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Je suis née dans les années 80. A cette époque, ma mère portait des vestes à épaulettes et, grâce aux talents d’un coiffeur à la pointe de la tendance capillaire, elle était coiffée d’une coupe mullet. Avec sa nuque longue, ses baskets à scratch et son petit short en lycra fluo, elle ressemblait au footballeur Tony Vairelles. Mon chanteur préféré était Lionel Richie et mon film culte E.T. de Steven Spielberg. A six ans, l’acquisition d’un Bontempi m’a laissé croire l’espace de quelques mois à  une hypothétique carrière musicale. Je rejouais à l’oreille les bandes-son des jeux de ma Nintendo Entertainment System. Mes talents de pianiste n’ont malheureusement jamais dépassé ce stade. J’ai maintenant trente ans. A l’occasion des prochaines soldes, je projette de m’acheter une robe couleur gyrophare dotée de dix bons centimètres d’épaulettes. Via Google Actualités, j’apprends que Tony Vairelles est mis en examen pour avoir participé à une fusillade. Sur ma timeline Facebook, entre un lien Tumblr et un copié-collé Wikipédia, je publie le clip du single Hello de Lionel Richie en espérant être ainsi surlikée par mes amis nostalgiques. En consultant au même moment le Dictionnaire des années 80 de Carole Brianchon et Pierre Mikaïllof, fraîchement édité par les éditions Larousse, je réalise que tout est bien en ordre. “Times they're a-changing”, disait Dylan dans les années 60 ; “Step back in time”, ajoutait Kylie Minogue en 90. “Times goes by so slowly” surenchérissait Madonna en 2005, tout en se déhanchant dans son body rose certifié 100% Flasdance. En guise de conclusion, il est temps pour moi de vous adresser tous mes voeux pour 2012 et de vous souhaiter un bon Retour vers le futur.
 

Pouvez-vous vous présenter ?
Carole Brianchon : Je vis à Paris où je suis responsable des relations presse du Jeu de Paume, un centre d’art dédié à la photographie et à l'image.  
Je produis également des concerts à Reims, au travers du collectif Bye Bye Bayou. Et comme je revendique un esprit assez « touche à tout », je suis aussi l’auteur du Dictionnaire des années 80, paru chez Larousse cette année.

Comment est né ce projet de dictionnaire ?
Le projet est né en 2007. Alexandre Civico, qui est aujourd'hui éditeur chez Inculte, m'a proposé d'écrire sur ce qui avait marqué les années 80. Cela m'a intéressée, il y avait dans ce projet une dimension tout aussi importante de recherche que d'introspection ! Je suis une enfant des Eighties... J'ai grandi avec ces années et j'ai été marquée par leurs évènements forts : l'élection de Mitterrand en 1981, un souvenir qui pour moi reste ce portrait qui se dessinait ligne après ligne à la télévision, le soir de sa victoire ; et puis à la fin de la décennie, toujours observée à la télévision, la chute du mur de Berlin. Même si dans un autre registre la page des années 80 se tourne vraiment, en ce qui me concerne, en 1991 avec la mort de Gainsbourg. Entre ces dates butoires, mes années 80 sont celles des parties de Rubik's Cube, des cassettes audio et des VHS, du Club Dorothée et du Top 50, d'Agrippine et de la silhouette "épaulettes" de ma mère.

C’est ensuite que vous avez choisi de collaborer avec Pierre Mikaïloff et Gilles Verlant ?
J'ai voulu partager ce (gros) travail avec quelqu'un qui avait sur cette décennie une vision différente et complémentaire de la mienne. Je connaissais Pierre Mikaïloff depuis quelques années, c'est quelqu'un qui a une grande culture, notamment musicale (il a été le guitariste de Jacno), et une écriture élégante (il est journaliste et l’auteur de nombreux ouvrages). A l'époque de mon premier sweat-shirt L.C. Waikiki, Pierre était plutôt perfecto... Mais justement ! Croiser et confronter nos regards et nos souvenirs nous a semblé intéressant et on a saisi cette occasion de travailler ensemble. Finalement le projet n'a pas vu le jour chez l'éditeur qui nous l'avait initialement proposé. Pierre et moi avons continué d'y travailler. Et puis Gilles Verlant en a entendu parler, ça l'a intéressé et il nous a proposé de collaborer au projet en dirigeant l’ouvrage. Avec lui nous avons frappé à la porte des éditions Larousse, et le dictionnaire a ainsi vu le jour, au terme de quatre ans de travail.

Pourquoi avoir choisi de traiter spécifiquement des années 80 ?
Les années 80 ont été un véritable laboratoire. Elles ont profondément transformé notre monde. Dans tous les domaines - politique, technologie, culture... - elles ont marqué un tournant décisif. Au quotidien, il est encore aujourd’hui facile d'en mesurer l'impact : lorsqu'on prend le TGV, qu'on allume un halogène ou qu'on se glisse sous la couette (de pures inventions des années 80) ! Et puis on voit bien qu'on n'en a jamais fini avec cette décennie tant on la revisite encore aujourd'hui dans des domaines artistiques comme la mode ou la musique. On sent une véritable influence des Eighties sur la création contemporaine. Finalement on a beaucoup caricaturé les années 80 (il faut dire que sous certains aspects, il y avait matière) mais c'est aussi le signe que cette époque avait une forte personnalité et de vraies audaces.

Pourquoi avoir décidé d'aborder les années 80 sous forme de dictionnaire ?
Nous n’avons pas prétendu faire un essai sur les années 80, plutôt d'en donner un panorama. La forme "dictionnaire" permet de ne pas être linéaire. Elle autorise le foisonnement, la diversité, et permet de faire cohabiter des choses très différentes. 
ça me plait beaucoup de passer d'Azzedine Alaia à Albator, de Blade Runner à Blondie, de la Golf GTI à Mikhail Gorbatchev, d'Alain Pacadis à Pacman, du SMIC à The Smith. 
Ce qui m'importe, et que le dictionnaire permet, c'est traiter en les mettant sur le même plan les aspects populaires et plus pointus des Eighties, les clichés et les pépites, afin de sortir de la caricature qu'on a souvent faite des années 80. 

Justement, comment avez-vous sélectionné les entrées qui le composent ?
Nous avons « listé » tout ce qui nous semblait marquant, important, fondateur. Et ce choix s'est beaucoup élargi au fur et à mesure que nous écrivions. Bien sûr nous ne prétendons pas à l'exhaustivité, je crois qu'on pourrait certainement écrire un tome 2, mais les essentiels sont là. Au final le dictionnaire compte plus de 700 entrées.

Quelles sont les grandes thématiques qui traversent votre dictionnaire ?
La politique, l'histoire, la société, la musique, l'art,  la littérature, la technologie, la mode, les médias, le cinéma, le sport...

Pouvez-vous nous citer une des entrées du dictionnaire qui définit selon vous le mieux l'esprit des années 80 ?
L’esprit des années 80 est à la fois sombre et léger. Ce sont des années qui font de manière très décomplexée le grand écart entre Restos du Cœur et golden boys, cold wave et italo disco… On retrouve cet aspect dans l’entrée consacrée au fluo : "Comment plonger dans les années 1980 sans évoquer leurs couleurs flashy, leur style un brin ringard que tous les cahiers de tendances ont pourtant remis au goût du jour et que la mode revisite régulièrement avec jubilation ? Les stars de la décennie sont alors les épaulettes*, les pulls à manches chauve-souris, les ceintures larges, les fuseaux, les couleurs fluo, les badges smiley… T’as le look coco ! Coloriée au Stabilo Boss, la mode de la décennie suit des cours d’aérobic : caleçon en lycra* brillant, guêtres, tee-shirt large, bandeau tressé porté bien haut sur le front et queue de cheval… Les magasins Boy et Sex, sur King's Road, à Londres, avaient propagé le fluo (de préférence sous la forme de fuchsia ou jaune vif) dès 1977 : il est adopté par le sportswear peu après. L’été 1989 en est le point d’orgue. Pas un magazine de mode qui ne vante les nouveaux classiques aux couleurs ébouriffantes. Mais au-delà d’un look risqué, le fluo c’est aussi l’esprit d’une génération qui ose, invente, mélange un peu n’importe quoi, dans un joyeux désordre de couleurs, au son de Like a Virgin de Madonna* ou du générique de Gym Tonic. Un paradoxe de plus dans ces eighties qui oscillent entre no future et légèreté, new wave* sombre et pop acidulée. Sur fond gris de crise économique–chômage–sida, certains se fondent et d’autres flashent : look Robert Smith et Nina Hagen versus Véronique et Davina*, Doc Martens* versus baskets Reebok, chacun pourtant anticonformiste à sa manière."
 
 


Le dictionnaire des années 80
Par Carole Brianchon et Pierre Mikaïloff 
Sous la direction de Gilles Verlant
19,5 x 23,5 cm, 560 pages, environ 200 photos, Intégra avec rabats, 20,90 € 

Crédits images : 
01/ © Romain Nouguairède
02/ Carole Brianchon et Pierre Mikaïloff © Olivier Rodriguez
 
 
 
 
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Le livre Book Art – Iconic sculptures and installations made from books paru chez Gestalten recense artistes et designers ayant abordé le livre comme matériau plastique à part entière. Explorant les possibilités offertes par ce support, ces créateurs découpent, recouvrent, plient, entassent, démembrent feuilles, reliures et couvertures pour les détourner de leur usage premier et offrir au regard du spectateur un résultat souvent déroutant mais toujours fascinant.

C’est à Mallarmé qu'il revient d'assumer la paternité de ce curieux objet que l’on nomme « livre d’artiste », en publiant en 1875 la traduction d’un poème de Poe accompagné de gravures de Manet. Ce qui peut paraître timide est pourtant le point de départ d’une ère où le livre devient progressivement un objet intégralement pensé et conçu par l’artiste. Le livre d’artiste semble difficile à définir tant ses contours sont flous et protéiformes. Mais c’est justement parce qu’il échappe à toute caractérisation qu'il offre aux artistes une liberté d’expression totale. Ainsi, dans les années 1960, le mouvement Fluxus et l’art conceptuel en feront l’un de leurs supports privilégiés en sondant ses conditions de présentation, ses propriétés sculpturales et discursives. L’américain Ed Ruscha, suivant sa démarche pop et conceptuelle, ira jusqu’à contredire les clichés liés au livre d’artiste,  prétenduement fragile et raffiné, rare et précieux. Son célèbre livre Twentysix gazoline stations (1963), tautologiquement composé de vingt-six photographies en noir et blanc de stations-service, tiré à près de 4000 exemplaires ni signés, ni numérotés et vendus à 3.50 $, marqua un tournant par son hommage paradoxal de la beauté triviale du livre grand public, mais aussi en interrogeant notre rapport à la production de masse, à l’uniformisation des formes et du regard.

La centaine d’artistes présentés au sein de Book Art bousculent à leur tour le statut du livre. En jouant avec la perméabilité des médiums artistiques, ils font surgir au détour d’un accident des formes hybrides qu’il n’est plus nécessaire de définir – littérature ? installation ? sculpture ? design ? – pour les comprendre.

Parmi eux, citons Guy Laramée qui creuse la tranche de livres en une série de fragiles paysages hypnotiques ; Georgia Russel qui les lacère méticuleusement pour les présenter ainsi échevelés à la verticale et sous vitrine, de façon à les faire ressembler à de troublants masques primitifs ou de singulières anémones de mer ; Alicia Martin qui les entasse et les agence de façon à en faire de magistrales montagnes, de spectaculaires cascades figées qui se déversent des fenêtres de bâtiments jusque dans l’espace public ; ou encore les designers Laura Cahill et Michael Bom qui respectivement en tirent de délicats vases ou de solaires luminaires. De même, c’est avec délectation que l’on découvre Wound (2005), d’Anish Kapoor, œuvre composée d’un livre révélant une étrange béance. Chaque page y a été découpée au laser pour donner l’impression d’une brèche creusée dans l’épaisseur du volume de papier. Une blessure donc, profonde et chirurgicale, mais que l’on imagine s’amincir et se refermer si l’on pouvait en tourner les pages. Par une action simple – l'incision, le livre s'épure, change d'échelle, évoque autant une faille géologique qu'une coupure à même la chair. Enfin, le hollandais Job Koelewijn propose en 2006, Untitled (Lemniscate), classieuse bibliothèque dont la forme en ∞ représente l’infini. Ce mobilier, qui n’est pas sans rappeler l’utopique Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges, suggère dans ses vastes rayonnages la totalité des livres existant et à venir, quel qu’en soit leur contenu.

Book Art nous invite ainsi à redécouvrir le livre comme un support aux potentialités inépuisables. D’une beauté rare, il trouverait sa juste place dans cette bibliothèque aux prolongements infinis.

  

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  BOOK ART - Iconic sculptures and installations made from books
Parution : mars 2011
Éditeur : Gestalten - Paul Sloman
Textes : Christine Antaya
208 pages
20 x 24 cm
Langue : Anglais 
 

Crédit image :
© Job Koelewijn, Untitled (lemniscate), 2006
  
 

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