose qui m’accapare totalement, ne serait-ce que par la force physique que ça me demande. Pour ma série intitulée « Nébuleuse », par exemple, j’additionne des couches de peinture monochrome les unes sur les autres en surfaces planes, et puis, à la fin, quand j’ai accumulé une quinzaine de couches et que tout est bien sec, je ponce à la ponceuse mécanique. Tout est donc très physique, à la limite de la performance solitaire ! En ce moment je m'intéresse particulièrement aux images issues des nouvelles technologies, comme les images de l'espace, les images médicales, les courbes de chaleur, bref toutes ces images qui apparaissent suite à l’aventure numérique et aux images dématérialisées. Cet apport du numérique dans ma pratique en général et notamment dans ma peinture m’intéresse. Dans mes dessins, quand j’utilise un fourmillement d’encre noire, ça rappelle le grain numérique, le rapport à la disparition de l’espace que j’appelle « l’espace de divagation 

Selon vous, quelle est l’œuvre qui représente le mieux  votre travail ?
Une sculpture : Mes plans sur la comète. Il s’agit d’une corbeille à papier en matière plastique basique avec à l’intérieur trois plaques de plomb de plongée et trois rouleaux de papier roulés en tube, qui montent jusqu’à une hauteur de 3 m 50. Ils sont contenus dans une sorte d’équilibre précaire et représentent tous les projets que j’ai ratés, et tous les projets que j’aimerais faire et que je ne fais pas. C’est comment faire d’un échec potentiel un moteur de travail. On fait tous des plans sur la comète, qui nous permettent d’avancer et de tenir, mais qui ne se réalisent pas. Et heureusement parfois!

Les titres de vos pièces peuvent parfois être très prosaïques ou tout aussi bien allégoriques et conceptuels. Quel rôle jouent ces titres dans l'appréhension de vos oeuvres ? Ce sont souvent des compléments aux œuvres. Je pense par exemple à ma sculpture Décisif, réalisée à partir de papier aluminium ménager froissé comme on le ferait après avoir mangé un sandwich. Cette boule, qui au début ne fait quelques centimètres, grossit au fur et à mesure que je froisse et compresse à la main les rouleaux d’aluminium que je déroule au sol. La longueur de ces derniers est donc « décisive » puisque c’est elle qui va déterminer le diamètre de la boule d’aluminium. C’est aussi le mythe de Sisyphe et, au delà du titre, Décisif est une pièce qui fait aussi référence à Manzoni.
Autre exemple, Le chemin de mes rondes, est une série de dessins réalisés au feutre sur du papier blanc qui représentent des rochers avec une vue de la mer. Je voudrais continuer cette série toute ma vie pour voir comment il me sera possible, sur ces vingt mètres de paysage, de renouveler à chaque fois l’angle de la vue, son sens, sa lecture. Ce paysage est toujours changeant : en fonction de la météo, les rochers changent d’aspect et la mer, même si elle demeure toujours là, ne bouge jamais de la même manière. J’ai choisi ce titre, Le chemin de mes rondes, d’abord parce que j’emprunte souvent le chemin de ronde de Villefranche, mais aussi parce que cette expression symbolise l’idée de tourner en rond, et donc d’errance, de réflexion, de positionnement, de devoir faire avec peu. Ca me permet aussi de me confronter au motif classique et intemporel de la mer, cette chose mouvante qui comporte paradoxalement une structure totalement contemporaine ; je pense qu’on est dans une société liquide, sur laquelle nous n’avons pas de prise, où tout change et tout bouge très vite, et où les frontières sont poreuses.

Désormais, vous exposez dans des institutions de renom : Palais de Tokyo, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de la ville de Nice, Villa Arson… Comment abordez-vous cette reconnaissance institutionnelle?
Ce n’est pas une reconnaissance, ce sont juste quelques expositions. C’est surtout par le biais du secteur privé que je suis entré dans de belles collections et que mes œuvres se vendent bien. Quant aux institutions publiques, j’ai toujours l’impression d’y être rentré par la petite porte, de façon modeste. Ma première exposition au MAMAC était installée dans les vitrines du rez-de-chaussée du musée. Tout dépend de la façon dont on exploite ensuite ces invitations.

Vous avez travaillé avec la maison de champagne Taittinger. Pouvez-vous nous parler de la nature de cette collaboration?
Taittinger m’a proposé de revisiter « Le comte de champagne » qui est leur bouteille phare, dans le cadre des 800 ans de la cathédrale de Reims. Leur souhait était qu’un jeune artiste crée une « édition collector ». Ils ont vu mon travail au Palais de Tokyo et ils m’ont contacté pour réaliser ce projet. C’est une maison qui a une longue tradition de collaboration avec les artistes, car le champagne Taittinger a commencé à concevoir des coffrets avec Vasarely il y a près de quarante ans… Un tel projet était pour moi un réel challenge ! Je me suis concentré sur l’une de mes pratiques artistiques, c'est à dire le dessin. J’ai alors décidé de dessiner la cathédrale de Reims, de façon très simple, en pensant aux grands classiques, sauf que je l’ai dessinée comme on dessinerait une montagne. À partir de ce dessin, j’ai réfléchi à comment faire du coffret une sculpture. Il y a eu 800 exemplaires de cette réalisation.

Justement, êtes-vous critique par rapport à cette logique de commandes passées par des entreprises privées ? 
Je joue le jeu, sans avoir l’impression de me compromettre. Je trouve ça ridicule d’être sectaire vis à vis de ces grandes firmes. Il me semble que de nos jours, il n’y a plus de frontières entre les différentes formes d’art : par exemple, un designer peut très bien passer dans le monde de l’art et inversement. Entre une œuvre présentée dans des expositions et une commande comme celle ci, les enjeux sont différents mais restent très intéressants à partir du moment ou je peux penser la globalité d’un projet, par contre je ne souhaite pas décliner une œuvre d’exposition en produits dérivées.

Quelle est l’exposition dont vous êtes le plus fier ?
La prochaine!

Vous exposez en septembre à la Galerie Espace à Vendre, à Nice. Le titre de l'exposition, Le réflexe du parachute, est très énigmatique et même poétique. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le « réflexe du parachute » est une expression médicale. Elle permet de vérifier si un enfant est bien capable de se rattraper lorsqu’il chute. S’il met les mains en avant lorsqu’on le pousse, c’est qu’il a le « réflexe du parachute ».
J’essaie d’envisager mon rapport à l’art de cette façon. J’ai toujours l’impression que je suis en train de créer ma dernière pièce, de faire ma dernière exposition. A n’importe quel moment, tout peut s’arrêter. Cette impression, je la ressens tous les quarts d’heure, et elle déclenche chez moi une énergie du renouvellement. Ce que je veux dire, c’est que quand on est artiste, même si le travail se vend plutôt bien , l’atterrissage est incertain. C’est ce moment entre le saut et la chute qui m’intéresse.

Pouvez-vous nous parler de vos projets à venir ?
En ce qui concerne les expositions, il y aura celle dont nous venons de parler, « Le réflexe du parachute »., à la galerie Espace à Vendre en septembre à Nice. J’y montrerai essentiellement mes peintures récentes, réalisées à la ponceuse et intitulées Nébuleuse, ainsi que quelques dessins. Au même moment, je participerai à Docks Art Fair à Lyon. Je prépare aussi pour 2012 une exposition à Montpellier organisée par Aperto, une association gérée par des artistes, très active dans cette région.

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Emmanuel Régent
Le réflexe du parachute
du 03/09/11 au 22/10/11

GALERIE ESPACE À VENDRE
2 rue Vernier - 06000 Nice

Crédits images :
Image 01 / Le grand chemin de mes rondes, 2009-2010, feutre pigmentaire sur papier, 390 x 450 cm
Image 02 / Nébuleuse, 201, acrylique sur bois, 300 x 167
© Emmanuel Régent, courtesy galerie Espace à Vendre
 
 
 

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